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Alain Di Crescenzo : "40 000 entreprises touchées et 200 000 emplois menacés" après les incendies

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Les incendies de 2026, les difficultés des entreprises, la confiance dans le futur : Alain Di Crescenzo, Président de CCI France (Chambres de commerce et d’industrie), était “L’invité politique” sur Sud Radio.

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Alain Di Crescenzo interviewé par Jacques Cardoze sur Sud Radio, le 21 août 2026, dans “L’invité politique”.

"On a 40 000 entreprises touchées et 200 000 emplois menacés" à cause des incendies. Au micro de Sud Radio, Alain Di Crescenzo a répondu aux questions de Jacques Cardoze.

"Les secteurs les plus touchés sont le tourisme, l’hôtellerie-restauration et le commerce"

Jacques Cardoze : L’été 2026 a été marqué par de violents incendies dans le Var, les Landes, la Gironde. Ces incendies ont directement touché des commerces, des entreprises, des salariés et l’activité touristique. C’est le thème que l’on développe avec le patron des Chambres de commerce et d’industrie de France, Alain Di Crescenzo.

Quels sont les secteurs qui sont les plus touchés ? Quels sont ceux qui ont pu se relever le plus vite ? Par exemple, est-ce que les bars, les restaurants, pour tout ce qui concerne le tourisme, sont ceux qui ont pu se relever ?

Alain Di Crescenzo : "Moi, je suis le président de CCI France, et le président de la CCI de Gironde est bien plus aguerri que moi sur le sujet. Mais, globalement, les entreprises telles qu’on les a soutenues se répartissent de la façon suivante : 36 % sur les entreprises du secteur du tourisme et de l’hôtellerie, 29 % du commerce, 26 % des services aux entreprises et aux particuliers, 6 % de la construction et 3 % du transport. Les secteurs les plus touchés sont le tourisme, l’hôtellerie-restauration et le commerce."

"Pourquoi ? Parce qu’il y a eu des entreprises qui ont été touchées directement, qui ont dû fermer, mais il y a eu de nombreuses annulations qui font que cette activité d’été, qui représente à peu près 40 % de l’activité de l’année, a été sérieusement amputée. Donc, dire qu’elles se redressent aujourd’hui, je ne peux pas vous le dire parce que ce n’est pas le cas. Ça va prendre des mois et, surtout, nous espérons et nous croisons les doigts : il faut absolument que le mois de septembre soit un grand mois touristique pour ces territoires. Autrement, la saison sera foutue."

"La situation économique est difficile. Elle était difficile avant ces intempéries et ces incendies, et ça vient ajouter de la difficulté à la difficulté. Et vraiment, on n’avait pas besoin de ça."

"Il y a eu une énorme solidarité"

Jacques Cardoze : Quelles sont les mesures qui ont été apportées et qui sont, j’ai envie de dire, confirmées ? Parce qu’il y a le temps des déclarations politiques et puis il y a la réalité. Lorsque passent quelques jours et qu’on commence vraiment à analyser les choses, quels sont les points positifs et les signaux positifs qui ont pu être donnés par le gouvernement et qui permettent aux chefs d’entreprise de repartir ?

Alain Di Crescenzo : "Si vous voulez bien, avant de parler du gouvernement, je voudrais vous parler des entreprises et des populations. Le premier élément qui est majeur et que l’on voit de plus en plus souvent, c’est la solidarité. Il y a eu une énorme solidarité entre les entreprises, entre les chefs d’entreprise, celles qui ont été touchées, celles qui n’ont pas été touchées, et d’autre part des populations. Et ça, c’est le point numéro un."

"Deuxième élément, il y a une grande solidarité d’entreprises qui étaient impactées indirectement : c’était le secteur des banques et des assurances. Et donc, on a vu des banques et des assurances lever des prêts de l’ordre de 10 000 à 15 000 euros, donc d’urgence, qui ont été distribués massivement aux entreprises de façon à leur permettre de relever un petit peu la tête. Ça c’est le premier point."

"Deuxième point : l’action des Chambres de commerce et d’industrie, des Chambres de métiers, parce que les entreprises demandaient à être contactées, demandaient à être visitées, à faire des diagnostics. Quand vous avez brûlé ou quand votre activité est arrêtée, vous n’avez pas toute la documentation pour acter. Et donc nous avons soutenu ces entreprises pour faire les formalités, faire les déclarations auprès des assurances."

"Et puis il y a le soutien de l’État. Vous avez entendu parler des millions d’euros qui sont là. Aujourd’hui, sur tout ce qui est dette fiscale et sociale, les éléments ont été mis en place et donc il n’y a pas de relance des entreprises là-dessus. Ce qui fait qu’elles peuvent se poser un petit moment, le temps de se recomposer."

"On a 40 000 entreprises touchées et 200 000 emplois menacés"

Jacques Cardoze : Qu’est-ce qui a été décidé sur le plan fiscal précisément ? C’est un gel pour le moment ? C’est une suppression ?

Alain Di Crescenzo : "Des gels pour le moment."

Jacques Cardoze : Des gels pour le moment. Et on verra, peut-être plus tard ?

Alain Di Crescenzo : "On verra. Écoutez, on attend toujours plus, et il faudra, on aura besoin de plus. Je crois qu’il ne faut pas ignorer, lorsqu’on regarde le nombre d’entreprises qui ont été touchées : c’est 40 000 entreprises aujourd’hui qui ont été touchées. Et vous parlez des emplois : le nombre d’emplois menacés, c’est 200 000 emplois."

"Donc, quand on regarde l’économie de notre pays, l’économie de ces territoires, se dire aujourd’hui qu’on a 40 000 entreprises et 200 000 emplois, il y a absolument nécessité de mettre en place des plans à la bonne dimension et d’urgence. Et c’est ce que fait le gouvernement, avec les moyens qui sont les siens. Je ne vais pas reparler des difficultés de la France, mais, dans tous les cas, il faudra trouver les moyens. Encore une fois, la solidarité du monde des assurances, du monde bancaire, du monde des entreprises, des Chambres de commerce et d’industrie, des Chambres de métiers était exemplaire et je tiens à le saluer. Je salue aussi les syndicats patronaux et de branches."

"Le moral n’est pas très bon mais ils ont envie de se battre"

Jacques Cardoze : Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples d’entreprises qui, aujourd’hui, ont justement besoin qu’on les aide ? Parce qu’il y a des situations qui seraient trop compliquées et que, malgré les premières mesures qui ont été annoncées par le gouvernement, pour relancer une entreprise, si elle a brûlé ou si une partie du stock est inutilisable, forcément, ça va prendre beaucoup plus de temps. Est-ce que vous avez quelques exemples à nous donner ce matin ?

Alain Di Crescenzo : "Les besoins de trésorerie des entreprises du tourisme essentiellement et du commerce. Les entreprises ont besoin de trésorerie et vous savez qu’on a demandé des PGE incendie. Donc aujourd’hui, ils ne sont pas là. La démarche n’a pas été acceptée."

"Je crois que la priorité, c’est l’injection de trésorerie dans ces entreprises-là. Il faut absolument qu’elles arrivent à trouver de la trésorerie pour tourner, pour passer le cap de ces incendies, de la reconstruction bien sûr. Et d’autre part, ce qui est important aussi, c’est la réamorce de l’activité."

Jacques Cardoze : Quel est le moral des entrepreneurs ? On sait que vous êtes président, évidemment, vous avez des Chambres de commerce et d’industrie partout en France et vous faites un gros travail sur le terrain. Vous avez des équipes qui vont sur le terrain. Quel est le moral, globalement ? Vous avez fait des études ?

Alain Di Crescenzo : "Depuis 2015, on fait et on sort une étude tous les mois qui mesure à la fois le moral des entrepreneurs, mais aussi un taux de confiance dans leur entreprise et dans l’économie française. Sur le moral, il était en légère hausse. Donc il était à 69 aujourd’hui. C’est un indice qui était à 100 en 2015. Et simplement, ce que je peux vous dire, c’est qu’au plus haut il est monté à 140, au plus bas à 49 pendant la période Covid, et la moyenne longue période est à 120."

Jacques Cardoze : Donc 69, ce n’est pas terrible. C’est ce que vous êtes en train de nous dire.

Alain Di Crescenzo : "69, ce n’est pas terrible. Voilà. Le moral n’est pas très bon. Mais ils ont envie de se battre. Et le chiffre, moi, qui me plaît, si vous voulez, qui me donne beaucoup d’émotion quand je vous parle aujourd’hui, c’est qu’on a 64 % des entrepreneurs qui ont confiance en leur entreprise pour la développer. Vous voyez, avec tout ce qui se passe, avec toutes les difficultés qu’il y a, on a encore 60 % d’entrepreneurs qui disent : « Oui, j’y crois, j’ai la capacité, je vais m’en sortir et je ne lâcherai rien. » Donc le moral global n’est pas terrible, mais dans leur entreprise, les entrepreneurs ont cette confiance. Une confiance qui n’est pas du tout la même à la fois dans l’économie mondiale et française, puisque les taux sont aux alentours de 15 à 16 %."

"Ils nous livrent un autre message, si vous permettez. On imagine souvent de grands besoins des entrepreneurs. Vous savez, ils nous disent quatre grands besoins, les quatre grandes attentes des entrepreneurs : s’il vous plaît, on veut de la stabilité, de la visibilité, de la simplicité et accompagnez-nous. Voilà ce qu’ils nous demandent. Ce n’est pas extraordinaire. Sur ces quatre points, on ne peut pas ne pas répondre à nos entrepreneurs."

"En tout cas, en ce qui concerne les Chambres de commerce et d’industrie, nous sommes mobilisés sur l’accompagnement. On a accompagné l’an dernier 1 167 000 entreprises. Ce n’est pas suffisant et on se bat pour être au plus près du terrain, comme l’ont fait mes collègues, notamment de Gironde, du Var et des Alpes pendant ces incendies."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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