Les dossiers s'enchaînent à l'audience du tribunal de Clermont-Ferrand consacrée aux violences intrafamiliales et Claudine Masfrand, pharmacienne à la retraite, attend que soit jugé le père d'un petit garçon qu'elle représente bénévolement en tant qu'"administratrice ad hoc".
Enfin arrive l'heure du procès pour Léo, 32 ans, qui a violenté sa compagne devant son fils. "Votre enfant a été un témoin très discret mais à deux ans et demi, il appréhende parfaitement ce qui s'est passé", lui lance la procureure.
En raison de son jeune âge, le garçon n'a pas pu assister à l'audience et Claudine Masfrand, 68 ans, réclame qu'il soit reconnu victime.
Son rôle est de "porter l'intérêt d'un mineur quand sa protection n'est pas assurée par ses représentants légaux", résume à l'audience Me Juliette Michelon, avocate du garçonnet.
Depuis 2021, "la loi considère que l'enfant présent, même dans sa chambre, pendant des scènes de violences conjugales, est une co-victime", rappelle Catherine Grosjean, ancienne présidente du tribunal de Clermont-Ferrand.
Mais "judiciairement, on n'arrivait pas à le faire reconnaître de façon systématique. L'enfant était le fantôme du procès", explique-t-elle à l'AFP.
D'où le développement de réseaux d'administrateurs ad hoc pour les représenter. La fonction n'est pas professionnalisée, la plupart sont des bénévoles, souvent à la retraite ou des salariés d'associations.
- "Difficile" -
La mission étant gérée par chaque juridiction, qui s'appuie sur des associations, aucune statistique nationale ne les recense.
Certaines juridictions n'en ont pas, d'autres peu, comme la Seine-Saint-Denis qui en comptait deux début 2026. A Clermont-Ferrand, l'un des ressorts les plus en pointe en la matière, ils sont plus de 20.
"C'est du temps passé et il y a une responsabilité énorme", souligne Claudine Masfrand, bénévole pour l'association Cecler, qui a choisi de s'engager par conviction pour la cause de ces enfants.
D'abord, rencontrer le mineur: elle garde un souvenir ému de sa première mission lorsqu'elle a fait connaissance au commissariat d'un garçon de neuf ans, battu par son père.
"J'ai été impressionnée, on a pu créer un lien, il m'a fait confiance. Connaître les histoires de ces enfants est difficile", glisse-t-elle.
L'administrateur doit également contacter l'avocat, les parents, rendre un rapport au tribunal, représenter l'enfant au procès ou l'accompagner, lui expliquer l'éventuelle peine.
Il intervient pour les enfants victimes de coups, comme pour ceux témoins de violences. Certains s'occupent aussi des mineurs auteurs de violences.
- "Enjeu sociétal" -
"Parfois on se constitue partie civile alors que l'ado ne le veut pas": il y a alors tout un travail relationnel et "le rôle d'administrateur prend tout son sens", souligne Philippe Pupion de l'association Avec 63.
"Quand on parle de violences contre les femmes, il faut toujours penser que 80% d'entre elles ont des enfants", souligne Ernestine Ronai, spécialiste des violences faites aux femmes et aux enfants. "Ils sont là, à table, et ils voient papa dévaloriser maman, papa faire mal à maman, pas seulement physiquement, mais aussi psychologiquement."
Pour la spécialiste, il faut aller plus loin, par exemple en donnant davantage de moyens aux administrateurs, pour combler le "vide" entre le début d'une enquête et la condamnation.
L'administrateur peut jouer un "rôle important aux côtés de la mère", en l'aidant à comprendre qu'il vaut mieux rencontrer le père dans un espace protégé ou ne pas le voir du tout dans ce laps de temps, dit-elle.
Certains agresseurs ont été victimes: "Ca n'excuse rien, mais ça dit quelque chose sur la nécessité de protéger ces enfants", dit Mme Ronai pour laquelle c'est aussi un enjeu sociétal.
Par Céline CASTELLA / Clermont-Ferrand (AFP) / © 2026 AFP
#DomesticViolence #ChildProtection #ClermontFerrand #Justice #France