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Franck Allisio : "La loi que tout le monde respecte, LFI ne la respecte pas"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - LFI, la dette, l'immigration : Franck Allisio, député RN des Bouches-du-Rhône, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

LFI, l'immigration, la dette, le budget 2027, Franck Allisio
Franck Allisio, interviewé par Jacques Cardoze sur Sud Radio, le 26 août 2026, dans “L’invité politique”.


"LFI est comme son patron, c’est-à-dire qu’elle considère qu’elle est au-dessus des lois." Au micro de Sud Radio, Franck Allisio a répondu aux questions de Jacques Cardoze.

"L’impôt sur les successions, c’est le plus impopulaire en France"

Jacques Cardoze : L’actualité, ce sont les journées du MEDEF. On va évidemment beaucoup parler d’économie à la fois à l’occasion de ces journées, mais aussi cette semaine dans les médias. Je crois que vous y participez vous-même.

Franck Allisio : "Oui, demain, et Marine Le Pen s’y rendra d’ailleurs demain."

Jacques Cardoze : Mathilde Panot a déclaré hier qu’elle voulait confisquer 100 % de l’héritage au-delà de 12 millions d’euros. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Franck Allisio : "Écoutez, la gauche fait le coup depuis à peu près 30, 40 ans. Tout le monde sait, en réalité, que les gros patrimoines y échappent, parce qu’il y a de l’optimisation fiscale, parce qu’il y a déjà une taxe à 40 %, une tranche marginale, une taxe à 45 % pour les patrimoines qui sont au-dessus de 2 millions."

Jacques Cardoze : Elle parle de confisquer 100 % de l’héritage au-delà de 12 millions d’euros.

Franck Allisio : "C’est non seulement une folie, parce que je rappelle que l’impôt sur les successions, c’est le plus impopulaire en France. C’est-à-dire que même les classes populaires trouvent cet impôt choquant parce qu’elles considèrent que c’est un impôt sur la mort. Et quand on a économisé, investi toute sa vie, parfois pour juste acheter sa maison, sa maison principale, eh bien il est naturel de la transmettre à ses enfants. Mais, en plus, ce qu’elle dit est faux parce que la gauche ne l’a jamais fait. C’est une hypocrisie et ils continueront dans leur hypocrisie."

Supprimer la dette française ? "Les conséquences seraient désastreuses"

Jacques Cardoze : L’autre déclaration, c’est la question de la dette. Vous avez probablement entendu cette idée avancée par La France insoumise de vouloir totalement effacer la dette. Il y a bataille des économistes en ce moment. J’imagine que ça fera partie des discussions au MEDEF. Réaliste, pas réaliste, chacun y va de son opinion. Vous, qu’est-ce que vous en pensez ?

Franck Allisio : Ça fait des années que Marine Le Pen a alerté, a pris une position claire sur la dette, en disant que derrière la dette, il y a une question de souveraineté de l’État français, d’efficacité aussi de la Maison France, du gouvernement, et donc qu’il fallait évidemment maîtriser et faire diminuer la part de la dette dans la richesse nationale.

Jacques Cardoze : Donc cette idée ?

Franck Allisio : "Cette idée… C’est toujours pareil, c’est les conséquences."

Jacques Cardoze : Est-ce que c’est réaliste déjà, parce qu’en fait il y a déjà un débat là-dessus entre économistes. Certains disent : « Mais oui, on peut l’effacer », d’autres non.

Franck Allisio : "Nous, nous sommes partisans du bras de fer avec Bruxelles lorsqu’il est nécessaire et lorsqu’il est gagnable. Mais là, venir à la BCE et dire : « Vous rayez d’un trait de plume 800 milliards, nos 800 milliards de dettes », et les autres alors ? Enfin, qu’est-ce qu’on fait ?"

"Moi, ce qui m’inquiète, et c’est ça le bon sens, c’est les conséquences. Une fois que vous avez fait ça, une fois que vous avez envoyé un signal aussi catastrophique aux marchés, plus personne ne vous prête. Et donc, après, il faut faire des diminutions drastiques des dépenses publiques et on ne peut plus emprunter."

Jacques Cardoze : Même si, mécaniquement, c’était réaliste, le lendemain…

Franck Allisio : "Les conséquences seraient désastreuses. Évidemment, plus personne ne prêterait à la France. Donc non, à un moment donné, il faut avoir une gestion sérieuse de sa dette, une gestion sérieuse de son budget, et donc faire des économies, faire des économies aussi pour baisser les impôts."

"LFI veut raser gratis, LFI veut augmenter les impôts"

Jacques Cardoze : La France insoumise a un point commun, si je puis dire, avec le RN, c’est qu’elle surfe sur la colère des Français. Vous, vous souhaitez agir sur l’immigration, eux sur les riches. Dans les deux cas, ce sont des mesures difficilement applicables.

Franck Allisio : "Moi, je n’ai jamais eu l’impression qu’on surfe sur la colère des Français. On pose des questions, on fait remonter des sujets qui sont ceux des Français, on le fait depuis des dizaines d’années. Mais oui, c’est le rôle du politique d’être le porte-parole des Français et de trouver des solutions, et que ces solutions ne soient pas démagogiques mais justement opérationnelles, concrètes et raisonnables. Donc il n’y a aucun point commun avec LFI. LFI veut raser gratis, LFI veut augmenter les impôts."

"Vous savez, le programme de LFI, en réalité, c’est le programme d’ailleurs de ceux qui sont au pouvoir depuis 30 ans, mais en XXL : c’est plus d’immigration, toujours plus d’immigration, et toujours plus d’impôts. Nous, nous voulons moins d’immigration et moins d’impôts. Rien que déjà sur cette synthèse, vous voyez bien que nous sommes aux antipodes les uns des autres."

Immigration : "Ce n’est pas qu’à Mayotte qu’il faut suspendre le droit du sol"

Jacques Cardoze : Édouard Philippe, qui reprend vos idées et veut limiter le regroupement familial à Mayotte, est-ce que c’est une tactique, finalement ? Est-ce que c’est annonciateur d’une tactique qu’on va peut-être voir dans ces prochains mois de campagne pour dire : « Pas besoin de voter RN, le bloc central peut aussi mener cette politique un peu plus dure en matière d’immigration » ?

Franck Allisio : "Ah oui, évidemment. Mais qui va-t-il convaincre ? Enfin, qui va le croire ? Ça fait dix ans, ça fait dix ans qu’il est aux affaires. Ça fait dix ans qu’il est aux affaires. Et celui dont il a été Premier ministre, monsieur Macron, ça fait quinze ans qu’il est aux affaires. Et si on ajoute le mandat Sarkozy, eh bien monsieur Édouard Philippe et monsieur Macron ont été dans les majorités successives depuis vingt ans. Pourquoi ils ne l’ont pas fait depuis vingt ans ?"

"Il va à Mayotte. Mais ce n’est pas qu’à Mayotte qu’il faut suspendre le droit du sol et même le supprimer. C’est dans toute la France. Il faut renoncer au droit du sol. Il faut rétablir le droit du sang parce qu’aujourd’hui l’immigration est totalement non maîtrisée et on a changé de monde. Donc les petits clins d’œil bien appuyés qui n’aboutissent à rien… Il y a deux ans, il nous a fait le coup avec l’accord franco-algérien. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Il a été Premier ministre pendant des années et des années."

Jacques Cardoze : La limitation du regroupement familial. Un point justement là-dessus. Vous, au sein du RN, vous le souhaitez pour la France, évidemment ?

Franck Allisio : "Sur l’ensemble du territoire français, bien évidemment. Vous savez, on ne peut pas dire sans arrêt : « L’immigration de travail, c’est bien, l’immigration de peuplement, c’est mal », et puis après… Par définition, le regroupement familial, ce n’est pas de l’immigration de travail. Voilà. De même qu’il faut évidemment restreindre fortement l’asile, de même qu’il faut retrouver la maîtrise de notre politique migratoire."

Jacques Cardoze : Mais ce que vous voulez, c’est distinguer ce qui relève de l’immigration du travail et d’une immigration qui vient s’ajouter à cette immigration.

Franck Allisio : "On veut aller vers un moratoire de l’immigration parce qu’aujourd’hui, il est strictement impossible d’intégrer économiquement, d’assimiler culturellement, en accueillant chez nous chaque année plus de 500 000 immigrés de manière régulière. Je ne parle même pas des irréguliers."

"Donc oui, la première chose que nous ferons, ce sera un référendum sur l’immigration avec des mesures concrètes qui rompront avec la politique d’immigration depuis quarante ans dans ce pays."

"LFI a un problème avec la loi"

Jacques Cardoze : Bally Bagayoko, l’homme qui monte dans les sondages, maire LFI de Saint-Denis, est accusé de détournement de fonds publics. Et à nouveau, il va être face à un épisode judiciaire probablement, puisqu’il y a, en tous les cas, une enquête préliminaire qui est déclenchée. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Franck Allisio : "LFI, depuis des années, ils l’ont prouvé maintes fois, ont un problème avec la loi. La loi que tout le monde respecte, eux ne la respectent pas. Il y a l’affaire, au même moment, de monsieur Delogu, qui a insulté des policiers. Il y avait, il y a quelques années, l’affaire d’un député, monsieur Bilongo, de mémoire."

Jacques Cardoze : Ils vous diraient, eux, qu’il y a aussi l’affaire des assistants parlementaires du RN.

Franck Allisio : "Ça n’a rien à voir."

Jacques Cardoze : En quoi ça n’a rien à voir ?

Franck Allisio : "D’un côté, vous avez une différence d’interprétation avec le juge sur ce que doit faire votre collaborateur parlementaire au Parlement européen. De l’autre côté, vous avez quelqu’un qui insulte la police, qui est sur une moto sans casque. Une moto sans casque, c’est monsieur Delogu. Un autre qui avait mis sa famille dans des logements sociaux, ce qui m’a permis d’ailleurs de faire une proposition de loi là-dessus. Voilà, ça c’est pour monsieur Bilongo."

"Enfin, La France insoumise est comme son patron, c’est-à-dire qu’elle considère qu’elle est au-dessus des lois."

Jacques Cardoze : Et en ce qui concerne monsieur Bagayoko, il s’agit d’un poste rémunéré à la RATP parallèlement à ses activités d’élu. Est-ce qu’on découvre à travers cette affaire, peut-être — en tous les cas, il y a une enquête qui est en cours — que c’est peut-être un système qui a été mis en place ? Est-ce que ça vous étonne ?

Franck Allisio : "C’est bien qu’il y ait une enquête. C’est bien qu’on fasse toute la clarté là-dessus. Si c’est un emploi fictif, ce sera considéré tel quel. Si ce n’est pas un emploi fictif..."

Jacques Cardoze : Lui, pour le moment, parle d’emploi à mi-temps.

Franck Allisio : "Un député a le droit de travailler à côté de son mandat de député. Ça, c’est clair. Maintenant, il faut que ce soit un véritable travail, une véritable rémunération, surtout quand c’est sur l’argent public."

"Permettre aux jeunes d’entrer plus tôt sur le marché du travail"

Jacques Cardoze : Cette semaine, on le disait, semaine consacrée au MEDEF et à l’économie. Et puis ce jeudi, chez nos confrères de LCI, premier grand débat, on va dire, de cette rentrée. Marine Le Pen sera interrogée probablement sur les retraites. Est-ce que l’été a permis au RN de clarifier ses positions sur les retraites ? On sait qu’il y avait deux lignes. Vous allez probablement me dire qu’il n’y en avait pas, mais enfin il y avait une ligne 62 ans, une autre ligne 64 ans. Désormais, Marine Le Pen a tranché. C’est 62 quoi qu’il arrive ?

Franck Allisio : "Vous avez raison, il n’y a qu’une ligne. J’allais vous le dire. Ça a été tranché avant les vacances. Il y a une candidate à la présidentielle. Cette candidate à la présidentielle a réaffirmé que la réforme qu’elle proposait en 2022 est toujours la réforme qu’elle propose aujourd’hui. Cette réforme a pour conséquence principale de permettre à ceux qui ont commencé à travailler à l’âge de 17 ans, 18 ans, 19 ans, de partir à la retraite à 60 ans avec 40 annuités. Et ensuite, le nombre d’annuités augmente jusqu’à 42 annuités et l’âge de départ à la retraite légal augmente jusqu’à 62 ans."

"Voilà une réforme qui a un coût qui est de 10 milliards. Ces 10 milliards, on les trouvera sur beaucoup d’autres postes d’économie : la maîtrise de l’immigration, la lutte contre les gaspillages et contre la bureaucratie."

Jacques Cardoze : Vous assumez donc 62 ans ?

Franck Allisio : "Oui, bien évidemment. Et aujourd’hui, l’objectif dans notre pays, c’est de permettre aux jeunes d’entrer plus tôt sur le marché du travail. Chez nos voisins allemands, ils entrent à 23 ans. Chez nous, ils entrent sur le marché du travail à 26 ans. Il faut que la société française dans son ensemble, les entreprises, l’État, puisse permettre aux jeunes d’entrer plus rapidement sur le marché du travail."

Budget : "Il est peu probable que l’on approuve le dernier budget macroniste"

Jacques Cardoze : Alors, on voit que le gouvernement cherche des financements par tous les moyens pour cette rentrée et pour les votes du budget qui auront lieu en octobre, probablement. Roland Lescure a été très clair ces dernières heures : « Il va falloir se serrer la ceinture », dit-il. Est-ce que vous vous définissez, au RN, une ligne rouge à ne pas dépasser qui vous permettrait de dire : « Là-dessus, on censurera » ?

Franck Allisio : "La préservation du pouvoir d’achat des Français. Ça se traduit par zéro augmentation d’impôts, que ce soit d’ailleurs pour les particuliers ou pour les entreprises. Et évidemment, vous voyez, typiquement sur les allocations familiales, on ne va pas rogner, on ne va pas sans arrêt prendre toujours aux mêmes."

"Parce que quand on dit : « On va rogner sur les allocations familiales, sur ceux qui ont un tout petit peu les moyens », ça veut dire qu’on va prendre de l’argent aux classes moyennes. Ça veut dire qu’on va prendre de l’argent aux familles de classe moyenne qui paient toujours davantage et reçoivent toujours de moins en moins. Eh bien ça, ça suffit. Avec nous, ça ne sera pas possible."

Jacques Cardoze : Est-ce que vous iriez jusqu’à la censure si c’était le cas ?

Franck Allisio : "Comme chaque année, il n’y aura pas de calcul politicien. Il y aura un examen du budget, il y aura les lignes rouges que je viens de vous invoquer, et puis en fonction de ça, dans l’intérêt des Français, on décidera quel sera notre vote. Il est peu probable que l’on approuve le dernier budget macroniste, qui ressemblera à tous les autres, c’est-à-dire où il y aura de la casse sociale, des augmentations d’impôts."

Jacques Cardoze : Donc la ligne, ce sera plutôt l’abstention, pendant que LFI, votre adversaire, réclamera une censure. Ce qui signifiera, au bout du compte, que le budget sera adopté.

Franck Allisio : "Non, non, non. On peut très bien également voter contre. On a déjà voté contre, enfin, on a voté contre plusieurs fois le budget. Tout est ouvert. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y aura jamais de compromission. La compromission est l’affaire du PS et de LR. L’obstruction systématique politicienne est l’affaire de LFI. Nous, notre affaire, c’est l’intérêt de la France et des Français."

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