INTERVIEW SUD RADIO - Les écoliers vont effectuer demain leur rentrée scolaire. Ce lundi 31 août, jour de la pré-rentrée, marque la reprise des enseignants. Le métier est en tension et les syndicats pointent le manque de reconnaissance, comme alerte Jean-Rémi Girard, président du syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur.
"L'Education Nationale est en crise et le métier est dévalorisé" déclare Jean-Rémi Girard, président du syndicat des écoles, collèges, lycées et enseignement supérieur.
Ce lundi 31 août, 850 000 enseignants effectuent leur pré-rentrée dans les différentes académies. Cependant, la profession ne fait plus rêver grand monde, à tel point qu'elle est devenue un repoussoir. Jean-Rémi Girard, président du syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur, dénonce un manque de reconnaissance de la profession. Le syndicaliste dresse les inquiétudes, le bilan de 10 ans de macronisme et les promesses non tenues. Il dénonce la volonté des candidats à la présidentielle de faire de belles promesses pour récupérer des voix.
« Il y a un abattement de la profession »
« L'inquiétude est quel'Éducation Nationaleest toujours dans une crise, avec un métier qui est très dévalorisé dans la société, des conditions de travail qui se dégradent, à la fois question de sécurité, toujours une question de taille des classes, aussi, et gestion de l'école inclusive, estime Jean-Rémi Girard, président du syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur. Il y a un certain abattement de la profession qui tient un peu le système à bout de bras, qui tient l'école un peu à bout de bras, et qui n'a pas vraiment l'impression qu'on l'en remercie beaucoup alors même que ça craque un peu de toutes parts » explique le syndicaliste.
"La combinaison rémunération-conditions de travail qui est la plus problématique"
« Il n'y a pas qu'une seule chose qui pose problème, poursuit Jean-Rémi Girard. Dans un premier temps, je dirais que c'est vraiment l'attractivité du métier, c'est la combinaison rémunération-conditions de travail qui est la plus problématique, ça va se traduire par des choses assez différentes d'une école à l'autre ou d'un établissement à l'autre, ça peut être des problèmes de remplacement parce qu'on n'arrive pas à trouver des volontaires pour venir devant les classes.
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Dans un second temps, ça peut être la taille des classes, dans mon lycée, les secondes sont encore à 35 cette année, ça peut être la rémunération qui continue effectivement d'être peu attractive, c'est une sorte de mélange un petit peu de tout ça auquel viennent se rajouter des problématiques de gestion à la fois de la sécurité, on voit quand même dans les médias beaucoup d'enseignants agressés, et la gestion de l'école inclusive qui est très très compliquée au quotidien, car on adapte, mais souvent avec trois bouts de ficelle » estime le syndicaliste.
« Dix ans de perdus »
Le président du syndicat tire un bilan plutôt négatif des deux mandats d'Emmanuel Macron : « C'est dix ans de perdues et même parfois des dégradations, on a fait des réformes sur des réformes sur des réformes, voilà réforme du lycée, on a changé les programmes, on a fait deux réformes de la voie professionnelle, on a vaguement fait une ou deux mesures parfois de pouvoir d'achat mais finalement très très symbolique dans une trentaine d'années de dégradation du pouvoir d'achat, et puis on a supprimé des postes notamment en collège et lycée alors que le nombre d'élèves continuait à augmenter pendant le premier quinquennat ».
Jean-Rémi Girard pointe également le mépris de la part du premier ministre de l'Éducation Nationale d'Emmanuel Macron : « Il y avait aussi un certain mépris, on a gardé Jean-Michel Blanquer comme ministre pendant cinq ans, avec une vision de l'école et une gestion des personnels qui était compliquée ».
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"Les promesses de revalorisation de Macron n'ont pas du tout été tenues"
« Non, les promesses de revalorisation d'Emmanuel Macron n'ont pas du tout été tenues, c'était 10% pour les enseignants, on ne les a pas eues. Avec l'inflation on a même perdu en fait en pouvoir d'achat sur ces deux quinquennats. Il y a une année où il y a eu une augmentation d'une prime fixe pour tout le monde, c'était 2023-2024, et le reste du temps il y a eu un petit peu pour les débuts de carrière », estime l'enseignant.
« Si vous êtes un prof quarantenaire, cinquantenaire, qui est la grosse masse des professeurs aujourd'hui, parce qu'en plus on est un métier vieillissant, il ne s'est finalement pas passé grand-chose et on continue de perdre en pouvoir d'achat, on continue de se faire rattraper par le SMIC et d'autres métiers comme le métier d'accompagnant d'élèves en situation de handicap : eux sont toujours en dessous du seuil de pauvreté », annonce Jean-Rémi Girard.
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« L'éducation ne va pas devenir d'un seul coup un sujet central »
« Personne ne croit que cette rentrée peut être un point de bascule, d'une part parce qu'on ne pense pas que d'un seul coup l'éducation va devenir un sujet central, là on a des candidats à la présidentielle qui nous font les yeux doux, mais comme ils nous faisaient les yeux doux en 2022 et puis ensuite il ne s'est vraiment pas passé grand-chose », annonce l'enseignant.
« Mais d'autre part le métier est assez épuisé, c'est assez compliqué de mobiliser par exemple, il y a plutôt une lassitude, un abattement et une colère qui se sont installés, mais beaucoup de collègues ne voient pas tellement comment on va avoir finalement une manière de se faire entendre et que ça change. À un moment on a l'impression qu'il faut vraiment que l'école s'effondre pour que la société finisse par en prendre conscience, ce serait peut-être bien de faire quelque chose avant que l'école s'effondre totalement dans notre pays » conclut Jean-Rémi Girard, président du syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur.