Longtemps perçue comme un pays appliquant la charia, rétrograde vis-à-vis des droits des femmes et censurant la presse, l'Arabie Saoudite cherche aujourd'hui à changer de visage. Prince héritier et Premier ministre du royaume, Mohammed ben Salmane veut redorer l'image de son pays à l'international en misant sur le mécénat et l'investissement massif à l'étranger. Depuis plusieurs années déjà, l'État saoudien mène une politique agressive en dépensant des milliards de dollars dans le sport, la culture et le divertissement, avec en toile de fond un objectif : le plan Vision 2030. Ce projet poursuit une double ambition : diversifier une économie encore très dépendante de la rente pétrolière, tout en répondant aux critiques des ONG et associations de défense des droits humains.
Dernier exemple en date : ce lundi 24 août, la France et l'Arabie Saoudite ont signé un protocole d'accord pour la création de trois parcs à thème à Cergy-Pontoise, dans le Val-d'Oise, sur le site de l'ancien parc Mirapolis. L'investissement total annoncé s'élève à 6 milliards d'euros, pour 22 000 emplois directs promis.
Le sport comme moteur du soft power saoudien
Pour rattraper ses concurrents du Golfe, le Qatar et les Émirats Arabes Unis, l'Arabie Saoudite s'est massivement engagée dans le football par l'intermédiaire de son fonds souverain, le PIF (Public Investment Fund). En 2020, le fonds rachète le club anglais de Premier League Newcastle United, avant d'investir dans des joueurs comme Sandro Tonali, Bruno Guimarães ou Alexander Isak. Le championnat saoudien, de son côté, a attiré des stars en fin de carrière comme Cristiano Ronaldo ou Neymar.
Parallèlement à ces investissements dans le football, l'Arabie Saoudite multiplie l'accueil de grands événements sportifs. Depuis 2021, le pays accueille le Grand Prix de Formule 1 d'Arabie Saoudite, chaque mois d'avril, sur le circuit de Djeddah — réputé pour son tracé rapide et sinueux en bord de mer. Dans le cadre de Vision 2030, un nouveau circuit permanent est également à l'étude. Le prince héritier ne cache pas son ambition d'accueillir un jour des Jeux Olympiques, d'été comme d'hiver, ainsi qu'une Coupe du Monde de football.
L'e-sport, la passion du prince
Grand amateur de jeux vidéo — notamment de la franchise Call of Duty — Mohammed ben Salmane a fait de l'e-sport l'un des piliers de sa stratégie d'influence. L'Esports World Cup, en est l'illustration la plus visible : la compétition, dotée de dizaines de millions de dollars de récompenses, réunit les meilleures équipes mondiales sur plusieurs disciplines.
Volonté affichée de devenir un acteur central de l'industrie du jeu vidéo, le PIF a mené en 2025-2026 l'une des plus grosses opérations financières de l'histoire du secteur : le rachat d'Electronic Arts pour 55 milliards de dollars, éditeur des licences EA Sports FC, Battlefield, Les Sims ou encore Apex Legends.
L'intelligence artificielle constitue un autre cheval de bataille du prince, avec des investissements se chiffrant en dizaines de milliards de dollars ces dernières années.
Développer l'attractivité et renforcer le rayonnement
La culture occupe également une place croissante dans la stratégie d'influence saoudienne. Le pays a favorisé l'ouverture de treize musées en dix ans dans la capitale, Riyad. Autre levier : le développement des échanges culturels et de l'apprentissage de la langue arabe à l'étranger, pour renforcer le rayonnement du royaume.
Côté tourisme, plusieurs projets pharaoniques sont lancés pour développer l'attractivité du pays : hôtellerie de luxe, tours immenses, complexes balnéaires. Le projet NEOM, cette « ville du futur » construite dans le désert à 170 kilomètres au nord-ouest de Riyad, doit à terme devenir l'une des vitrines touristiques et technologiques du royaume.
Si l'Arabie Saoudite continue de renvoyer l'image d'un pays conservateur, le royaume affiche aujourd'hui plus que jamais une volonté claire de s'ouvrir au monde.