Jacques Cardoze : Bonjour Prisca Thévenot, j’aimerais vous entendre sur le service public qui n'en finit plus d'agiter la classe politique et en particulier LFI. Vous trouvez normal que LFI exerce une pression sur les dirigeants d'un service public et sur leurs choix éditoriaux ?
Prisca Thévenot : « Mais je pense que vous avez la réponse dans votre question. La France Insoumise, et notamment Jean-Luc Mélenchon le premier, passent leur temps à mettre la pression sur tout le monde, en permanence et en tout temps. Et ce faisant, ils mettent la pression sur notre système démocratique tel qu'il existe.
Ce sont les journalistes aujourd'hui, l'indépendance des médias aujourd'hui ; c'était hier les forces de l'ordre, avant-hier la justice, encore avant-hier les opposants politiques. Tout cela donne à voir quelque chose d'assez simple. Tout cela, c'est une promesse de ce que sera la vie sous la France Insoumise si demain Mélenchon arrive au pouvoir. »
🔴France Inter et la présence de Charles Sapin
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🗣️@priscathevenot (EPR) : "LFI et @JLMelenchon passent leur temps à mettre la pression sur tout le monde et en tout temps. Nos médias doivent pouvoir travailler sans pression" #GrandMatin
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Que cherchent-ils, quand Mélenchon parle de « colonisation par les fachos » ? C'est de l'intimidation ?
« À brutaliser le débat et à faire ce qu'il sait faire, c'est-à-dire agiter une haine et des peurs sur les réseaux sociaux, précisément pour qu'ensuite une meute se décharge, se déverse sur celles et ceux qu'il pointe du doigt. Et ils le font toujours, rasant. Et ensuite, ils viendront la main sur le cœur, avec soit Manuel Bompard, soit Mathilde Panot, nous dire : « Nous n'avions pas prévu cela, nous étions simplement en train de dire ce que beaucoup de gens pensent » et peu importe les conséquences pour la vie des gens. Ça, ça ne les regarde pas. »
« J'apporte mon soutien à l'indépendance de nos médias »
Vous, Prisca Thévenot, vous apportez votre soutien à la direction du service public ou à la rédaction ?
« J'apporte mon soutien à l'indépendance de nos médias. Nos médias doivent pouvoir travailler, choisir, faire des éditos, comme vous le dites vous-même dans vos rédactions, de façon libre et indépendante, sans pression aucune du politique. Je ne vais pas vous dire que je suis là en train de demander à ce qu'on respecte l'indépendance des uns et des autres et venir commencer à m'immiscer dans les discussions qui ont lieu entre la direction et la chaîne.
Je pense que Jean-Luc Mélenchon doit déjà s'occuper de ce qu'il est censé faire, c'est-à-dire avoir un groupe parlementaire qui se prépare pour le budget et pas simplement pour censurer, menacer, parce que là aussi, à l'Assemblée nationale, ils y sont et pourtant ils y sont non pas pour travailler, mais pour menacer et censurer ».
"LFI fait des chasses à l'opinion, à l'homme, aux femmes"
Vous diriez que c'est une chasse à l'opinion, d'une certaine façon ? C'est une forme de terrorisme intellectuel ?
« Pardon, ils font des chasses à l'opinion, ils font des chasses à l'homme, chasses aux femmes, je suis désolée de le dire. Je vous le dis encore une fois : que ce soit les journalistes, les forces de l'ordre, la justice ou leurs opposants politiques, ils passent leur temps à mettre des cibles sur tout le monde en permanence. »
Est-ce que mot vous diriez que ce sont aux retraités les plus aisés de faire un effort, et dans quelle proportion, puisqu'on voit bien aujourd'hui que le débat est en train de tourner sur la question des pensions des retraites ?
« Oui, le débat tourne encore et toujours sur le même sujet : comment on finance nos systèmes de retraite, qui est un système par répartition et qui est face à un mur démographique que nous connaissons tous. Alors oui, on a essayé des réformes paramétriques, oui, elles ont finalement été abandonnées. Alors qu'est-ce qu'on fait ? On continue à chercher des réformes paramétriques, on essaie de pointer du doigt ou de prendre dans la poche des uns et des autres, on se dit finalement on en finit avec ce psychodrame annuel et on change ».
🗣️@priscathevenot (EPR) sur le budget : "Il faut en finir avec ce psychodrame annuel. Il faut attendre le projet tel qu'il sera présenté par le Gouvernement" #GrandMatin
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Retraites : « On en finit avec ce psychodrame annuel et on change complètement le système »
Là, vous allez faire référence au programme de Gabriel Attal.
Non, à notre projet que nous portons aussi à l'Assemblée nationale. On l'a posé l'année dernière à l'Assemblée nationale en tant que députée pour pouvoir mettre une part de capitalisation, pour pouvoir commencer à défendre un système universel et sans limite d'âge
J'aimerais vous entendre sur les choix qu'il va y avoir à faire là, tout de suite, avec le Premier ministre. Il évoque deux petites musiques qui montent : la suppression de l'abattement de 10 %, la désindexation des pensions pour les pensions les plus élevées. Qu'est-ce que vous, vous préférez ?
« Ce que je préfère, c'est que, parce que vous dites, vous parlez très justement et merci de le faire en ces termes, de petites musiques. Moi, j'ai pas encore vu le début d'un projet de loi de finances, parce que ce projet de loi de finances n'a pas encore été présenté en Conseil des ministres par le gouvernement.
Donc je pense que plutôt que d'agiter des angoisses légitimes sur les uns et sur les autres et finalement sur comment on réserve notre dette publique, faisons notre travail tel qu'il est. Et là, je parle en tant que parlementaire : attendons le projet tel qu'il sera présenté par le gouvernement. Et c'est pas dans trois mois, quatre mois, cinq mois, un an, c'est dans quelques jours et on commencera à débattre à l'Assemblée nationale en octobre. »
Retraites : « Regardons la copie globale »
Qu'est-ce que vous dites à Sébastien Lecornu ? Évitons des coups de rabot sur les pensions de retraite ou pas ?
« Je dis : regardons la copie dans sa globalité. Et je le dis d'autant plus que l'année dernière on l'avait déjà dit : attention, quand on abandonne, quand on supprime une réforme qui permet quand même de donner un peu de respiration financière et économique, je parle de la réforme des retraites, il aurait fallu avoir en face une mesure qui permet de contrebalancer. On ne l'a pas eue et donc on en est là aujourd’hui. Donc attention à ne pas simplement essayer de faire un truc ligne par ligne, mais regardons la copie globale ».
L'idée de la TVA sociale « mérite d'être débattue à l'Assemblée nationale »
Il y a une autre idée qui circule, c'est celle de la TVA sociale. Cette fois-ci, ce sont plusieurs patrons qui ont évoqué cette idée. Est-ce que vous y êtes favorable ?
« J'entends l'idée. Elle mérite d'être débattue à l'Assemblée nationale pendant le budget. La TVA sociale, c'est quoi ? C'est faire peser un peu moins le financement de notre modèle social sur le travail et un peu plus sur, effectivement, d'autres marges comme la TVA. Ça permet aussi potentiellement des gains sur l'emploi et la compétitivité, ce qui n'est pas anodin. »
Dans votre esprit, ce serait des variations de combien pour que les gens qui nous écoutent se voient exactement à l'esprit ?
« Exactement, là, le point qu'il faudra qu'on discute : de quoi on parle ? Parce que si ça permet d'être favorable à l'emploi et à la compétitivité et bien évidemment aussi réduire la différence entre le net et le brut, c'est très bien. Mais si c'est finalement pour avoir des conséquences négatives parce que pas assez équilibrées sur la TVA, j'ai envie de vous dire, là on s'y perd un peu et les Français sauront très vite que c'est pas très judicieux. »
« LFI censure et menace »
Est-ce que vous croyez au fait que ce budget sera voté ?
« On ne va pas inventer les choses. Vous le savez depuis la dissolution de 2024, il y a 11 familles politiques à l'Assemblée nationale, aucune n'a de majorité, sauf quand le RN et la LFI se tiennent la main, ce qui arrive de temps en temps. La France Insoumise censure et menace, comme on se le disait en début, il n'y a rien de nouveau sous les tropiques, malheureusement c'est un fait.
Maintenant, ce qui est important, c'est de savoir : est-ce que les oppositions vont voter le budget ? Il y a une interrogation pour le Parti socialiste ? Je crois qu'ils sont aussi en primaire interne en ce moment, côté gauche. Je ne vois pas comment le budget est voté, le sujet c'est : est-ce qu'il sera adopté ? Et comment ? Je ne vois pas comment les oppositions vont voter un budget sur lequel chacun trouvera les meilleures excuses du monde entier, je leur fais confiance, pour expliquer qu'il est mauvais. »
« Il faut laisser le Parlement travailler »
Pour éviter un nouveau psychodrame, qu'est-ce que vous dites à Sébastien Lecornu : « Prenez les ordonnances » ?
«Non, je dis qu'il faut laisser le Parlement travailler, se faire, parce qu'il y aura aussi des débats extrêmement importants qui doivent pouvoir avoir lieu. Vous venez de parler des retraites, vous venez de parler de la TVA sociale, ce sont aussi des moments de clarification politique du positionnement des uns et des autres et puis peut-être, soyons optimistes, peut-être qu'on arrivera à trouver des accords sur telle ou telle partie du budget qui permettra aussi de donner un coup d’horizon.
Il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale depuis la dissolution. Donc au pire, il y aura un 49.3. C'est mieux ça qu'un gouvernement qui tombe ? C'est pour ça que je dis : est-ce que le budget sera voté favorablement ? Je ne vois pas comment les oppositions votent. En revanche, est-ce qu'il doit être adopté ? Oui, et est-ce qu'il peut l'être ? Oui. Quitte à ce que ça passe par le 49.3 ? Il faut un budget, vous savez. »
🇫🇷 @priscathevenot (EPR) : " @GabrielAttal est un candidat avec une dynamique. @EPhilippe_LH n'est pas un ennemi politique, mais sur les projets nous n'avons pas du tout les mêmes positions" #GrandMatin #Presidentielle2027
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"Nous ne voulons pas le duel entre Mélenchon et Le Pen au second tour"
Déjà plus de 30 candidats pour la Présidentielle, ça fait sourire un certain nombre de gens. Pour vous, le match c'est entre Gabriel Attal et Édouard Philippe, assez feutré pour le moment. Pourquoi Gabriel Attal serait le seul candidat du rassemblement pour vous ?
« Il y a aujourd'hui une tendance assez forte, une dynamique assez complexe qui veut que les candidats et les familles politiques qui soient en dynamique positive dans les sondages soient le RN et la France Insoumise, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon. Par rapport à cela, il y a un autre candidat qui a une dynamique aujourd'hui, qui n'est pas en train de stagner ou potentiellement de reculer sur certains sondages, c'est Gabriel Attal. Donc moi j'y vois aussi un signe d'espoir et un signe de volonté que les Français nous expriment, à savoir : nous ne voulons pas le duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour.
Maintenant, oui, Édouard Philippe est installé dans les sondages, et tant mieux, j'ai envie de vous dire. Ce n'est pas un opposant ni un ennemi politique pour moi, donc on va être très tranquille et très à l'aise sur le sujet. Maintenant, une fois qu'on a dit ça, regardons aussi les projets, les idées. Et sur les projets, on parlait de la réforme des retraites tout à l'heure, on n'a pas du tout la même position. Édouard Philippe est sur une réforme à 65, 66, 67, je ne sais pas, il le précisera précisément sur l'âge. Nous, on est sur refondre globalement notre système de retraite, et vous le voyez aussi sur la démarche
« En 2022 on a pas eu de campagne présidentielle »
Comment faites-vous pour convaincre les gens qui ont tendance à dire : « Mais dans les deux cas, ce sont deux anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron, donc c'est une continuité » ?
« Regardons le projet. On a beaucoup dit en 2022 qu'on n'avait pas eu de campagne présidentielle. Pourquoi ? Parce qu'effectivement on avait un président qui se représentait, mais surtout parce qu'on avait l'agression russe en Ukraine, qui a quand même pris beaucoup, beaucoup de temps et d’énergie.
Donc, on n'a pas pu débattre projet contre projet, idée contre idée. Là, on va avoir l'occasion, pendant des semaines et des mois, de pouvoir le faire. Alors pourquoi on va s'en priver ? Pourquoi on va se priver dans une belle démocratie comme la nôtre, alors que beaucoup d'autres sont attaqués ailleurs, de s'empêcher d'avoir un débat profond, dense, je l'espère apaisé, sur ce que pourrait devenir la France ? »
« Être contre le RN et la LFI, c'est une ligne politique »
Beaucoup en ce moment s'interrogent sur l'attitude de François Hollande qui pose ses petits cailloux dans cette campagne et qui parle d'une union sacrée des démocrates qui irait au-delà des formations politiques. Ça veut dire que vous pourriez en faire partie ?
« Je ne sais pas. Je pense qu'il y a une primaire à gauche qui s’organise. Tout ça part d'une bonne démarche, c'est-à-dire qu'il y ait des débats, d'idées, avec des personnalités qui puissent porter des sujets. Être contre le RN et contre la LFI, bien sûr qu'avec Gabriel Attal, nous le sommes, mais est-ce que c'est le début d'un projet ? Non. Être contre le RN et la LFI, c'est une ligne politique, ce n'est absolument pas un projet.
Et nous, ce que nous faisons avec Gabriel Attal, depuis maintenant plusieurs semaines et plusieurs mois, depuis sa déclaration de candidature, qui ne date pas d'il y a deux ans, c'est qu'il sillonne le terrain partout, il va à la rencontre des Français, là où ils vivent, là où ils travaillent, pour présenter son projet autour de quatre chantiers principaux : l'école, les salaires, l'IA, les frontières, deux dettes, la dette publique et la dette écologique.
Pour parler de son projet, les yeux dans les yeux, être précisément là pour écouter aussi ce qui a été, ce qui n'a pas été, ce qu'on doit refaire. Et c'est comme ça qu'on fait campagne, c'est comme ça qu'on mène une campagne pour battre les extrêmes, sur le fond des idées, pas simplement brandissant des lignes rouges