Les psychiatres du secteur public sont dans la rue aujourd'hui. Quatre syndicats, le Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH), l'Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (IDEPP), le Syndicat des psychiatres d'exercice public (SPEP) et l'Union syndicale de la psychiatrie (USP), appellent à se mobiliser pour dénoncer une « crise profonde » qui, selon eux, continue de s'aggraver malgré la « grande cause nationale » dédiée à la santé mentale. Un rassemblement est prévu à 11 heures devant le ministère de la Santé où une délégation doit être reçue.
30 % des postes non pourvus
Le mouvement intervient alors que 30 % des postes de praticiens hospitaliers en psychiatrie ne sont pas pourvus. Et concernant l’avenir, la situation ne s'arrange pas non plus : en 2025, 86 des 554 postes ouverts à l'internat en psychiatrie sont restés sans candidat, soit 15,5 %.
Aux effectifs manquants s'ajoute un déficit de capacités d'accueil. Les syndicats estiment qu'il manque environ 10 000 lits d'hospitalisation, et pointent des locaux et équipements vétustes pour accueillir 480 000 patients à l'hôpital et 2 millions en soins ambulatoires. Entre 2008 et 2022, près de 8 800 places à temps complet ont disparu dans les établissements publics de psychiatrie. En conséquence, les urgences absorbent le trop-plein. En 2023, plus de 566 000 passages pour motif psychiatrique y ont été recensés, soit une hausse de 21 % par rapport à 2019.
« Les gens vont travailler là où les conditions de travail sont bonnes »
Interrogée sur Sud Radio, Delphine Glachant, déléguée de l'Union syndicale de la psychiatrie reconnait que « plus de personnel coûte beaucoup d’argent » tout en insistant sur la nécessite « d’en avoir plus ». Elle propose notamment la mise en place d’une « prime d’attractivité » pour que « le personnel soit attiré par la psychiatrie ». Elle justifie sa proposition : « Évidemment les gens vont travailler là où les conditions de travail sont bonnes, à savoir là où ils peuvent soigner ».
Deux décisions gouvernementales prises en juin ont également envenimé la situation : l'accès prioritaire aux soins pour certains adolescents signalés par l'Éducation nationale, et l'objectif de « zéro contention » en psychiatrie d'ici 2030. Si les organisations n'en contestent pas le principe, elles dénoncent des mesures lancées sans concertation ni étude de faisabilité, alors que les moyens humains pour les mettre en œuvre font défaut.
Un budget en hausse, mais sans garantie
Pour apaiser les tensions, le gouvernement met en avant une progression du budget. La circulaire budgétaire du 28 mai prévoit 9,7 milliards d'euros pour la psychiatrie en 2026, soit une hausse de 2,2 %, avec près de 55 millions d'euros de financements nouveaux. Mais les syndicats craignent que ces crédits ne soient pas intégralement fléchés vers la discipline une fois versés aux établissements, et réclament une garantie de traçabilité que la ministre n'aurait pas apportée.
Au-delà de la journée de mobilisation, les organisations disent vouloir une réponse structurelle : un plan pluriannuel coconstruit avec le ministère, une revalorisation des métiers reconnaissant leur pénibilité, et une augmentation significative des capacités en lits et en places d'accueil.