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François Piquemal (LFI) : "Il y a eu des ingérences israéliennes lors des municipales"

INTERVIEW SUD RADIO - François Piquemal, député La France insoumise de Haute-Garonne et auteur d’Élection sous influence, était l’invité politique de Sud Radio.

François Piquemal LFI
François Piquemal, député La France insoumise de Haute-Garonne et auteur d’Élection sous influence, était l’invité politique de Sud Radio

Le gouvernement alerte sur le coût d’une absence de budget. Maud Brégeon évoque 15 milliards d’euros supplémentaires pour le pays. Vous allez donc censurer ?

François Piquemal : Oui, bien sûr, on va censurer ce budget parce que je rappelle qu'il y a des milliards d'euros de moins, parfois, pour des postes de dépense importants, notamment pour les services publics de proximité. On en parle peu, mais il y a des coupes drastiques qui sont prévues pour les collectivités locales.

Si encore on pouvait avoir un débat sur le budget qui aille à son terme sans 49.3, on ferait, et on va faire, évidemment, des propositions d'amendements pour améliorer le budget. Mais encore faut-il que ces propositions d'amendements, quand elles sont votées majoritairement, elles soient acceptées et non pas censurées par le 49.3.

Je me souviens qu'en 2023, on avait voté à la majorité de l'Assemblée nationale un grand plan d'investissement sur la rénovation thermique des logements à hauteur de 12 milliards d'euros. Et chacun sait ici à quel point on a souffert cet été, dans nos logements, dans nos bouilloires thermiques. Et bien, il y avait eu un vote majoritaire pour cela, balayé par un 49.3 du gouvernement macroniste.

"Nous, on ne votera pas un budget d'austérité"

Si vous censurez, c'est 15 milliards de plus pour les Français.

Non, ça, c'est totalement faux. C'est le chiffrage du gouvernement, mais c'est surtout un budget d'austérité. Moins de moyens pour les services publics de proximité. Par exemple, on est en rentrée scolaire. Beaucoup de familles vont vouloir inscrire leurs enfants dans des activités sportives. Et bien, c'est moins de moyens qui sont alloués. Les APL vont être menacées pour les étudiants et les jeunes. Donc non, nous, on ne votera pas un budget d'austérité. Les Français ont assez souffert pendant les années macronistes.

Est-ce que vous appelez le PS à vous suivre sur ce sujet ?

Bien sûr, on appelle en fait toutes celles et ceux qui ont été les tenants du programme du Nouveau Front Populaire. Je rappelle qu'il y a eu une élection en 2024 qui a donné une majorité relative au Nouveau Front Populaire.

Moi, j'ai été élu sur un programme auprès de mes électeurs. Je suis comptable de ce programme. Ce programme, c'est celui du Nouveau Front Populaire. En 2024, il y a eu une élection. Le Nouveau Front Populaire est arrivé en tête. Ce résultat a été bafoué par M. Macron, qui n'en a pas tenu compte. Moi, je suis tributaire du programme sur lequel j'ai été élu.

"Les Français ont assez sacrifié"

Les Français seraient prêts à plus de sacrifices. Vous n'avez pas l'impression d'être à contre-courant ?

Non, je ne pense pas. Je pense que les Français ont assez sacrifié, notamment leur pouvoir d'achat ces dernières années, et qu'il est temps de mettre en place le partage des richesses, et notamment d'augmenter les revenus, dont les salaires, et le SMIC à 1 700 euros. C'est ce qu'on propose avec Jean-Luc Mélenchon.

Il y a une crise des vocations chez les enseignants. Ce serait quoi votre remède à la perte d'attractivité de cette profession ?

La valorisation salariale des enseignants, et surtout des moyens matériels et humains dans nos écoles. On manque d'infirmières, on manque d'assistants d'éducation, on manque de beaucoup de choses qui facilitent le travail des enseignants également, et de la communauté éducative.

Une infirmière scolaire, quand on sait les problématiques qui se posent en matière de santé physique, de santé mentale pour nos élèves, en avoir une dans chaque établissement, ce n'est pas de trop, et aujourd'hui, ce n'est pas le cas.

"Jean-Luc Mélenchon a toutes les probabilités d'être au second tour"

Dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon est leader à gauche, mais systématiquement donné perdant au second tour. Sans ralliement, avez-vous une chance de gagner ?

Ça tombe bien, parce qu'il y a une élection présidentielle, et une élection, c'est fait pour faire campagne, une campagne, c'est fait pour convaincre les gens, donc pour faire en sorte que les sondages ne soient pas des autoprophéties. Bien sûr, on a tendu la main aux écologistes, aux communistes, et on espère élargir à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans notre programme, dans le programme du Nouveau Front Populaire.

Nous, on a un programme, une équipe, un candidat, on est prêt à gouverner, c'est comme ça, regardez, tac, tac, tac, c'est carré. Donc avec nous, vous savez à quelle sauce nous allons gouverner le pays : augmentation du SMIC, retraite à 60 ans, transition écologique, et l'unité du pays contre toutes celles et ceux qui veulent le diviser.

Si Raphaël Glucksmann arrive en tête de la gauche, vous appellerez à voter pour lui au second tour ?

Déjà, M. Glucksmann, il faut qu'il arrive en tête de leur primaire de la social-démocratie qui s'organise, et c'est leurs affaires, moi je ne vais pas faire d'ingérence là-dessus. Donc pour moi, le match est déjà un peu fait. M. Jean-Luc Mélenchon a toutes les probabilités d'être au second tour.

Moi, j'ai toujours appelé à battre l'extrême droite. Les mesures qu'elle propose vont s'appliquer sur des gens qui vont subir les discriminations. Et ne serait-ce que pour que ces gens-là soient un minimum protégés de ces mesures-là, oui, il faut battre l'extrême droite en toutes circonstances.

"Mon livre a pour objet de lancer l'alerte sur la souveraineté démocratique"

Dans votre livre Élection sous influence, vous revenez sur les municipales de Toulouse. Est-ce que vous dites que l'élection vous a été volée ?

Alors, ce n'est pas la thèse de mon livre. Je ne dénonce pas une tricherie. Mon livre, il a pour objet de lancer l'alerte sur la souveraineté démocratique du pays sur les prochaines élections et de revenir sur ce qui s'est passé aux dernières municipales. Il y a eu des ingérences étrangères, là en l'occurrence des ingérences israéliennes, qui sont avérées, qui sont étayées, non pas par moi, mais par Viginum. Après, il y a des enquêtes en cours. C'est à elles de dire à quel point les uns et les autres ont été, on va dire, mêlés et investis là-dedans.

Il n'y a pour le moment rien d'établi sur l'impact de ces ingérences sur le résultat de l'élection ?

La justice le dira, mais regardez, c'est la première fois en France qu'on a des ingérences à cette hauteur documentées par les services de l'État. Et ça, vous ne pouvez pas le nier. Il y a un recours encore sur l'élection toulousaine. Il sera au juge d'apprécier si, oui ou non, ces ingérences ont pu influer le résultat.

"Le sentiment d'avoir été floués dans cette élection"

En fait, moi, ce que je dis et ce que me rapportent beaucoup de Toulousaines et de Toulousains, c'est qu'ils ont le sentiment d'avoir été floués dans cette élection. Parce que quand on a des manœuvres de désinformation massive, l'entité dont je parlais, BlackCore, qui est répertoriée par Viginum, c'est une entité qui se présente comme ça, comme une entité de désinformation.

Donc forcément, si vous voulez, le fait qu'il y ait eu une ingérence, en l'occurrence là israélienne, dans une élection locale, c'est un problème de souveraineté démocratique. Après, des enquêtes sont en cours, elles vont mettre du temps, puisque vous connaissez le temps de la justice par manque de moyens, malheureusement, et ce sera à elle de déterminer les responsabilités.

Interdiction du voile : "une nouvelle attaque islamophobe"

Le Rassemblement national souhaite interdire le voile dans l'espace public. Qu'en pensez-vous ?

Je pense qu'il marque la méconnaissance historique du Rassemblement national et la méconnaissance de la loi de 1905, la loi sur la laïcité, qui, je le rappelle, est une loi qui vise, dans son esprit général, à neutraliser l'État et par conséquent ses agents publics, mais en aucun cas à neutraliser les individus sur leur croyance ou sur leur non-croyance. Et cette loi, elle assure le fait pour l'individu, dans l'espace public, dans un État démocratique, de pouvoir se vêtir comme il le souhaite dans les cadres prévus par la loi.

Or, en faisant cette mesure, en annonçant cette mesure, le Rassemblement national contrevient totalement à la loi de 1905, marque sa méconnaissance sur le sujet, c'est anticonstitutionnel aussi, puisque c'est contraire aux articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et je trouve ça énormément révélateur du projet du Rassemblement national pour le pays.

J'aimerais juste avoir une pensée pour toutes nos concitoyennes et concitoyens de confession musulmane qui se sentent, évidemment, blessés par cette nouvelle attaque islamophobe.

Vous connaissez sûrement Latifa Ibn Ziaten, qui est la mère d'Imad Ibn Ziaten, soldat tué, assassiné par le terroriste Mohamed Merah. Latifa Ibn Ziaten, elle porte le voile, et c'est son droit. C'est notre droit. Que va faire Marine Le Pen ? Elle va aller donner une contravention à Mme Ibn Ziaten parce qu'elle porte le voile. C'est ça son projet de société. Et nous serons les défenseurs de la loi de 1905.

"Il faudrait faire un débat de société sur la place de l'extrême droite"

Le RN souhaite un référendum et parle d'un débat de société sur la place de l'islamisme.

Super, on va faire un référendum sur la mesure islamophobe de M. Bardella et Mme Le Pen s'ils passent au pouvoir, à l'heure où on a beaucoup d'autres préoccupations.

Je pense qu'il faudrait faire un débat de société sur la place de l'extrême droite, surtout dans ce pays qui prend malheureusement de plus en plus d'espace avec ses idées nauséabondes qui visent à diviser le pays.

Jean-Philippe Tanguy comparé à un rat : "c'est de l'humour"

Jean-Luc Mélenchon a critiqué l'arrivée de Charles Sapin, journaliste de Valeurs actuelles, sur France Inter. Vous partagez ses propos ?

On a le droit d'avoir des pensées diverses et variées, sauf celles qui promeuvent justement la discrimination, la xénophobie et le racisme. Je vous le disais, on a un débat sur la place de l'extrême droite de plus en plus importante, sur ces idées qui fracturent notre pays. Donc je rejoins en tout point les propos de Jean-Luc Mélenchon. Moi, je trouve ça dommageable que sur le service public, on donne encore un temps d'antenne.

Un humoriste de France Inter a comparé Jean-Philippe Tanguy à un rat. Qu'en pensez-vous ?

Oui et non, en fait, c'est de l'humour. Après, ça fait partie de la liberté d'expression, donc si M. Tanguy juge que ça allait trop loin, il n'a qu'à déposer plainte et puis la justice tranchera. Vous confondez une blague d'un humoriste et un projet politique d'un éditorialiste qui a un projet politique. Pour moi, c'est deux choses qui sont différentes et c'est deux choses qui s'affrontent différemment.

Un humoriste, il a pour but de faire des blagues, de faire rire les gens. Un éditorialiste politique, il a pour but de mettre en place un point de vue politique. Là, en l'occurrence, celui dont vous me parlez, c'est un point de vue politique d'extrême droite et de convaincre des gens là-dessus. Après, vous pouvez être pour la pluralité, je le suis aussi, ça ne m'empêche pas de dire qu'on regrette, on trouve ça dommageable que le service public accueille des éditorialistes d'extrême droite aujourd'hui.

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