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Annie Genevard : "Je ne suis pas favorable à ce qu’on réintroduise l’acétamipride"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Canicule, loi d'urgence agricole, acétamipride : Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Annie Genevard LR
Annie Genevard, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 29 juin 2026, dans “L’invité politique”.

Canicule et agriculture, conséquences sur les élevages et les récoltes, réponse de l’État, lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse, loi d’urgence agricole, retour controversé de l’acétamipride, élection présidentielle et fin de vie. Au micro de Sud Radio, Annie Genevard a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

"Il n’y a pas de répit pour le monde agricole"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : L’épisode de canicule peut-il être considéré comme une catastrophe pour l’agriculture ?
Annie Genevard :“Sans aucun doute, l’agriculture est en première ligne face à cet épisode de très forte canicule. Les hommes souffrent, les récoltes souffrent et les élevages souffrent. Après les crises sanitaires animales, les droits de douane, la hausse du prix du gazole et celle des engrais, il n’y a pas de répit pour le monde agricole. Je veux d’abord exprimer mon soutien et mon engagement aux côtés des agriculteurs.”

Disposez-vous déjà d’un premier bilan des conséquences de la canicule sur les élevages ?
“Nous évaluons la situation au jour le jour et même heure par heure, car les dégâts sont extrêmement importants. Certaines régions habituellement épargnées sont désormais touchées, comme la Bretagne, où plus de 5.000 tonnes d’animaux sont morts, en particulier des volailles. Au-delà de 40 degrés, les volailles sont très exposées, qu’elles soient élevées dans des bâtiments ou en plein air. Une question sanitaire se pose également concernant l’élimination des carcasses, ce qui impose un suivi de chaque instant.”

Les agriculteurs doivent-ils pouvoir modifier leurs horaires de moisson pour éviter les périodes les plus chaudes ?
“Dans une période aussi exceptionnelle, il faut prendre des mesures exceptionnelles. Je suis favorable à un assouplissement et à une adaptation des horaires de moisson à la situation. On ne peut pas demander aux agriculteurs de ne pas moissonner le jour en raison du risque d’incendie, puis de leur interdire de travailler le soir ou la nuit à cause du bruit. Il faut un peu de solidarité avec le monde agricole.”

"Il est trop tôt pour faire le bilan de la canicule sur les moissons et récoltes. L’État sera au rendez-vous"

La canicule aura-t-elle également des conséquences importantes sur les récoltes ?
“Il y aura un impact sur les récoltes, mais il est encore trop tôt pour en dresser précisément le bilan. La première période de chaleur du mois de mai a été particulièrement préjudiciable pour les céréales, car elle est intervenue au moment où les épis se remplissaient. Il faudra attendre la fin des moissons pour connaître exactement l’ampleur des pertes. Le système assurantiel et la solidarité nationale devront pouvoir s’exercer, car les récoltes vont sans doute accuser le coup.”

L’État envisage-t-il de débloquer des fonds d’urgence pour les exploitations touchées ?
“L’État a toujours été au rendez-vous chaque fois que le monde agricole a traversé une crise. J’ai notamment obtenu une aide européenne pour faire face à la forte augmentation du prix des engrais, qui sera complétée par une aide nationale. Nous déterminerons les réponses à apporter lorsque le bilan de cette canicule pourra être établi. Il est clair que nous devons tous être unis aux côtés de nos agriculteurs.”

Quelles mesures immédiates sont prises pour limiter les conséquences de la chaleur et prévenir les incendies ?
“Le Premier ministre suit la situation heure par heure et conduit les cellules de crise interministérielles. Nous avons autorisé la fauche des jachères afin de nourrir les animaux, alors que le foin et les ressources fourragères viennent à manquer, mais aussi pour prévenir les incendies. Cette semaine doit être une semaine importante pour les moissons, ce qui exige une vigilance particulière face aux risques de feux de récoltes et de forêts. Certaines heures sont plus adaptées pour moissonner, car elles exposent moins les agriculteurs et les territoires aux départs de feu.”

Comment le monde agricole peut-il se préparer durablement à la multiplication de ces épisodes climatiques ?
“Il faut distinguer la gestion immédiate de la crise et la préparation à moyen et long termes. Les enseignements de la canicule de 2003 ont déjà conduit à revoir l’assurance récolte, le transport des animaux et les stratégies de lutte contre les incendies. La réponse passera aussi par la science, avec des cultures moins gourmandes en eau et plus résistantes à la sécheresse ou au gel. Il faudra également adapter les bâtiments d’élevage, développer la brumisation et améliorer la gestion de l’eau.”

"Depuis le 2 janvier, nous n’avons plus de cas de dermatose nodulaire"

Où en est la lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse, apparue en France le 29 juin 2025 ?
“Depuis le 2 janvier, nous n’avons plus de cas de dermatose nodulaire contagieuse. Cette maladie bovine, très grave et très contagieuse, a nécessité une réponse rapide et la meilleure protection reste la vaccination. Celle-ci se poursuit, avec des rappels programmés jusqu’à la fin de l’année. Nous avons fait face à cette crise et, à ce jour, la situation sanitaire est maîtrisée.”

Regrettez-vous la stratégie fondée sur l’abattage des troupeaux touchés et la vaccination ?
“Cette méthode a été contestée, mais elle a aussi été soutenue par la majorité des éleveurs. Le monde agricole a fait preuve d’un courage, d’une solidarité et d’une mobilisation exceptionnels. Nous avons protégé la quasi-totalité des élevages français, puisque seulement 0,02 % des élevages ont dû être euthanasiés. La poursuite de la vaccination demeure indispensable, car elle constitue la meilleure des protections.”

Les bovins pourront-ils de nouveau participer aux grands rendez-vous agricoles ?
“Je l’espère, car aujourd’hui les animaux peuvent être présentés sans risque dès lors qu’ils sont vaccinés. La vaccination permet de sécuriser leur présence dans les salons et les rassemblements. Elle protège à la fois les animaux concernés et l’ensemble du cheptel français. Nous devons donc continuer à respecter scrupuleusement cette stratégie sanitaire.”

"Je ne suis pas favorable à ce qu’on réintroduise l’acétamipride"

Pourquoi insistez-vous sur les autres dispositions de la loi d’urgence agricole, alors que le débat se concentre sur l’acétamipride ?
“Cette loi d’urgence agricole a été faite par, avec et pour les agriculteurs, et elle est très attendue. Elle contient de nombreuses mesures concrètes, notamment pour faciliter l’accès à l’eau, simplifier les projets de bâtiments d’élevage, lutter contre les vols et les dégradations ou mieux informer sur l’origine des produits transformés. Elle prévoit également de favoriser l’approvisionnement des cantines en produits européens, et plus particulièrement français. Il ne faut donc pas réduire l’ensemble de ce texte à la seule question de l’acétamipride.”

Êtes-vous favorable à la réintroduction de l’acétamipride dans ce texte ?
“Je ne suis pas favorable à ce que l’on réintroduise l’acétamipride dans cette loi. Cette substance, comme le flupyradifurone, est autorisée dans l’Union européenne mais interdite en France, et je comprends que certains agriculteurs souhaitent pouvoir l’utiliser pour protéger leurs cultures. Ma position a toujours été de ne pas surtransposer les règles européennes. Toutefois, introduire cette mesure dans ce texte ferait courir le risque que la loi ne soit pas adoptée rapidement.”

Demandez-vous aux sénateurs de retirer l’amendement sur l’acétamipride ?
“Le gouvernement propose et les parlementaires disposent, je ne peux donc pas imposer aux sénateurs de voter ou de ne pas voter une disposition. Je leur demande cependant de mesurer le risque politique et législatif lié à cet amendement, car le sujet est particulièrement discuté. Une proposition de loi sénatoriale est déjà consacrée spécifiquement à cette question et je pense qu’il faut la laisser suivre son parcours. Si la loi d’urgence n’est pas adoptée rapidement, ce sont les agriculteurs qui en paieront le prix.”

La ministre chargée de l’Écologie désapprouve-t-elle le projet du gouvernement ?
“Elle ne désapprouve pas le texte du gouvernement, puisqu’elle a contribué à son élaboration et que nous nous sommes accordées sur plusieurs dispositions. Elle conteste certaines mesures adoptées en commission par les sénateurs, ce qui est différent. Le débat parlementaire doit encore se poursuivre. Le texte ne pourra être jugé définitivement qu’à l’issue de la commission mixte paritaire, qui réunit des députés et des sénateurs.”

Présidentielle : "Je soutiens ma famille politique. La droite est ce qu’il faut au pays aujourd’hui"

Un membre du gouvernement peut-il soutenir dès maintenant un candidat à l’élection présidentielle ?
“Un ministre a tout loisir de soutenir un candidat à l’élection présidentielle et les membres du gouvernement restent libres de leurs choix politiques. Il appartiendra à chacun d’assumer ses décisions et, le cas échéant, d’en discuter avec le Premier ministre. Pour ma part, je soutiens ma famille politique. Lorsque j’ai décidé de rester au gouvernement pour demeurer aux côtés des agriculteurs, je me suis toutefois mise de moi-même en retrait de la politique nationale.”

Quelle orientation souhaitez-vous pour la droite lors de la prochaine élection présidentielle ?
“Je pense que la droite est ce qu’il faut au pays aujourd’hui et je fais miens les propos tenus par Valérie Pécresse. Je crois profondément que la droite peut proposer les mesures attendues par les Français et par la France. Mais il ne faudra qu’un seul candidat de la droite et du centre lors de la prochaine élection présidentielle. Cette unité me paraît indispensable pour accéder au second tour et défendre notre projet.”

Quelle est votre position sur le texte relatif à la fin de vie ?
“Ma position est constante depuis que j’étais parlementaire et je ne suis pas favorable à ce texte. Il représente, selon moi, un basculement anthropologique, civilisationnel et éthique, tandis que les soignants sont majoritairement hostiles à l’idée d’administrer la mort. Les sujets sociétaux dépassent les appartenances politiques et chacun doit se déterminer en conscience. Je considère qu’il faut accompagner les malades, combattre leur souffrance et leur permettre de vivre le plus longtemps possible auprès de leurs proches.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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