Un nouveau système de notation des EHPAD vient de voir le jour avec pour objectif de mieux guider les familles dans le choix des établissements pour séniors. Pierre Roux, Président de l’AD-PA, association des directeurs d’EHPAD était sur l’antenne de Sud Radio pour évoquer le réel intérêt de ce classement.
L’AD-PA estime que le nouveau système de notation des EHPAD mis en place par la Haute Autorité de santé n’est ni bon ni équitable. Pourquoi ?
« Pour deux raisons principales. D’abord, cette notation repose essentiellement sur des procédures. Ensuite, elle ne tient pas compte des prix de journée, et donc des moyens financiers réels dont disposent les établissements. »
Qu’est-ce qui vous choque le plus dans les critères retenus aujourd’hui ?
« Ce qui nous choque le plus, c’est justement cette question des moyens. Les critères sont majoritairement axés sur la procédure, ce qui manque de cohérence. Ils ne permettent pas d’évaluer suffisamment la qualité réelle de l’accompagnement des résidents. »
Est-ce que cela signifie que ce classement ne reflète pas la qualité de vie des résidents ?
«Cela ne la reflète pas toujours, mais surtout, pas suffisamment la réalité. Ce n’est pas la qualité réellement perçue par les résidents. Le risque, c’est de démotiver les personnels et de sous-noter des établissements qui fonctionnent avec des moyens très insuffisants. C’est un message délétère envoyé à des professionnels souvent débordés par la charge de travail, qu’il s’agisse des directeurs ou des salariés, qui font pourtant tout ce qu’ils peuvent. »
Y a-t-il un risque de stigmatisation pour les établissements notés C ou D ?
« Oui, forcément et c’est profondément injuste. L’immense majorité des établissements s’inscrivent dans des démarches visant à faire au mieux avec les moyens dont ils disposent. »
👴Le nouveau classement des Ehpad dévoilé
— Sud Radio (@SudRadio) February 11, 2026
🗣️Pierre Roux (@AssociationADPA) : "Ce classement n'est pas équitable ! Les résultats ne reflètent pas le niveau réel de satisfaction !" #GrandMatin
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Quel impact concret ce classement peut-il avoir sur les familles à la recherche d’un EHPAD ?
« Il ne faudrait pas que cela dissuade des familles de se tourner vers des établissements de bonne qualité, simplement parce que la note ne reflète pas totalement la réalité de ce qui est proposé aux résidents. Cela peut créer des réticences à l’entrée en établissement, alors que, bien souvent, les conditions de vie à domicile peuvent aussi devenir délétères.
Par ailleurs, dans un contexte de judiciarisation croissante des relations, ce type de classement peut générer des tensions supplémentaires dans un secteur déjà très fragilisé, notamment par le manque de moyens accordés par les pouvoirs publics. »
Justement, que proposez-vous concrètement pour faire évoluer ce système d’évaluation ?
« Il faudrait davantage s’attacher à la réalité des actes accomplis auprès des résidents et au niveau de satisfaction réel des résidents et de leurs familles, plutôt que de se concentrer principalement sur la procédure : la planification, la traçabilité, les documents écrits. Je ne dis pas que ce n’est pas nécessaire, ça l’est. Mais aujourd’hui, on met sur un même plan des structures très différentes : des établissements aux moyens comparables à ceux de grandes entreprises, et de petits gestionnaires.
On compare aussi des EHPAD à 4 000 euros par mois avec d’autres à 2 000 euros. Ce système qualité n’est donc pas adapté, en particulier pour les petits gestionnaires, et cela génère une forte démotivation.
Nous sommes pleinement favorables à l’idée d’être évalués, d’autant plus qu’il s’agit d’argent public. En revanche, le système d’évaluation de la qualité doit être amélioré et mieux adapté à notre secteur. Nous exprimons notre désaccord lorsque c’est nécessaire, mais nous restons toujours force de proposition pour contribuer à l’amélioration du dispositif. Aujourd’hui, ce système reste perfectible. »