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Pourquoi le monde manque de carburant : anatomie d'une crise énergétique à quatre têtes

Par Elliott Léonard

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Les prix du baril de pétrole ont encore une fois dépassé la barre des 100 dollars et les causes sont multiples. Blocage du détroit d’Ormuz, de Bab-el-Mandeb ou encore fermeture d’un pipeline clé en Arabie saoudite. Mais que se passe-t-il réellement à travers le monde ?

Depuis plusieurs jours, le cours du pétrole s’affole et n'en finit pas de grimper. Jusqu'à présent, le blocage du détroit d'Ormuz par l’Iran était la cause principale de l’augmentation du prix du baril mais depuis une semaine, c'est l'escalade. Le prix du baril de Brent est repassé au-dessus de la barre des 100 dollars tandis qu'aux États-Unis, le prix du diesel a battu son record historique avec plus de 6 dollars le gallon.

La raison de cet emballement ? La prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb par les Houthis en mer rouge, la mise à l'arrêt de l'oléoduc saoudien Est-Ouest reliant Abqaiq à Yanbu, ainsi que la reconduction du moratoire russe sur les exportations de carburants raffinés. Trois axes majeurs par lesquels transitent le pétrole mondial qui, couplés au blocage du détroit d'Ormuz, rendent la situation explosive. 

Le détroit d’Ormuz bloqué depuis 7 mois

Rappel des faits. Depuis le 28 février, date du début de la guerre au Moyen-Orient, le détroit d'Ormuz est bloqué par les Gardiens de la révolution iraniens. L’enjeu est considérable : environ 20 % du pétrole mondial transite habituellement par ce passage étroit. Le trafic maritime est aujourd’hui et depuis bientôt 7 mois quasiment à l’arrêt dans cette zone. Le détroit a tout de même connu plusieurs cycles de réouverture, mais au total, cela ne représente pas plus de 30 jours de transit.

L'oléoduc Est-Ouest saoudien : une alternative en moins

Depuis le début de la guerre, l'Arabie saoudite utilisait de façon croissante sur son territoire l'oléoduc Est-Ouest, qui relie le complexe d'Abqaiq, près du Golfe, au port de Yanbu sur la mer Rouge, dans le but de contourner le blocage d'Ormuz. Ce pipeline représentait une capacité totale d'environ 7 millions de barils par jour. Il était donc très emprunté ces derniers temps et acheminait près de 4 millions de barils par jour, soit 4 % de l'approvisionnement mondial.

Or le jeudi 10 septembre, l’oléoduc a été visé par des frappes de drones, que Riyad attribue à l’Irak. Plus précisément à des milices irakiennes soutenues par l’Iran. « Le pipeline a été fermé par précaution », déclarait le lendemain un responsable du ministère de l’Énergie saoudien. Pour l’heure, l’oléoduc est toujours à l’arrêt, accentuant la pénurie de carburants dans le monde.

Il y a 48 heures, des drones houthis se sont écrasés à Yanbu en Arabie Saoudite dans une raffinerie clé du groupe Aramco. Devenue un axe de transit, la voie terrestre est donc devenue une nouvelle cible pour les alliés iraniens, mettant encore plus à mal le transit mondial de carburants.

*Carte généré à l'aide de l'IA

Bab-el-Mandeb : les Houthis ferment la deuxième porte

Les Houthis yéménites ne sont pas seulement à l’origine de cette attaque de drones. L'Arabie saoudite et les autres producteurs du Golfe avaient développé des routes de contournement passant par la mer Rouge. Le détroit de Bab-el-Mandeb était donc emprunté afin d’atteindre le canal de Suez puis l’Europe. Mais cet échappatoire s'est refermé ce jeudi 10 septembre. Après avoir lancé une offensive éclair, ils ont pris la ville portuaire de Mokha au Yémen puis, le 11 septembre, l'île stratégique de Mayyoun, qui divise le détroit en deux. Désormais, l'ensemble de la côte ouest du Yémen est sous leur joug.

Seuls les navires saoudiens sont ciblés à ce stade. C’est pourtant à ce moment que les cours du pétrole se sont réellement affolés puisque ce détroit permettait depuis le blocage d’Ormuz le passage de près de 8 millions de barils par jour, soit 7 à 11% du trafic mondial. Il est, lui aussi, très étroit et cela signifie qu’un blocage total serait encore plus simple à organiser pour les Houthis. Près d’un tiers du commerce maritime mondial de pétrole est donc menacé.

Le moratoire russe sur le diesel et l’essence

Le quatrième front n'a, lui, rien à voir avec le Moyen-Orient : il se joue en Russie, où la guerre en Ukraine a pris pour cible directe l'appareil de raffinage. Kiev a provoqué une baisse supérieure à 20 % des capacités de traitement de pétrole russe grâce à des attaques de drones répétées depuis le début de la guerre.

Pour préserver son marché intérieur, Moscou a instauré, fin juillet, un moratoire sur les exportations d'essence, de diesel, de carburant maritime et de kérosène. Là aussi, l’incidence sur le transit de pétrole mondial est grande. Son timing aggrave mécaniquement les effets des trois autres crises.

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