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Karim Bouamrane (PS) : « C’est moi le recours à gauche »

ENTRETIEN SUD RADIO - Candidat à la présidentielle, le maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane revient sur la candidature d’Olivier Faure, son refus de participer à la primaire de la gauche et sa volonté de rassembler le camp progressiste.

Karim Bouamrane PS
Karim Bouamrane, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 6 mai 2026, dans “L’invité politique”.

Jacques Cardoz : L'actualité, c'est la déclaration d'Olivier Faure, qui lui aussi se lance dans la course à la présidentielle. Une énième candidature à gauche, ce n'est pas ridicule ?

Karim Bouamrane : Non, ce n'est pas ridicule, parce qu'il n'y en a pas tant que ça. Vous avez cinq, six candidats à la primaire. Les gens disent beaucoup de choses. Les gens disent que le Brésil a gagné la Coupe du Monde, ou l'Allemagne a gagné la Coupe du Monde. Le plus important, c'est, comme dirait Highlander, « il ne doit en rester qu'un », et il n'en restera qu'un. Et c'est la raison pour laquelle je suis candidat, et je pense être celui qui pourra fédérer et rassembler.

« Je fais 75 % dans les quartiers populaires »

Il dit qu'il est le candidat des classes populaires, qu'il est le mieux placé pour parler des classes populaires. Mieux que vous ?

Je ne sais pas si Olivier Faure est mieux placé que moi pour parler des classes populaires. Je ne sais pas c'est quoi le critère. Ce que je sais, c'est que j'ai un ancrage dans le réel. J'ai été élu, réélu. Je connais les questions par cœur de logement, de pouvoir d'achat, de protection des mineurs, d'égalité femmes-hommes, des questions d'éducation. Et j'ai une pensée particulière pour tous les enseignants qui font leur rentrée. Je connais les questions de narcotrafic, pour avoir démantelé tous les points de deal dans ma commune, de sécurité, de protection. Donc l'objectif, ce n'est pas d'essayer de faire un concours avec celui qui est le plus populaire.

Lorsqu'Olivier Faure dit qu'il est le candidat des classes populaires, comment vous réagissez ?

C'est une primaire. Non, je n'y participe pas. Quand Olivier Faure, avec lequel j'ai eu l'opportunité d'échanger à Blois, justement en lui disant « Bon, je ne participerai pas à cette primaire, j'y reviendrai, mais ce qui doit prévaloir, ce qui doit primer, c'est l'intérêt des Françaises et des Français »... Lorsqu'Olivier Faure dit « Je suis le candidat des classes moyennes et des classes populaires » dans cette primaire, c'est en opposition, probablement, avec la candidature de Raphaël Glucksmann, qui n'est pas issu des classes populaires. Donc je pense qu’il installe le match avec Raphaël Glucksmann.

« Le peuple, c’est nous, pas LFI »

On sait, au vu des résultats, que le PS a perdu les quartiers populaires.

Je fais 75 % dans les quartiers populaires, cher monsieur. Je mets plus de 35 points de différence à ceux qui s'autoproclament représentants des quartiers populaires, à savoir la France insoumise. Je suis réélu. J'ai gagné un canton, avant, dans les dix quartiers populaires, en tant que vice-président du département de Seine-Saint-Denis. 

Je vais vous dire : quand j'étais à Blois, j'ai organisé un pot avec une partie des militants et des sympathisants qui me soutiennent, en leur disant qu'il ne faut pas avoir honte de ce que nous sommes, et surtout qu'il ne faut laisser qui que ce soit faire une OPA sur notre histoire populaire. Le peuple, c'est nous, c'est le Parti socialiste. Le peuple, c'est nous, et pas LFI — parce qu'ils parlent plus fort, parce que derrière ils s'autoproclament représentants du peuple...

Vous faites allusion à vos victoires, mais vous avez aussi perdu face au maire LFI de Seine-Saint-Denis pour accéder à la présidence de l'établissement public territorial.

Je n'ai pas perdu. Il y a neuf maires. C'est une élection des grands électeurs. Techniquement, on savait qu'on n'allait pas gagner. Mais la LFI n'est pas plus populaire. Ce qui s'est passé dans cette élection, si vous voulez qu'on en rediscute techniquement, c'est qu'on avait des systèmes d'élections qui n'étaient pas du tout réactualisés. Et le message que je renvoyais, c'est justement que la France insoumise n'a pas le leadership dans ma zone. Et ça fait 60-40. Avec une ville qui fait quand même 130 000 habitants, la mienne fait deux fois moins. Mais on fera le point au mois d'avril, on fera le point lors des législatives, et on verra.

« Tout le monde tombe dans le panneau »

Vous soutenez le fait que le PS n'a pas perdu les quartiers populaires ?

Alors, combien j'ai fait chez moi ? Il y a le numéro 2 de la France insoumise, président de la commission des finances, Éric Coquerel, qui se pavanait partout, dans les studios, dans les émissions de télé, en disant « vous allez voir, une ville comme Saint-Ouen... ». Il est où ? Plus de 30 points de différence. Et c'est ce qui va se passer. Parce que je vais vous dire : la France insoumise, dans les médias, partout, même dans les manifestations politiques, ils font croire qu'ils ont une garde-robe. C'est ça, l'histoire, et tout le monde tombe dans le panneau. Ils ont 10 000 militants, et on les met à droite, à gauche, avec des drapeaux — parfois des drapeaux blancs, parfois d'autres.

Pour le moment, vous n'acceptez pas de participer à cette primaire, alors que vous auriez des arguments. Pourquoi vous ne saisissez pas l'occasion des primaires pour vous exposer ?

OK, on ressort d'une trêve de cinq semaines. Vous avez croisé, vous, lors de vos vacances, des personnes qui vous arrêtaient pour vous parler des primaires ? Cher monsieur, les gens, ils vous parlent de quoi ? Et l'auditeur, il va me parler de quoi ? Il ne va pas me parler des primaires. Ils vont me parler de pouvoir d'achat, ils me parlent de protection des mineurs, ils me parlent des moyens de démocratiser l'excellence, de faire en sorte que leurs enfants puissent bénéficier d'une scolarité de qualité, ensuite d'un emploi de qualité, et ensuite d'un logement de qualité.

« Payer 15 euros pour peser sur l’avenir de son pays, c’est scandaleux »

Mais comment vous allez faire pour vous défendre si vous ne passez pas par la case primaire, alors qu'on sait qu'il y a trois gros débats qui vont être organisés, dont un sur le service public à une heure de grande écoute ? Ce sont des expositions très importantes, qui vous permettraient de gagner le match. Pourquoi vous n'y allez pas ?

Alors, je vais vous dire : comment on a fait en 2007, en 2011 ? En 2011, on avait 2,8 millions pour être précis. Et ça n'a pas été un moyen pour François Hollande de devenir président de la République, ces primaires ? Je me souviens, à l'époque, je les avais organisées pendant cinq, six mois. Donc le problème, c'est aussi une question d'argent. Alors je reviens : il y a trois sujets. 

Le premier : est-ce que c'est la priorité des Françaises et des Français aujourd'hui, les primaires ? Non. La priorité, c'est d'aller à la rencontre des Françaises et des Français. Il y a à peu près 36 000 communes ; pour moi, j'ai 36 000 campagnes municipales pour être le prochain président de la République. Et il reste huit mois. Je ne peux pas passer quatre semaines, en interne, à débattre sur une assiette de 100 000 votants potentiels. Ce n'est pas possible. 

Deuxième point : je n'ai pas aimé le coût de la participation. Je n'ai pas aimé. Moi, pour le coup, vous avez parlé des classes moyennes — moi, je ne suis pas de classe moyenne, je suis fils d'ouvrier. Et je suis dans une ville où il y a un tiers de personnes très précaires, un tiers de classes moyennes et un peu moins d'un tiers de classes supérieures. Quelle que soit la classe, venir voter pour peser sur l'avenir de son pays et devoir payer 15 euros, c'est scandaleux lorsqu'on se dit progressiste, socialiste, écologiste. Ça, c'est le second point. Et puis le troisième point : ça n'a pas rassemblé toute la famille sociale-démocrate.

« Il y a les trains qui passent, et moi je suis le chef de gare »

Vous ne craignez pas d'être déçu de voir le train passer devant vous ?

Il y a les trains qui passent, et moi je suis le chef de gare. On n'est pas sur la ligne 13 des années 70-80, on est sur la 14. Et la 14, je la connais par cœur. Donc on fera le point fin octobre, et vous verrez que je serai en capacité de rassembler, de fédérer une bonne partie du pôle progressiste-écologiste, ceux qui se disent : « je ne veux pas tomber dans cette espèce de fatalité que tout le monde commence à répéter à l'envie », que ce soit Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. 

Donc je reste convaincu qu'aujourd'hui, la campagne, en ce qui me concerne, je ne suis pas en campagne depuis trois semaines — ça fait depuis 2020 que je suis en campagne. On rencontre les agriculteurs, les ouvriers, les étudiants, les chefs d'entreprise — et j'en place une, en même temps, pour le MEDEF, parce que, justement, le chef d'entreprise...

Ça ne vous agace pas de voir que le MEDEF vous écarte, de fait, de l'organisation de son débat de la semaine dernière ?

Ils écartent Ségolène Royal, ils écartent David Lisnard, ils écartent ma personne. Pourquoi ? Parce que, quand vous discutez avec eux en off, ils se la jouent : « oui, la France doit innover, nous souffrons trop de cette sclérose, de ce conservatisme ». Mais ils ont invité exclusivement les personnes qui, soi-disant, sont déjà bien placées dans les sondages. C'est ça, la démocratie ? C'est ça, leur conception de l'innovation ? C'est ça, leur conception de faire en sorte que la France pense « out of the box », comme diraient les Anglo-Saxons, et soit pionnière d'une nouvelle façon de faire de la politique ?

« Je ne quitte pas mon parti, je le combats de l’intérieur »

Pas de 20 heures, pas de visibilité, pas de MEDEF.

J'ai fait les matinales. J'ai fait toutes les matinales. Suivez le flux, regardez quand je passe quelque part, et regardez le flux.

On se demande quand même, Karim Bouamrane, pourquoi vous restez finalement dans ce parti. Vous êtes en opposition avec le patron, Olivier Faure, vous refusez ses méthodes, vous refusez la primaire, vous essayez de faire une campagne en double file. Si vous êtes en conflit avec Olivier Faure, pourquoi vous ne prenez pas votre liberté ?

C'est dommage qu'on n'ait pas passé un peu de temps à Blois, parce que vous auriez vu à quel point les militantes et les militants socialistes me soutiennent. Je suis fier d'être socialiste, et je n'ai pas de problème personnel avec Olivier Faure — c'est ce que j'évoquais. Vous avez deux façons de voir les choses quand vous n'êtes pas en opposition mais que vous avez des nuances de stratégie ou parfois de tactique, comme ce fut le cas lors du NFP, le Nouveau Front populaire : soit vous quittez le parti, soit vous le changez de l'intérieur. 

Et moi, ma façon de voir les choses, c'est que lorsque j'ai un problème avec ma ville ou mon pays, je ne quitte pas ma ville, je ne quitte pas mon pays, je ne quitte pas mon parti. Je combats de l'intérieur. C'est comme ça, c'est à l'image de ma vie, et c'est comme ça qu'on gagne des batailles, c'est comme ça qu'on gagne les luttes.

Un mot de François Hollande, qui a évoqué l'idée d'une « union sacrée des démocrates », précisément ce week-end. Il plaide pour un candidat unique de l’union sacrée des démocrates. Qu'est-ce que vous en pensez ?

C'est la petite musique qu'on entend. En tout cas, François Hollande, au même titre que... Enfin, lui, il est candidat putatif, il ne s'est pas déclaré. Moi, je suis le seul candidat de gauche, socialiste, à dire « je suis candidat » et à ne pas participer à la primaire. François Hollande a refusé de participer à la primaire — deuxième représentant de la social-démocratie. 

Bernard Cazeneuve a refusé de participer à la primaire — troisième représentant de la social-démocratie. Donc aujourd'hui, il y a deux écoles : celle de Cazeneuve, Hollande, Bouamrane, qui se disent « on fera le point au mois de janvier, et le meilleur d'entre nous sera en capacité de rassembler le pôle progressiste » ; et il y a ceux qui se disent « je passe par la case primaire ».

« On verra au mois de janvier, et on se déterminera »

François Hollande, il peut être le recours à gauche, selon vous ?

Le recours à gauche, c'est moi, le recours à gauche. Ce n'est pas François Hollande. Mais on verra au mois de janvier. François Hollande a raison de se dire « je peux être le recours ». Et moi, je me dis : je serai le recours.

Mais imaginons que Raphaël Glucksmann gagne cette primaire. Vous allez dire : « moi, je suis le recours » ?

Ce que je vais dire à Raphaël Glucksmann, ou à Olivier Faure, ou à Philippe Brun, ou à Jérôme Guedj, c'est qu'on fera le point au mois de janvier sur la base des sondages. Je leur dirai : « camarades, c'est super, vous avez gagné » — comme dirait mon ami Rabbin Mazeltov. En revanche, une fois que vous avez gagné, fin octobre, on est à huit mois des élections. 

On verra au mois de janvier, et on se déterminera. Et ce sera le meilleur, ou la meilleure, qui sera en capacité de nous rassembler et de faire en sorte que le ou la président·e de la République soit progressiste, écologiste, de gauche, et apporte des mesures concrètes pour améliorer la vie des gens. Et je pense être cette personne.

J'aimerais vous entendre également sur la candidature de Ségolène Royal. Certains disent « perturbatrice », « favorite », ou bien disent que c'est « une bombe anti-Hollande ». Qu'est-ce que vous en pensez ?

C'est une candidate. Franchement, c'est une candidate. Elle était là en 2007, elle fait un comeback vingt ans après. J'ai bien aimé sa sortie sur le MEDEF, elle a eu raison. C'est dans la continuité de ce qu'avaient dit également d'autres militantes et militants de gauche. On verra ce que ça apaisera à l'intérieur de cette primaire.

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