Drôle d’époque Françoise Degois. Ce matin, vous nous parlez d'un couple que l'on connaît bien, mais pas n'importe lequel, Ségolène Royal et François Hollande.
"Oui, vous allumez la radio, vous allumez la télé depuis lundi et vous ne pouvez pas les manquer, Ségolène et François, dans un chassé-croisé présidentiel inédit et surtout inouï. Parce que quoi. Ça fait 47 ans que ça dure, oui 47 ans, leur première rencontre et leur love story sur les bancs de l'ENA et la fameuse promotion Voltaire en 1980, dans laquelle d'ailleurs se trouvait un certain Dominique de Villepin. La légende, raconte que Hollande a volé la plus jolie fille de la promo, Ségolène, au beau Dominique de Villepin. Ça c'est vrai.
Hollande et Royal : "Une histoire totalement incroyable"
Depuis, ce couple-là, unique dans les annales de la cinquième et même unique dans le monde démocratique, occupe les premières places de la République, pas par passe-droits, non, uniquement sur leur force politique, ce qu'ils incarnent. Elle est ministre, il ne l'a jamais été. En 92 elle devient ministre de l'Environnement, lors de la déculottée socialiste en 93, quand le PS est balayé, il est battu, lui repart travailler dans le privé alors qu'elle est l'une des rares 57 députés socialistes rescapés.
Et tout ça, elle a tout ce qu'il n'a pas. Le courage, l'intuition, l’audace. Il a tout ce qu'elle n'a pas, la rationalité extrême, la maîtrise émotionnelle et un sens stratégique froid comme une lame. Quand ils s'entendent, c'est merveilleux, quand ils se détestent, ça donne le congrès de Reims et la présidentielle de 2007. Ensemble, ils ont eu quatre enfants, elle a été finaliste d'une présidentielle qu'il a remportée cinq ans plus tard, ils se sont séparés publiquement, ils ont claqué les portes, cassé la vaisselle en public, c'est une histoire totalement incroyable."
"Hollande préfère attendre son heure"
Et ils se combattent à nouveau, mais cette fois, pas frontalement.
"Non, l'un parti, l'une, participera à la primaire socialiste, Ségolène Royal, et même si elle a peu de chances de l'emporter, Ségolène Royal est capable, sur une phrase, une intuition, de gagner un débat, d'embarquer une primaire. Lui, il refuse d'y participer, en grande partie aussi en raison de sa présence, et il préfère attendre son heure, autrement dit, attendre, c'est son calcul, que tout s'effondre, pour tout ramasser, et être, comme toujours, l'homme le plus riche du cimetière."
"Ce n'est pas une génération d'enfants gâtés de la politique"
Pourquoi une telle longévité, Françoise ?
"Parce que ce sont des guerriers, des vrais combattants, c'est pas une génération d'enfants gâtés de la politique. Cette génération, elle s'est battue pour arracher ses circonscriptions, Hollande en Corrèze avec Jacques Chirac, Royal dans les Deux-Sèvres avec Raffarin. Ils vibrent de la politique. Elle a enflammé ce pays en 2007, dans son duel baroque, les flamboyants, avec Nicolas Sarkozy. Il a été le premier président socialiste depuis la fin du règne de François Mitterrand.
Ils sont là aussi parce qu'ils font partie d'une grande histoire, celle de la gauche qui a réformé, celle de la gauche des années Jospin, où tout n'allait pas si mal. On peut y voir une formidable capacité de résilience, mais, quand même, on peut y voir aussi une incapacité à laisser les nouvelles générations s'exprimer, à les étouffer. Ils ont à peu près tout gagné en deux : députation, région, conseil départemental, présidence de la République. On pourrait se dire qu'à 72 et 73 ans, ils pourraient passer la main. Eh bien non, ils jouent la partie jusqu'au bout. On est en 2026, peut-être tout simplement parce qu'ils ne savent pas vivre autrement."