Sous l'auvent de sa caravane, Chantal Windrestein oscille entre inquiétude et résignation. L'annonce du vaste projet de parcs d'attractions financé par l'Arabie Saoudite dans le Val-d'Oise sonne comme un avis d'expulsion pour elle et les 300 membres de la communauté des gens du voyage installés sur les lieux.
"On n'a pas été avertis sur ces choses-là", souffle cette mère dont deux de ses enfants sont en situation de handicap.
Fruit d'une discussion, en décembre 2024, entre le prince Mohammed ben Salmane et Emmanuel Macron, le projet doit voir le jour sur la friche du parc Mirapolis, fermé il y a 35 ans.
Financé par Ryad, il prévoit trois parcs d'attractions, dont un consacré à l'univers manga. Emmanuel Macron a évoqué sur X "6 milliards d'euros d'investissements saoudiens", saluant "du jamais vu depuis Disneyland Paris".
Avec la confirmation des rumeurs qui enflaient depuis le début de l'été, la centaine de familles vivant sur le site, en contrebas du bourg de Courdimanche, se sent projetée vers l'inconnu.
"Il y a des vieilles personnes qui ne peuvent plus conduire, qui sont immobilisées chez elles", énumère Chantal Windrestein.
Toute de noir vêtue, elle regarde avec amertume l'arrivée annoncée des investisseurs saoudiens. "Le monsieur, là-bas, qui est riche, il arrive et puis il prend tout," tance la femme de 48 ans.
- "Jeter dehors pour un prince" -
Dans sa longue robe bleue à fleurs blanches, sa belle-mère Lucienne opine.
"On ne peut pas jeter les gens comme ça dehors pour un prince", estime cette veuve de 75 ans qui s'occupe seule de son fils de 47 ans en situation de handicap.
Un enfant de la communauté des gens du voyage à Courdimanche dans le Val d'Oise le 25 août 2026
Thomas SAMSON - AFP
Attentifs à la poignée d'enfants qui vadrouille entre les caravanes, les adultes dénoncent unanimement les difficultés d'accès à des sites d'hébergement adaptés.
A l'entrée de l'ancien parc, Alfred Duvaux peste contre "les communes qui ne respectent pas les règles" pour les aires d'accueil.
Dans un communiqué diffusé mardi, la mairie de Courdimanche a regretté que "la situation des familles installées de longue date sur le site n'a(it) pas été évoquée", et demandé qu'elle soit prise en compte avec "des solutions d'accueil durables".
La commune regrette ne connaître "ni le périmètre ni les contours" du projet, et appelle à une concertation avec les élus et les habitants.
- Peur d'une gentrification -
Le manque de concertation est aussi dénoncé par Tony Clavaud, riverain immédiat de l'ancien parc.
À 25 ans, ce diplômé d'un BTS de gestion et protection de la nature vient de créer avec une collègue un collectif "apartisan".
Soucieux du sort des familles vivant sur le site, il estime que les six milliards d'euros saoudiens peuvent "changer drastiquement" le "quotidien" et le "cadre de vie" des habitants.
Il redoute avant tout un phénomène de "gentrification": "Si on a un parc d'attractions, on va avoir des Airbnb, donc ça va pousser les personnes qui sont de milieux assez populaires à partir".
Dans le bourg de Courdimanche, les habitants accueillent le projet avec davantage d'optimisme.
Au guidon de sa trottinette électrique, Paul-Henri Tabi reconnaît que l'arrivée de ces parcs d'attractions "va chambouler la vie".
Au-delà des opportunités d'emploi, l'homme de 56 ans pense aux recettes fiscales potentielles, "une manne financière non négligeable" pour la commune de 7.300 habitants.
Son principal sujet d'inquiétude reste le transport: "même en renforçant le RER A, ça ne sera jamais suffisant," juge-t-il.
Même constat chez Antoine Dauvergne, 26 ans, ingénieur, qui craint la saturation des réseaux mais estime que "ça pourra apporter des travaux d'été pour les jeunes étudiants".
Sur l'ancien site de Mirapolis, Tony Clavaud jette un regard plus critique sur les 22.000 emplois directs annoncés par le président français: "si c'est des emplois précaires, où on est surexploités comme à Disneyland...", soupire-t-il.
"L'argent, ça ne peut pas acheter une identité locale, ça ne peut pas acheter un territoire", assène le jeune citoyen, prêt à mobiliser au-delà de sa petite ville.
Par Amélie BARON / Courdimanche (France) (AFP) / © 2026 AFP
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