Calais : À qui incombe la responsabilité de la mort de 27 migrants dans la Manche ?

Après la mort de 27 migrants cette semaine dans la Manche, non loin de Calais, se pose la question de la responsabilité.

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Des migrants débarqués à Calais après avoir été secourus en mer, le 15 septembre 2021. (Bernard Barron - AFP/Archives)

Au-delà de ce nouveau drame dans la traversée de la Manche, où sont les responsabilités ? Du côté des passeurs ou bien des États qui ne parviennent pas à contrôler ce flux de migrants ?

"Fermer les frontières augmente les passages"

"Ce qui s’est passé n’est pas une anomalie, mais le résultat logique des politiques de frontières telles qu’elles sont menées depuis trois ou quatre décennies, juge Christophe Bertossi, directeur du centre migration et citoyenneté de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Fermer les frontières n’arrête pas les passages, cela les augmente. Les migrants tentent le tout pour le tout, avant que cela soit absolument impossible de passer."

"Ils ont toujours l’espoir que cela soit plus possible maintenant que demain. Cela accélère les tentatives de passage, estime-t-il. Cela entretient aussi les passeurs. Quand vous avez une frontière difficile à franchir, vous avez besoin d’eux. C’est un business, celui des passeurs, qui rend le passage très dangereux, comme on vient de le voir. C’est un peu un piège que l'on s’est construit tous ensemble que de penser que la seule solution face au flux est de fermer les frontières."

"Des passages sont de moins en moins légaux et sûrs pour les migrants"

Toutefois, on peut quand même rentrer en Europe. "C’est après que cela se joue… On rentre, mais qui rentre, comment et à quel prix ?, interroge Christophe Bertossi, directeur du centre migration et citoyenneté de l’IFRI. Des textes internationaux encadrent la demande d’asile. On voit bien que les gens qui demandent asile en Italie ont dû passer par la Libye, franchir ce passage extrêmement dangereux en Méditerranée. Les voies légales étant de plus en plus difficiles à obtenir, les passages sont de moins en moins légaux et sûrs."

"Le problème est politique : comment pense-t-on la frontière ?", estime-t-il. "Si les Européens appliquaient les textes existants pour les politiques de migration et d’asile, nous n’aurions pas ces problèmes. Nous avons de quoi faire jouer dans l’espace européen une solidarité entre les États membres dans la gestion de ces flux de personnes qui arrivent. La question n’est pas d’être ferme ou pas mais la solidarité : qui est responsable de gérer la demande d’asile, le pays d’entrée ou les autres ? La Grande-Bretagne est sans doute hypocrite, mais ce ne sont pas les seuls. Nous sommes tous dans un jeu de dupes sur ce sujet."

Christophe Bertossi, directeur du centre migration et citoyenneté de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), était l’invité de Patrick Roger le 25 novembre dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h10. 

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