Juliette Morillot : "La Corée du Nord n'est pas aussi fermée qu'on veut bien le dire"

Juliette Morillot : "La Corée du Nord n'est pas aussi fermée qu'on veut bien le dire"

Juliette Morillot (Spécialiste de la Corée du Nord et co-auteure de l'ouvrage "Le monde selon Kim Jong-un") était ce mardi l'invitée de Patrick Roger dans le Grand Matin Sud Radio.

Le côté mystérieux de la Corée du Nord continue d'alimenter encore pas mal de fantasmes, alors que le pays demeure l'un des plus méconnus au monde.  Un mystère qui semble s'épaissir davantage depuis l'accession au pouvoir de Kim Jong-un, qui a succédé à son père en 2011, suite au décès de ce dernier. Et pourtant, le dernier État stalinien n'a jamais autant fait parler de lui, en raison notamment de son programme nucléaire et des relations tendues qu'il entretient avec les États-Unis. Selon Juliette Morillot, qui connaît bien le fonctionnement du pays pour s'y être rendue à plusieurs reprises, notre méconnaissance de celui-ci altère fatalement notre jugement.

"Une Corée du Nord diabolisée, c'est pratique pour tout le monde et notamment les États-Unis"

Invitée ce mardi de Patrick Roger dans le Grand Matin Sud Radio, celle qui a co-écrit "Le monde selon Kim Jong-un" a livré une analyse rare et différente de ce que l'on peut entendre actuellement sur la situation nord-coréenne. "Je pense qu'on a une mauvaise image de la Corée du Nord, c'est-à-dire qu'elle n'est pas aussi fermée qu'on veut bien le dire", affirme-t-elle dans un premier temps. "On s'aperçoit aujourd'hui qu'elle a un programme nucléaire et qu'elle a fait des avancées extraordinaires mais tout ça remonte aux années 2000. Elle a fini par s'ouvrir. Disons que l'on est un petit peu comme dans la Chine des années 80", indique-t-elle ensuite. "D'autre part, ce qui est important, c'est qu'une Corée du Nord diabolisée, c'est assez pratique pour tout le monde et notamment pour les États-Unis car qu'est-ce qui justifie la présence américaine dans cette partie du monde si ce n'est la Corée du nord ? ", poursuit-elle par ailleurs.

"Face à l'énorme montée en puissance chinoise et même si cela embête un peu tout le monde parce qu'ils ont l'arme nucléaire, c'est pratique parce que cela justifie la présence de troupes américaines en Corée du Sud et à Okinawa", insiste-t-elle encore.

Quid de Kim Jong-un ? Les craintes à son sujet sont-elles fondées ? Selon Juliette Morillo, il faut bien garder à l'esprit que "les dirigeants nord-coréens sont très rationnels" et qu'il justifient leur politique bélliqueuse par une logique de survie. "Je ne dis pas qu'il ne sont pas dangereux, mais ils sont très rationnels. C'est-à-dire que depuis la Guerre de Corée, ils ont développé l'arme nucléaire parce qu'ils veulent survivre. Quand j'étais à Pyongyang en novembre dernier, on m'a répété plusieurs fois : «On ne veut pas finir comme Kadhafi ou Saddam Hussein». Ils se sentent sous menace permanente américaine, ils veulent assurer leur survie, ne veulent pas être étouffés et ne veulent pas laisser tomber le régime. Donc il se défendent et maintenant qu'ils ont l'arme nucléaire, on est obligé de l'accepter de facto", explique-t-elle ainsi. 

>> L'intégralité de l'interview est disponible en podcast

 

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