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Voiture radar privée : comment la reconnaître et comment elle fonctionne

Par Jean-Luc Moreau

Voiture radar privée : ce que disent les sources officielles sur les régions couvertes, la marge technique appliquée, le barème des amendes et les recours.

Circulation sur une autoroute à deux fois trois voies
Circulation sur une autoroute à deux fois trois voies (photo d illustration) - Pexels

En France, une voiture radar privée circule chaque jour dans plusieurs régions. Depuis 2018, l'État confie ce volant à des prestataires privés, pour multiplier les heures de contrôle. Objectif affiché : mesurer plus de vitesses, avec moins d'agents mobilisés. Voici ce que disent les sources officielles, et ce qu'elles ne disent pas.

Voiture radar privée : de quoi parle-t-on exactement

Un conducteur privé, un contrôle qui reste public

Le comité interministériel de la sécurité routière du 2 octobre 2015 a lancé cette externalisation. Depuis, un salarié de société privée conduit le véhicule. En revanche, il ne constate aucune infraction. Le ministère de l'Intérieur l'a écrit au Sénat en 2018 : ni le chauffeur ni son employeur n'ont connaissance des infractions relevées. Concrètement, seul un officier de police judiciaire valide les constats, au Centre national de traitement de Rennes.

Un prestataire payé à l'heure, pas à l'amende

La même réponse ministérielle précise le mode de rémunération. L'opérateur est payé selon le nombre d'heures de conduite effectuées. Donc aucune prime ne dépend du nombre de flashs. Par ailleurs, les trajets et les plages horaires restent fixés par les services de l'État, sur des critères d'accidentalité. Le chauffeur suit une feuille de route.

Pourquoi l'État a confié le volant au privé

Avant la réforme, deux agents devaient occuper chaque voiture radar. Donc le véhicule roulait peu. Ensuite, l'externalisation a libéré ces effectifs. Résultat : le temps de contrôle quotidien a été multiplié par plus de quatre.

Comment reconnaître une voiture radar privée

Aucune signalisation, et c'est assumé

Une voiture radar privée ne porte aucun marquage. Aucun panneau n'annonce son passage. Des parlementaires ont réclamé une identification visible. Le gouvernement a refusé, en avril 2022, dans sa réponse à la question écrite numéro 39483. Motif invoqué : la sécurité des conducteurs. Cette réponse évoque une cinquantaine d'incivilités par mois, dont 20 % d'actes dangereux : suivis de véhicule, blocages, agressions physiques, dégradations.

Les modèles utilisés ne sont pas publiés

Beaucoup de listes de modèles circulent sur internet. Aucune n'a de valeur officielle. Ni la Sécurité routière ni le ministère ne publient la liste des véhicules engagés. Les communications préfectorales parlent de voitures banalisées du parc courant : berlines, compactes, monospaces. Résultat : rien ne les distingue d'un véhicule ordinaire.

Ce qui se passe au moment du contrôle

Le conducteur contrôlé ne remarque rien de particulier. Aucun flash visible n'accompagne la mesure de jour. Ensuite, l'avis de contravention arrive par courrier, comme pour un radar fixe. Enfin, le véhicule contrôlé n'est jamais arrêté. Le contrôle se fait donc sans interception.

Comment fonctionne le radar embarqué, et quelle marge s'applique

Une mesure prise en roulant

Le dispositif mesure la vitesse pendant que la voiture roule dans le flux. D'abord, l'appareil compare la vitesse du véhicule ciblé à sa propre vitesse. Ensuite, il tient compte de la limitation en vigueur. Cette configuration explique une marge d'erreur élargie.

La marge technique appliquée

L'arrêté du 4 juin 2009 sur les cinémomètres encadre ces tolérances. Pour un contrôle à poste fixe, l'erreur maximale tolérée en service atteint 5 km/h sous 100 km/h. Au-delà de 100 km/h, elle passe à 5 % de la vitesse mesurée. En revanche, une mesure prise depuis un véhicule en mouvement double cette marge. Elle atteint donc 10 km/h sous 100 km/h, et 10 % au-delà.

Un exemple chiffré

Sur une route limitée à 80 km/h, la vitesse retenue vaut la vitesse mesurée moins 10 km/h. Sur autoroute à 130 km/h, la déduction atteint 13 km/h. Attention toutefois : cette marge n'est pas une tolérance offerte aux conducteurs. Elle compense l'incertitude de l'appareil.

Ce que la voiture flashe, et ce qu'elle ne flashe pas

Ces véhicules relèvent les excès de vitesse. En revanche, aucune source officielle ne leur attribue le contrôle du téléphone au volant, de la ceinture ou du feu rouge. Ces infractions supposent une interception ou un autre équipement. Par ailleurs, le seuil exact de déclenchement du logiciel n'est pas public. La Sécurité routière ne communique pas ce paramètre. Pour comparer avec les autres appareils, consultez notre guide des radars 2026.

Où circule une voiture radar privée, et combien d'heures par jour

Les régions couvertes

Le déploiement a commencé en Normandie, en 2018. Ensuite, huit régions ont été équipées : Normandie, Bretagne, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire, Hauts-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Nouvelle-Aquitaine. L'annexe budgétaire au projet de loi de finances pour 2025 ajoute trois régions : Provence-Alpes-Côte d'Azur, Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie. Enfin, ce document exclut la Corse et l'Île-de-France.

Des départements listés par les préfectures

Plusieurs préfectures publient une page dédiée aux voitures radar à conduite externalisée. C'est le cas dans la Vienne, en Maine-et-Loire, en Loire-Atlantique, dans le Gard, en Isère et en Savoie. Certaines publient même les axes concernés. Enfin, ces pages restent la source la plus fiable localement.

Combien de voitures roulent vraiment

Le chiffre exact n'est pas public pour 2026. La dernière donnée officielle connue remonte à avril 2022 : 223 voitures radar à conduite externalisée. Par ailleurs, le rapport annuel de performances 2024 recense 934 radars mobiles, dont 433 voitures radars. Ce total mélange les véhicules privés et ceux des forces de l'ordre. Aucune donnée publique ne précise la part privatisée en 2026.

5 h 30 de contrôle par jour en moyenne

L'expérimentation normande visait 6 heures de circulation quotidienne, de jour comme de nuit. Dans les faits, le ministère a mesuré 5 h 30 par jour en moyenne. À l'inverse, une voiture conduite par les forces de l'ordre roulait 1 h 12 par jour. Résultat : 2,09 contraventions par heure, contre 0,46.

Amendes, points et barème

Le barème dépend de l'excès retenu, après déduction de la marge. Depuis le 1er janvier 2024, un excès inférieur à 5 km/h ne coûte plus de point. En revanche, l'amende reste due. Voici le barème officiel, d'après la fiche Vitesse au volant de Service-public.

Excès de vitesse retenuAmende forfaitairePoints retirésClasse
Moins de 5 km/h, limite supérieure à 50 km/h68 €03e classe
Moins de 5 km/h, limite de 50 km/h ou moins135 €04e classe
De 5 à moins de 20 km/h, limite supérieure à 50 km/h68 €13e classe
De 5 à moins de 20 km/h, limite de 50 km/h ou moins135 €14e classe
De 20 à moins de 30 km/h135 €24e classe
De 30 à moins de 40 km/h135 €34e classe
De 40 à moins de 50 km/h135 €44e classe
50 km/h et plusDélit, jusqu'à 3 750 €6Délit

Une minoration s'applique en cas de paiement rapide. À l'inverse, une majoration intervient en cas de retard. Enfin, un excès de 50 km/h ou plus expose à une suspension. Notre dossier sur le retrait de permis immédiat détaille ces cas.

Cadre légal et recours en cas de contestation

Le titulaire de la carte grise est redevable

L'article L. 121-3 du code de la route pose une redevabilité pécuniaire. Le titulaire du certificat d'immatriculation doit donc payer, sauf s'il désigne le conducteur. Il peut aussi établir un vol, une usurpation de plaque ou un cas de force majeure.

Les délais à respecter

L'ANTAI fixe un délai de 45 jours pour contester un avis de contravention. Ce délai court à compter de la date figurant sur l'avis. Pour une amende forfaitaire majorée issue du contrôle automatisé, le délai monte à 90 jours. Enfin, un envoi à l'étranger ajoute un mois.

Sur quoi porte une contestation utile

D'abord, vérifiez l'immatriculation et le véhicule décrits sur l'avis. Ensuite, contrôlez la vitesse retenue et la limitation indiquée. Par ailleurs, la contestation peut porter sur l'homologation et la vérification périodique de l'appareil. Concrètement, ces éléments se demandent au service verbalisateur. La logique rejoint celle de notre article sur la contestation d'un FPS.

Questions fréquentes

Une voiture radar privée est-elle signalée ?

Non. Aucun marquage ni panneau ne l'identifie. Le gouvernement a refusé une identification visible en avril 2022, au nom de la sécurité des conducteurs.

Le chauffeur privé choisit-il qui il flashe ?

Non. Les trajets et les plages horaires sont fixés par les services de l'État. De plus, le chauffeur ignore les infractions relevées. Seul un officier de police judiciaire les valide, à Rennes.

Quelle marge s'applique à une voiture radar privée ?

La mesure se fait en mouvement. La marge atteint donc 10 km/h en dessous de 100 km/h. Au-delà, elle passe à 10 % de la vitesse mesurée. Cette règle découle de l'arrêté du 4 juin 2009 sur les cinémomètres.

Comment contester une amende reçue après ce type de contrôle ?

La procédure ne change pas. Vous disposez de 45 jours à compter de la date de l'avis. La contestation passe par le site de l'ANTAI ou par courrier recommandé.

Sources et méthode

Sources : réponse du ministère de l'Intérieur à la question écrite AN numéro 39483, publiée le 19 avril 2022 ; réponse à la question écrite Sénat numéro 02504, publiée le 23 août 2018 ; réponses aux questions écrites AN numéros 33652 (27 juillet 2021) et 25152 (23 mars 2021).

Annexes budgétaires Contrôle de la circulation et du stationnement routiers (PLF 2025 et rapport annuel de performances 2024), Assemblée nationale ; fiche Vitesse au volant de Service-public ; info.gouv.fr sur la fin du retrait de point sous 5 km/h ; centre d'aide de l'ANTAI ; arrêté du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres, cité par la réponse ministérielle AN numéro 57296 du 3 novembre 2009. Article mis à jour le 29 septembre 2026.

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