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Sébastien Chenu (RN) : « Nous sommes le bouclier de la communauté juive » 

INTERVIEW SUD RADIO - Affaire Bardella, sénatoriales, immigration, LFI : Sébastien Chenu, député du Nord, vice-président du Rassemblement national et vice-président de l’Assemblée nationale, était l’invité de Sud Radio. Il en a profité pour défendre Jordan Bardella après les révélations de Mediapart sur d’éventuels propos antisémites.

Sébastien Chenu

Jacques Cardoze : Mediapart rapporte des écrits attribués à Jordan Bardella datant de 2012-2013 contenant des propos antisémites. S'agit-il selon vous d'une opération de barbouserie ?

Sébastien Chenu : « Totalement. Et ça m'a fait penser à cette jolie phrase de Cyrano de Bergerac qui dit : "Nous n'abdiquons pas l'honneur d'être une cible." Il faut bien voir de qui vient tout cela. Qu'est-ce que c'est que Mediapart ? Mediapart, c'est un média qui ne se cache pas d'être d'extrême gauche, qui mène le combat contre le Rassemblement national. C'est un média aussi qui a défendu des terroristes antisémites. C'est un média dont la crédibilité, en tous les cas la légitimité à parler d'antisémitisme, ne lui sied guère parce qu'ils ont eux-mêmes défendu des propos antisémites. Ils ont minoré, euphémisé le 7 octobre. 

Monsieur Plenel avait eu là aussi des propos dans le passé qui étaient particulièrement antisémites. Donc sincèrement, Mediapart en termes de légitimité, d'honnêteté intellectuelle. Je rappelle qu'ils avaient été mouillés à l'époque où ils avaient dénoncé Dominique Bodis dans l'affaire Allègre, Dominique Bodis qui n'avait rien à se reprocher et qui avait été totalement innocenté. Ils étaient à l'origine de tout ça. Ils sont spécialistes de ce genre de manipulation et par conséquent, ils seront combattus comme ils doivent l'être, c'est-à-dire devant la justice.

Affaire Bardella : "Nous considérons que tout ça est faux"

Nous considérons que tout ça est faux. Comme Jordan l'a très bien dit, soit c'est une barbouserie, soit eux-mêmes ont relayé de fausses informations et se sont fait avoir. Dans les deux cas, ils n'ont évidemment pas leur place dans ce débat politique qui arrive au lendemain de notre succès aux élections sénatoriales, au moment où on est au plus haut dans les sondages. 

On connaît leur tactique et c'est la raison pour laquelle nous les traduirons devant les tribunaux, ce qu'a fait Jordan Bardella en déposant une plainte en diffamation sur ce qu'il appelle lui-même un faux grossier. Je ne connais pas le dossier si ce n'est ce qui est sorti dans Mediapart, il n'y a pas grand-chose visiblement d'après ce que j'ai cru comprendre. Méfions-nous de toutes ces fausses révélations, de tous ces trucs bidons qui cherchent tout simplement à essayer de salir ceux qui font la course en tête et qui pourraient demain assumer les plus hautes responsabilités. »

"Nous sommes une cible"

Existe-t-il au Rassemblement national des membres qui auraient pu tenir ce genre de propos dans le passé et d'où cela peut-il venir ?

« Au Rassemblement national non. Au Front national, Jean-Marie Le Pen avait été condamné pour antisémitisme, il avait tenu des propos condamnés. Moi je suis arrivé en 2014, c'était encore le Front national, et je suis arrivé parce que justement Marine Le Pen avait donné cette ligne, avait fait cette rupture politique très forte avec Jean-Marie Le Pen. Je note également le soutien, et c'est très touchant, d'un certain nombre d'associations de compatriotes de confession juive qui ce matin se sont mobilisées pour dire que tout ça était grotesque, parce que les actes et les propos de Jordan Bardella aujourd'hui ont été très en soutien à la communauté juive suite au 7 octobre en particulier, et dans le combat contre l'antisémitisme que nous portons face à La France insoumise en particulier

D'où ça vient ? Je n'en sais rien parce que si ce sont des faux, je ne suis pas enquêteur, ça peut venir de n'importe où. Il y a des gens qui veulent régler des comptes. Nous sommes une cible. Il peut y avoir des gens qui veulent voir Jordan Bardella et derrière lui Marine Le Pen chuter, c'est une évidence. Mais aujourd'hui, nous sommes une cible parce que nous sommes les leaders, ceux qui faisons la course en tête. Nous ne sous-estimons pas la déloyauté et les coups tordus qui apparaîtront pendant cette campagne. »

Une taupe au RN ? "Tout ça est un peu grotesque"

Un magazine s'apprête à révéler l'existence d'une taupe au RN. Cela vous surprendrait-il ?

« Tout ça est un peu grotesque pour tout vous dire, parce que d'après ce que j'ai compris, ce serait l'idée de dénoncer des membres du Rassemblement national qui pourraient déjeuner avec des journalistes de Libération. Nous sommes un certain nombre à être vaccinés vis-à-vis du journal Libération qui mène un combat politique contre nous, et évidemment à ne répondre à leurs questions que dans un cadre bien formel qui est celui des conférences de presse. Derrière ça, je ne sais pas trop quels sont les buzz recherchés, mais on a une solidité et un esprit d'équipe dans notre mouvement qui fait des envieux et qui alimente quelques volontés de nous nuire. »

"Tout ça terminera devant la justice"

Ressentez-vous une stratégie visant à ressortir d'anciens propos pour ramener le RN au FN ?

« C'est une stratégie, mais qui trouve ses limites parce que ceux qui le font sont souvent eux-mêmes disqualifiés. J'entendais Madame Tondelier monter sur ses grands chevaux, elle s'est affichée avec Salah Hamouri qui est un terroriste palestinien qui avait essayé de fomenter un attentat contre un rabbin. Tous ces gens dénoncent leur propre turpitude. 

Ceux qui nous combattent aujourd'hui nous combattent en dénonçant pour mieux cacher leur propre turpitude. La réalité, c'est que nous sommes le bouclier de la communauté juive. S'ils sortent des écrits, tout ça terminera devant la justice. »

Sénatoriales : "C'est un fait historique"

La création d'un groupe RN au Sénat est-elle un fait historique et tendez-vous la main aux élus Les Républicains ?

« C'est un fait historique que le Rassemblement national crée un groupe au Sénat. C'était le fait historique du week-end qui probablement est un des détonateurs des salissures que nous subissons ensuite. La démocratie s'est exprimée. Désormais, nous avons franchi la constitution de ce groupe, ce qui veut dire qu'il n'y avait pas de plafond de verre. Il n'y a pas de raison qu'il y ait de cordon sanitaire en démocratie. Les électeurs choisissent, les électeurs décident et ensuite ils sont représentés. 

Nous avons vu dimanche soir une sénatrice de divers droite, Madame Goy-Chavent dans l'Ain, rejoindre immédiatement notre groupe et nous avons 15 élus. Nous avons la main tendue aux hommes et aux femmes de bonne volonté, qu'ils viennent de droite ou de gauche d'ailleurs, parce que quand nous voyons les scores que nous faisons dans des départements comme celui réalisé en Gironde par Edwige Diaz, il y a 800 voix alors qu'il y avait un potentiel d'une centaine de grands électeurs. Ces électeurs viennent de la droite et de la gauche. Pour être patriote, il n'y a pas besoin d'être de droite ou de gauche. »

Immigration : "Il n'y a pas de possibilité d'accueil aujourd'hui dans notre pays"

Le message du Pape Léon sur l'accueil conditionné des immigrés modifie-t-il la doctrine du RN ?

« On connaît la doctrine sociale de l'Église, elle est toujours la même et elle est répétée par le Pape Léon que j'ai eu le plaisir de rencontrer lors de sa venue. Je n'ai pas de souci intellectuel avec ce message : accueillir des gens en dignité, c'est la doctrine sociale de l'Église. Mais nous, nous sommes chargés de la temporalité et l'Église de la spiritualité. 

C'est-à-dire que lorsqu'il faut gérer les affaires de la nation et des villes, accueillir le déménagement du continent africain sur le continent européen me semble un peu audacieux. Ce n'est pas possible puisque nous n'avons plus les moyens dans notre pays d'accueillir comme tel : laisser des gens sous des périphériques ou devant des ports, ce n'est pas l'idée que je me fais de la dignité. Il n'y a pas de possibilité d'accueil aujourd'hui dans notre pays. »

"Nous n'appelons pas à manifester, nous ne sommes pas un syndicat"

Soutenez-vous la journée de mobilisation de la fonction publique sur le pouvoir d'achat ?

« On ne peut pas ne pas entendre ce que disent les Français. Derrière la réalité, c'est le pouvoir d'achat et l'effondrement de la sphère publique et de l'État plus globalement dans notre pays. J'entends les problématiques salariales et nous avons des réponses à ces problématiques, que ce soit dans l'Éducation nationale ou dans la sphère privée. Je note que les organisations syndicales — pas les Français qui manifestent — ont toutes appelé à voter Emmanuel Macron la dernière fois. Je les renvoie à leurs chères études, elles ont le résultat de leur action. 

Maintenant, qu'il y ait un problème salarial en France, dans la fonction publique ou le privé, il est réel. Mais nous n'appelons pas à manifester parce que nous ne sommes pas un syndicat. Notre boulot, c'est d'amener des solutions face à l'effondrement. On ne peut pas demander aux fonctionnaires ou aux retraités — la France qui travaille ou qui a travaillé — de faire des efforts supplémentaires à partir du moment où l'État lui-même ne fait pas ses efforts sur l'immigration, la contribution à l'Union européenne, les agences d'État ou le train de vie de l’État. Une fois qu'on aura fait ça, on pourra peut-être demander aux Français de faire des efforts, mais je crois que ce n'est pas le moment. Ils en font déjà beaucoup. »

"Nous ne voterons jamais un budget pareil"

Quelle sera votre position lors du vote du budget et quelles sont vos lignes rouges ?

« Nous ne voterons jamais un budget pareil dans ce qu'on en connaît aujourd'hui. Nous voterons contre ce budget. À partir du moment où ils veulent toucher aux retraites, que ce soit en les sous-indexant ou en les gelant, nous ne voterons jamais en faveur ni ne nous abstiendrons. Les lignes rouges sont de deux ordres : tout ce qui entame le pouvoir d'achat des Français, en particulier les retraites, et le fait de ne pas assassiner les Français d'impôts. Nous attendons de voir les efforts que l'État doit produire sur l'immigration ou la contribution à l'Union européenne. Nous ne les voyons pas arriver au moment où nous parlons. »

Soutenez-vous les appels au blocage des lycées et dénoncez-vous le rôle de LFI ?

« Je comprends les problématiques qu'il y a dans les lycées : le fait de ne pas avoir de profs devant les classes, les classes surchargées, les professeurs qui travaillent dans des conditions compliquées. Ça, je le comprends. Maintenant, voir La France insoumise souffler sur la braise, essayer d'instrumentaliser des lycéens de façon totalement irresponsable, voir le maire de Saint-Denis Bali Bagayoko jouer avec des poubelles en feu, c'est totalement irresponsable. 

"L'extrême gauche va chercher à semer la chienlit partout"

L'extrême gauche va chercher à semer la chienlit partout dans le pays et à utiliser les lycéens pour cela. C'est de la récupération et de la manipulation des lycéens qui sont sincères pour beaucoup dans leur démarche. La France insoumise est dans une stratégie de bordellisation clairement assumée et cherche à faire basculer le pays de façon irresponsable dans la violence. Oui, ils sont totalement irresponsables. La France insoumise est un mouvement qui cherche à faire basculer le pays de façon totalement irresponsable, dans la violence, dans la chienlit. »

Que vous inspire l'échange entre Sébastien Lecornu et Jean-Luc Mélenchon sur les lycéens ?

« Jean-Luc Mélenchon est un homme d'excès, un homme qui cherche à conflictualiser la société pour que tout se termine dans la rue. Nous ne sommes pas là-dedans, nous travaillons sérieusement. Ce dont nous avons besoin, ce sont de propositions crédibles. Notre proposition sur les enseignants, c'est la revalorisation salariale de 3 % par an sur 5 ans, et le plafonnement à 30 élèves par classe. »

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