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Thomas Portes : "Rima Hassan est poursuivie pour son engagement contre le génocide à Gaza"

Par Adélaïde Motte

INTERVIEW SUD RADIO - Campagne d'Edouard Philippe, enquête contre Bally Bagayoko et contre Rima Hassan : Thomas Portes, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

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Thomas Portes, interviewé par Jacques Cardoze sur Sud Radio, le 25 août 2026, dans “L’invité politique”.

Campagne d'Edouard Philippe, enquêtes contre Bally Bagayoko et Rima Hassan : Au micro de Sud Radio, Thomas Portes, député LFI de la 3e circonscription de Seine-St-Denis, a répondu aux questions de Jacques Cardoze.

"La rentrée politique d'Édouard Philippe se fait sur les thématiques de l'extrême droite"

Jacques Cardoze : Thomas Portes, vous êtes député de La France insoumise, auteur de L'Abécédaire de l'extrême droite, paru aux éditions Arcane 17. Édouard Philippe, en visite à Mayotte, dit qu'il veut la suspension des demandes d'asile ou du regroupement familial. Sa ligne, est-ce qu'elle signe un vrai virage à droite en vue de 2027 ?

Thomas Portes : "Oui, je crois que la rentrée politique d'Édouard Philippe, elle se fait sur les thématiques de l'extrême droite. Et quand vous voulez répondre aux préoccupations des Mahorais et des Mahoraises, il y a un certain nombre de sujets, notamment sur la question des services publics, de l'accès à l'eau. Au moment où on se parle, c'est la rentrée scolaire à Mayotte. Le cyclone Chido a détruit un certain nombre d'écoles. Il n'y a pas assez d'écoles pour tous les élèves, par exemple, et on organise des tours d'école. C'est-à-dire que 77 % des écoles accueillent des enfants le matin qui doivent partir l'après-midi pour accueillir d'autres enfants. Quelle proposition a faite Édouard Philippe ? On parle de la question migratoire à Mayotte, qui est une vraie question, mais il faut apporter de vraies solutions."

Jacques Cardoze : Il n'est pas d'extrême droite, Édouard Philippe.

Thomas Portes : "Je n'ai pas dit qu'il était d'extrême droite. J'ai dit qu'il fait aujourd'hui la propagande du Rassemblement national et qu'il va chasser sur les terres de l'extrême droite."

Jacques Cardoze : Et il y a une proposition concrète sur Mayotte qui est demandée par l'ensemble des élus : la suspension des demandes d'asile ou du regroupement familial. On sait que c'est une vraie question parce qu'elle génère plus d'immigration.

Thomas Portes : "Mais vous savez, aujourd'hui, il y a une demande très claire qui est faite par les élus mahorais, qui est ce qu'on appelle la déterritorialisation du titre de séjour. C'est un peu technique, mais pour que les gens qui nous écoutent comprennent : quand vous arrivez, par exemple, dans ma circonscription Seine-Saint-Denis, vous obtenez un titre de séjour d'un an. Vous pouvez après vous déplacer pour aller à Pau chercher du travail, à Toulouse vous faire soigner, vous déplacer sur l'ensemble du territoire national. À Mayotte, quand vous avez un titre de séjour, vous ne pouvez pas quitter le 101e département de France. C'est absolument inacceptable. Nous, on demande à ce qu'il y ait une déterritorialisation, c'est-à-dire que l'effort migratoire ne soit pas supporté que par Mayotte, mais par l'ensemble de la solidarité nationale."

Jacques Cardoze : Est-ce que ça vous étonne, ce positionnement d'Édouard Philippe, qui reprend une thèse qui a longtemps été diffusée, défendue et qui l'est encore par le RN ?

Thomas Portes : "Non, ça ne me surprend pas, parce qu'Édouard Philippe a toujours eu des positions très proches de l'extrême droite sur ces questions. Mais quand vous avez été Premier ministre de la France pendant trois ans, qu'avez-vous fait pour Mayotte ? Qu'a fait Édouard Philippe pour Mayotte ? Donc aujourd'hui, il se présente comme candidat à la présidence de la République alors qu'il n'a rien fait comme Premier ministre. Et c'est vraiment important de dire qu'on ne grandit pas la France en réduisant la taille de la République. Le droit du sol, c'est consubstantiel à l'identité républicaine de la France. C'est ce qui fait que nous sommes une nation républicaine et pas une nation ethnique. Donc, si vous voulez répondre au quotidien des Mahorais et des Mahoraises, faites des propositions sur l'eau, comme nous le faisons, sur la question de l'école, des services publics, sur la déterritorialisation du titre de séjour. Donc il y a plein de choses à faire, pas simplement instrumentaliser les crises migratoires à des fins politiques."

Jacques Cardoze : Thomas Portes, je le disais, vous êtes auteur de L'Abécédaire de l'extrême droite, qui sort le 28 août. Sur quels critères tracez-vous la frontière entre extrême droite et droite classique ? Justement, on vient de le voir là à travers ce que vous venez de nous dire et ce que dit Édouard Philippe. Est-ce que cette frontière n'est pas devenue, chez certains Insoumis, un outil pour disqualifier finalement tous les autres, tout adversaire, plutôt que pour argumenter ?

Thomas Portes : "Non, puisque je viens de dire qu'Édouard Philippe, je ne le considérais pas comme un candidat d'extrême droite. Il reprend des propositions. Mais effectivement, vous avez raison de dire — et ce n'est pas nous qui le mettons en lumière — que la porosité entre la droite et l'extrême droite, elle est de plus en plus ténue."

Jacques Cardoze : Peut-être que ça correspond aussi à une volonté des Français. Peut-être qu'Édouard Philippe dit quelque chose que les Français ont envie d'entendre.

Thomas Portes : "Prenez toutes les enquêtes d'opinion sur les priorités des Françaises et des Français. Ce n'est pas la question migratoire, c'est la question du pouvoir d'achat. C'est la question de la santé, c'est la question de l'éducation. Ça, ce sont des priorités concrètes. Et les questions, nous, on est ouverts au débat. Mais là, on a une instrumentalisation de la question migratoire à des fins politiques, et ça, ce n'est pas sérieux. Et c'est indigne, je crois, d'un candidat à la République qui se dit du camp républicain."

"Bally Bagayoko subit une campagne de calomnie depuis qu'il a été élu"

Jacques Cardoze : Bally Bagayoko, qui est élu La France insoumise, est visé par une enquête du Parquet national financier. Il fait l'objet d'une enquête au sujet d'un emploi occupé à la RATP parallèlement à ses fonctions d'élu. Une enquête a été ouverte après des plaintes de l'association AC Anti-Corruption. Lui-même dit qu'il est très serein face à tout ça, mais j'ai envie de vous faire réagir à sa façon, à lui, de se défendre. Il a dénoncé une campagne de calomnie et, en même temps, il a publié une vidéo qui reprend les propos de Booba. On écoute. Voilà ce qu'il dit exactement : "J'ai pas besoin d'parler, j'suis grand séducteur, le shit c'est du filtré, la coke c'est du beurre." C'est une vidéo que Bagayoko a publiée sur ses réseaux en expliquant que les socialistes n'avaient pas digéré la défaite et que la machine à remonter le temps n'existe pas, accompagnée donc de cette musique. Voilà ce qu'il a dit. Ça a fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous aussi, vous reprenez les termes qu'il utilise et que Booba utilise ?

Thomas Portes : "D'abord, je veux redire ici ma solidarité totale avec mon camarade et ami Bally Bagayoko. Vous savez, cette campagne de calomnie, il la subit depuis qu'il a été élu."

Jacques Cardoze : Ce n'est pas une campagne de calomnie. Il est accusé de détournement de fonds publics.

Thomas Portes : "Tout cela vient de l'ancien directeur de cabinet de Mathieu Hanotin, avec des échanges avec le pseudo-journaliste Frédéric Haziza, qui est en campagne permanente contre La France insoumise."

Jacques Cardoze : Mais il y a peut-être des emplois qui ont été occupés qui n'auraient pas dû être occupés, alors qu'il était élu parallèlement.

Thomas Portes : "Je vous invite à lire ce qu'a communiqué la RATP, qui a dit que Bally Bagayoko travaillait à la RATP. Un certain nombre d'élus, y compris qui ne sont pas des élus insoumis, qui sont des maires de droite et des anciens députés de droite, ont dit que Bally Bagayoko travaillait avec eux, qu'ils avaient des échanges sérieux."

Jacques Cardoze : Oui, mais la question est de savoir si c'est légal de pouvoir travailler parallèlement lorsque vous avez des occupations d'élu et que vous êtes payé également à ce moment.

Thomas Portes : "Vous savez, moi, avant d'être député, je travaillais à la SNCF, et le statut des élus dans des groupes assimilés à la fonction publique, ça a toujours existé. Moi, je redis ce que dit Bally Bagayoko : nous sommes très sereins. L'enquête démontrera qu'il n'y a rien. Et ce sont simplement des enquêtes qui visent à salir, parce qu'il est quand même accusé de détournement. Mon collègue député Carlos Martens Bilongo a subi la même accusation sur des dénonciations calomnieuses et, finalement, l'enquête s'est avérée vide, il a été blanchi. Donc on voit la mécanique qui s'opère. Le Parti socialiste n'a pas digéré la défaite à Saint-Denis et utilise tous les moyens pour salir Bally Bagayoko, alors que ces gens ont été balayés dès le premier tour."

"Il faut une génération formée à l'écologie pratique"

Jacques Cardoze : La conscription écologique, on en a beaucoup parlé ce week-end. C'est le terme utilisé par Jean-Luc Mélenchon, qui propose une conscription écologique face aux incendies. Alors, on a envie de dire : bon, c'est bien, cette conscription écologique. D'abord, il y a le terme qui est utilisé. Est-ce que ce n'est pas contradictoire avec le discours qui a toujours été pacifiste et antimilitariste de LFI ? C'est étonnant de retrouver dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon le terme « conscription ».

Thomas Portes : "D'abord, Jean-Luc Mélenchon a eu des mots très forts sur la question écologique. Et je veux dire à toutes celles et ceux qui nous accusent, qui nous disent : « Vous faites une campagne sur l'écologie, vous n'avez jamais parlé d'écologie avant. » Je rappelle qu'en 2012, Jean-Luc Mélenchon parlait déjà de règle verte. En 2021, il fait un meeting consacré intégralement à la question de l'eau et à la planification écologique."

Jacques Cardoze : Tout ça est vrai, mais il a aussi eu des propos assez changeants sur le nucléaire, notamment, où il a considéré à un moment donné que ça n'était pas une énergie stable, alors que la France reste exportatrice nette d'électricité.

Thomas Portes : "Aujourd'hui, vous avez une question de raréfaction des ressources en eau, de diminution des cours d'eau. Et vous savez que pour refroidir les centrales nucléaires, vous avez besoin d'avoir des cours d'eau qui sont autour. Et ça fait plusieurs étés, de manière consécutive, que des centrales nucléaires sont à l'arrêt parce qu'il n'y a pas assez d'eau. Donc c'est un danger qui pèse sur des bassins entiers de population. Mais Jean-Luc Mélenchon n'est pas quelqu'un qui fait un parallèle avec la question militaire. Ce que nous disons, c'est que nous avons besoin de former une génération à l'écologie pratique. Pour les gens qui nous écoutent, on sort quand même d'un été qui nous a tous marqués. Ça pose la question de quelle politique écologique et comment on fait."

Jacques Cardoze : Sur le fond, oui. Mais sur la pratique, en fait, il fait appel à une conscription écologique qui existe déjà, puisque les pompiers volontaires existent déjà. Mais on a besoin de renforcer, on n'a pas assez d'effectifs. Et d'ailleurs, y compris des pompiers professionnels.

Thomas Portes : "Il y a deux aspects. Vous avez besoin de plus de pompiers professionnels et de former une génération entière à l'écologie pratique."

Jacques Cardoze : Ce n'est pas contradictoire avec ce que vient de proposer Jean-Luc Mélenchon ?

Thomas Portes : "Non, c'est absolument complémentaire. D'un côté, des pompiers professionnels. Vous n'allez pas avoir toute la population française qui va être des pompiers professionnels."

Jacques Cardoze : Les professionnels, en tous les cas, réclament plus de professionnels.

Thomas Portes : "Exactement. Oui, mais ça ne va pas couvrir 60 millions d'habitants. Donc il faut à la fois une génération formée à l'écologie pratique et des pompiers professionnels. Parce que, vous savez, des événements comme on en a connu encore hier avec une tornade, il va y en avoir de plus en plus. Donc il faut avoir une solidarité populaire qui s'organise. Et je veux quand même profiter de ce moment pour dire merci à tous les pompiers, les bénévoles, les militaires, les policiers qui ont été déployés au cœur de l'été, qui parfois, au péril de leur vie, ont été en première ligne pour combattre ces incendies. Et nous leur envoyons un grand merci."

"Rima Hassan est poursuivie depuis qu'elle est élue"

Jacques Cardoze : Thomas Portes, député de La France insoumise, j'aimerais vous faire réagir à Rima Hassan, élue LFI, renvoyée en correctionnelle pour apologie du terrorisme. Ce sera en octobre. Est-ce compatible avec votre statut de président de l'Observatoire de l'extrême droite — c'est aussi un des titres que vous avez — qui est censé pourfendre les discours qui banalisent la violence, d'une certaine façon ?

Thomas Portes : "D'abord, le fait que cette audience soit renvoyée, c'est une victoire pour Rima Hassan et son équipe, puisque ce n'est pas encore jugé, puisqu'il y avait un certain nombre de parties civiles qui ont présenté leurs éléments au dernier moment et avec des irrégularités. Vous savez, Rima Hassan, elle est poursuivie depuis qu'elle est élue. Elle a eu 22 procédures judiciaires, 16 qui ont été classées sans suite. Ça, c'est la réalité du dossier de Rima Hassan."

Jacques Cardoze : Sur le fond, sur cette contradiction et sur cette apologie du terrorisme ?

Thomas Portes : "Mais Rima Hassan ne fait pas l'apologie du terrorisme, et le procès le démontrera. Rima Hassan, elle est poursuivie pour une chose : pour son engagement au service du peuple palestinien, contre le génocide à Gaza. Et oui, elle combat un gouvernement d'extrême droite, celui de Netanyahou, qui est un gouvernement suprémaciste, qui aujourd'hui mène une opération de nettoyage ethnique en Cisjordanie."

Jacques Cardoze : On peut dénoncer ce gouvernement, mais le faire en utilisant des termes qui enfreignent la loi. C'est le sens de ces tweets qui ont été retirés.

Thomas Portes : "Au moment où nous nous parlons, Rima Hassan n'a jamais été condamnée par la justice française."

Jacques Cardoze : Non, elle a retiré ses tweets, en l'occurrence.

Thomas Portes : "Rima Hassan n'a jamais été condamnée par la justice française. Et moi, je lui redis ici ma solidarité la plus totale. Et nous serons toujours aux côtés de celles et ceux qui sont aujourd'hui attaqués parce qu'ils défendent le peuple palestinien."

Jacques Cardoze : Oui, mais à ce sujet, vous-même, vous avez été rappelé à l'ordre par Gérald Darmanin après une vague de messages jugés antisémites visant notamment un magistrat, en plein contexte de l'affaire Hassan.

Thomas Portes : "Ça, c'est absolument faux. L'épisode dont vous faites état : je posais une question au gouvernement. Gérald Darmanin a évacué la question. Parce que ce qui devrait interpeller toutes celles et ceux qui sont attachés à l'État de droit, c'est qu'au moment de sa garde à vue, Rima Hassan, on pouvait la suivre à la télé en direct via des live-tweets, puisqu'il y avait des informations qui fuyaient, alors qu'il y a normalement un secret de l'instruction. Et ces fuites, elles ont été organisées au plus haut niveau de l'État par le porte-parole du ministère de la Justice. C'est ça que j'ai dénoncé. Et d'ailleurs, dans ma question, Gérald Darmanin a dit qu'il y aurait des enquêtes administratives. Où sont aujourd'hui les enquêtes administratives ? Qui a organisé les fuites ? Est-ce que des sanctions ont été prises ? Est-ce qu'il est normal que, quand il y a une députée qui est en garde à vue, sa garde à vue soit retranscrite en direct à la télé ? Ça, c'est inadmissible. C'est ce que j'ai dénoncé."

"Édouard Philippe peut promettre ce qu'il veut, il a un bilan, et ce bilan est pitoyable"

Jacques Cardoze : J'aimerais qu'on termine cette interview par cette proposition d'Édouard Philippe qui, ce matin, à la une du Figaro, promet d'augmenter le salaire des enseignants de 20 %. Il est bien plus social que La France insoumise, Édouard Philippe ?

Thomas Portes : "Non, parce que quand Édouard Philippe était Premier ministre de la France, le salaire des enseignants a baissé. Donc le temps de campagne et le temps des grandes promesses sont arrivés. Mais si vous voulez un service public de l'éducation de qualité, avec des salaires augmentés, il n'y aura qu'un bulletin de vote à mettre dans l'isoloir : c'est celui de Jean-Luc Mélenchon."

Jacques Cardoze : Parce que vous aussi, vous promettez une augmentation de 20 % pour les enseignants.

Thomas Portes : "Ça fait des années qu'on propose d'augmenter les enseignants, qu'on propose la revalorisation, notamment de l'indice des fonctionnaires, qu'on demande plus d'enseignants devant les classes, des AESH, des CPE, des moyens pour un service public de l'Éducation nationale. Donc Édouard Philippe peut promettre ce qu'il veut. Il a un bilan, celui de Premier ministre de la France, et ce bilan, il est pitoyable. Donc, si vous voulez des enseignants augmentés, devant chaque classe, dans les prochaines rentrées scolaires, il faudra voter Jean-Luc Mélenchon dès le premier tour."

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