Invité de BFMTV hier, Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme et « Monsieur économie » de Marine Le Pen, a affirmé que le RN allait "sanctionner le port du voile", précisant que la mesure viserait aussi bien le foulard que les autres formes de voile islamique. Il a justifié cette proposition par la volonté de "combattre l'idéologie islamiste", évoquant une forme de solidarité avec "toutes les femmes à travers le monde qui sont forcées" de porter le voile.
Il affirme que la mesure serait soutenue par "60% à 70%" des Français, sans citer de sondage précis sur ce chiffre. Concrètement, en cas de victoire du RN, les femmes portant le voile dans l'espace public "auront une amende", sur le modèle, selon lui, de la sanction appliquée aux automobilistes qui ne n’attachent pas leur ceinture.
Que dit le droit aujourd’hui ?
Mais la proposition du RN va bien au-delà de ce que la loi française prévoit actuellement. Le droit distingue deux situations très différentes. D'un côté, le voile intégral, c'est-à-dire la burqa ou le niqab, qui dissimule le visage : son port est interdit dans l'espace public depuis la loi du 11 octobre 2010, votée sous Nicolas Sarkozy. Cette interdiction ne cite pas le mot "voile" et ne vise pas explicitement une religion. Elle s'applique à toute tenue destinée à cacher le visage, au nom de l'ordre public et de la sécurité, avec des exceptions pour raisons de santé, professionnelles ou pour certaines manifestations sportives et festives. Son non-respect n'est puni que d'une contravention de deuxième classe, autour de 150 euros.
De l'autre côté, le foulard ou hijab, qui laisse le visage visible, n'est aujourd'hui interdit ni dans la rue, ni dans les commerces, ni dans les transports. Des restrictions existent, mais seulement dans des cadres précis : les agents publics doivent respecter une stricte neutralité religieuse dans l'exercice de leurs fonctions, et les élèves des écoles, collèges et lycées publics ne peuvent porter de signes religieux ostensibles depuis la loi de 2004. Les usagers des services publics, eux, doivent avoir le visage découvert lorsque leur identification est nécessaire. En dehors de ces situations, porter un foulard dans l'espace public reste une liberté individuelle protégée.
🔴 Le #RN promet des « amendes » aux femmes voilées
— Sud Radio (@SudRadio) August 31, 2026
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Une mesure difficilement applicable
Transformer une pièce de tissu couvrant les cheveux, sans dissimulation du visage, en infraction sanctionnée par une amende constituerait une rupture juridique majeure par rapport au cadre existant. La loi de 2010, validée par le Conseil constitutionnel, ne l'a été que parce qu'elle reposait sur un motif neutre, l'ordre public lié à l'identification des personnes, et non sur la nature religieuse du vêtement.
Une loi visant spécifiquement le voile islamique en tant que symbole religieux s'exposerait à des critiques bien plus frontales, sur le terrain de la liberté de conscience et de culte garantie par la Déclaration des droits de l'Homme et par la Convention européenne des droits de l'Homme, ainsi que du principe de non-discrimination.
Le précédent "anti-burkini"
Le précédent des arrêtés "anti-burkini" est souvent cité par les juristes. En 2016, le Conseil d'État avait suspendu plusieurs de ces textes municipaux, jugeant qu'ils portaient une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales, alors que ces arrêtés ne visaient qu'une tenue de plage et non l'espace public dans son ensemble. Une interdiction générale du foulard, plus large encore, serait donc exposée à un contrôle strict, d'abord devant le Conseil constitutionnel si le texte lui était soumis avant promulgation, puis potentiellement devant la Cour européenne des droits de l'homme.
À ce stade, la mesure n'est qu'une promesse de campagne pour la présidentielle de 2027. Sa mise en œuvre supposerait non seulement une victoire du RN à l'Élysée, mais aussi l'obtention d'une majorité parlementaire capable de faire adopter un texte de loi, avant que celui-ci ne franchisse l'obstacle du contrôle de constitutionnalité, un parcours que plusieurs beaucoup jugent très incertain.