Maire de Saint-Ouen et candidat à l'élection présidentielle de 2027, Karim Bouamrane (PS) n'a pas mâché ses mots au sujet de la séquence d'Édouard Philippe servant des frites ce week-end à Tourcoing aux côtés de Gérald Darmanin. L’édile a dénoncé, sur Sud Radio, une « théâtralisation » de la politique qu'il juge indigne des classes populaires.
Contre la politique-spectacle
Pour Karim Bouamrane, la scène de Tourcoing relève d'une mise en scène qu'il juge déplacée. S'il prend soin de saluer la trajectoire personnelle de Gérald Darmanin « issu des classes populaires », pour lequel il dit avoir du « respect » il n'épargne pas la méthode. « Il faut qu'on arrête ce côté clownesque. » Le maire de Saint-Ouen élargit sa critique à d'autres éditions du genre, évoquant Édouard Philippe photographié « à Mayotte, dans un champ de canne à sucre, en train de se la jouer populaire ».
C'est en convoquant sa propre histoire familiale que le candidat justifie son agacement : « Moi, mon père est ouvrier. Moi, ça m'aurait fendu le cœur de voir un responsable politique qui descend dans un chantier, qui retrousse ses manches et qui, pendant 5-10 minutes, prend des parpaings. » Pour lui, le respect dû aux classes populaires ne se prouve pas en établi le temps d'une photo, mais par des mesures concrètes : « Si vous voulez être respectueux à l'endroit des classes populaires, augmentez les salaires, donnez-leur plus de moyens pour lutter contre les déserts médicaux. »
« J'ai trop de respect pour les classes populaires »
Relancé sur l'efficacité de ce type de séquences, qui « font du buzz », Karim Bouamrane refuse d'y voir un manque dans sa propre campagne. Il revendique au contraire une ligne de conduite tenue depuis le début de son engagement : « Ça fait depuis 30 ans que je suis militant politique. Moi, je ne me compromets pas et j'ai trop de respect pour les classes populaires. »
Le candidat va plus loin en généralisant sa méthode à l'ensemble de ses interactions avec les citoyens qu'il rencontre : « J'ai trop de respect pour notre électorat et pour les administrés pour me déguiser, que ce soit en victime de violences sexuelles lorsque je rencontre des victimes, ou en agriculteur lorsque je rencontre des agriculteurs, ou en chômeur lorsque je rencontre des chômeurs. Ça, c'est la théâtralisation. »
🍟@EPhilippe_LH sert des frites à Tourcoing !
— Sud Radio (@SudRadio) August 31, 2026
🗣️@karim_bouamrane : "Il faut arrêter de se déguiser, ce côté clownesque… Moi, je ne me suis pas déguisé en mangeur de poulets !" #GrandMatin
📻https://t.co/LIMgdJRBVG pic.twitter.com/ji6fY6nwj0
« Je ne me suis pas déguisé en poulet »
L'entretien prend un tour plus offensif au micro de Sud Radio lorsque le journaliste Jacques Cardoze lui oppose sa propre séquence, très commentée, contre l'installation d'un « Master Poulet » à Saint-Ouen. Karim Bouamrane réfute toute équivalence avec les mises en scène qu'il critique : « J'ai théâtralisé quoi ? Je ne me suis pas déguisé en poulet, je ne me suis pas déguisé en mangeur de poulet. »
Il présente son opposition comme une démarche argumentée plutôt que scénique, fondée sur des principes de droit et de santé publique : « Je suis arrivé et j'ai expliqué que derrière, l'appropriation de l'espace public est illégale, que nous sommes dans un état de droit, que la santé alimentaire, ce n'est pas parce qu'on est issu des classes populaires, qu'on est assigné à résidence intellectuelle, territoriale, comme souhaitent nous le faire LFI. »
« Il faut arrêter de croire que les Français sont des imbéciles »
Dans la dernière partie de l'échange, le candidat socialiste durcit encore le ton contre les codes qu'il associe à une ambition présidentielle mal placée : « Vous voulez être président de la République, vous vous retrouvez avec un tablier en train de servir des frites ? Non mais qu'est-ce que c'est que ça ? »
Il oppose à cette imagerie une liste de sujets qu'il juge prioritaires pour tout déplacement dans le Nord : « Parlez de déserts médicaux, parlez de protection de l'enfance, parlez d'industrialisation, parlez de l'IA, parlez de paix, parlez de comment on va apporter un certain nombre d'emplois comme l'a fait le maire de Dunkerque, parlez de rentrée scolaire. »