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Dermatose nodulaire : "On a été des cobayes", témoigne un éleveur

Par Thomas Rannou

TÉMOIGNAGE SUD RADIO - Il y a quelques semaines, la dermatose nodulaire frappait de plein fouet les élevages français, laissant derrière elle des troupeaux décimés et des exploitations en souffrance. Nicolas Prud’homme, éleveur en Haute-Savoie, raconte comment il a fait face à cette crise inédite, la perte de 68 animaux et les démarches pour reconstruire son cheptel tout en restant sur ses gardes.

L’épidémie de dermatose nodulaire qui a frappé les quatre coins de l'hexagone a laissé des traces chez les agriculteurs : troupeaux décimés, éleveurs éprouvés et crise sanitaire inédite. La reconstruction est en cours, mais la vigilance reste de mise.

Nicolas Prud'homme, éleveur laitier, tente de remonter la pente après avoir perdu 68 de ses bêtes durant cet épisode. Il était ce mercredi au micro de Benjamin Glaise dans Le Petit Matin, pour témoigner de cet épisode traumatisant et de la manière dont il se reconstruit.

"Ça a été des moments très durs. La maladie avançait très vite"

Vous êtes éleveur en Haute-Savoie, où le premier foyer de dermatose nodulaire contagieuse a été détecté. Votre troupeau a été contaminé l’été dernier. Combien d’animaux avez-vous perdus ?

Nous avons perdu 68 animaux : 48 vaches laitières et 20 veaux.

Vous êtes éleveur depuis vingt ans à Saint-Ferréol, dans une exploitation familiale. Quel souvenir gardez-vous de cette période ?

Ça a été des moments très durs. La maladie avançait très vite et nous avons dû prendre des décisions rapidement. Ensuite, nous avons eu la chance de pouvoir vacciner nos animaux, même s’il a fallu attendre que le vaccin soit efficace. Aujourd’hui, c’est presque derrière nous. Nous sommes confiants, mais nous restons vigilants.

Vous redoutez malgré tout le printemps, avec le retour des moustiques, vecteurs de la maladie ?

Il y a eu une réunion du CNOVSAV (Comité National d’Orientation de la Vaccination et de la Santé Animale et Vétérinaire) en début de semaine et nous sommes extrêmement soulagés : la décision a été prise de revacciner l’ensemble de la zone. Cela nous rassure. Il faut rester optimiste, sinon on baisse les bras, et ça n’a jamais été notre ligne de conduite.

Quand aura lieu cette nouvelle campagne de vaccination ?

L’organisation est en cours. À partir du 16 février, normalement, les vétérinaires devraient commencer à vacciner. Les aiguilles sont déjà en stock, nous attendons les vaccins.

Des aides financières ont été débloquées pour les éleveurs touchés. Avez-vous été indemnisé ?

Huit éleveurs ont déjà reçu la totalité de leurs indemnisations, huit autres devraient les percevoir cette semaine. Je ne sais pas si j’en ferai partie. Pour ma part, j’ai reçu une partie et j’attends le reste.

Le processus a été long, mais nous avons été bien accompagnés par la Chambre d’agriculture, nos centres de gestion et nos syndicats.

Vous évoquez aussi la question de la défiscalisation. En quoi cela consiste-t-elle ?

Il s’agit de la défiscalisation d’une partie des indemnisations liées à la valeur de nos troupeaux. Pour racheter des vaches, nous avons été indemnisés, mais il ne faudrait pas que cet argent soit ensuite imposé si nous voulons repartir rapidement.

Aujourd’hui, un point reste en suspens : la notion d’animaux reproducteurs. Si je rachète des vaches prêtes à la reproduction, l’indemnisation sera défiscalisée. En revanche, si je rachète des veaux, ce ne sera pas forcément le cas, et cela pose problème.

"Nous étions les premiers touchés, on a été des cobayes"

Vous avez reçu des aides rapides du département et de la communauté de communes, mais celles de l’État tardent davantage. Pourquoi ?

Il y a une lourdeur administrative et plusieurs organismes impliqués. Ils demandent des justificatifs, et il faut du temps pour que les données circulent entre services. La région Rhône-Alpes nous a aussi aidés, et cela a été plus rapide. Il faut rappeler que personne n’était préparé à cette crise : nous étions les premiers touchés, on a été des cobayes."

Avez-vous pu reconstituer votre troupeau ?

Oui, pour la partie vaches laitières. Nous avons racheté des animaux, nous produisons autant de lait que l’an dernier et les vaches se sont bien acclimatées. Nous sommes sur la bonne voie.

Un rapport parlementaire a salué l’efficacité du protocole tout en dénonçant un manque de dialogue avec les éleveurs. Partagez-vous ce constat ?

En Pays de Savoie, la profession, la Chambre d’agriculture, les syndicats et le réseau Réagir ont été très présents. En revanche, du côté de l’État, il manquait parfois un interlocuteur sur le terrain et les réponses tardaient à arriver. Il a fallu faire le dos rond.

Vous pouvez retrouver l'entretien intégral ici.

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