Émilie Lançon et Alix Étournaud : "Bien souvent, l'ENA sert de bouc émissaire"

Les journalistes Émilie Lançon, également réalisatrice, et Alix Étournaud, écrivaine, étaient les invitées de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 9 avril dans "Le 10h - midi". Ensemble, elles ont réalisé le documentaire "L'ENA, pourquoi tant de haine ?", qui sera diffusé samedi 10 avril à 21h sur Public Sénat.

Les journalistes Émilie Lançon et Alix Étournaud, invitées de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

Émilie Lançon : "L'ENA est devenue une école bouc émissaire à qui on reproche tout"

Alors qu'Emmanuel Macron vient d'annoncer qu'il supprimait l'ENA, le documentaire "L'ENA, pourquoi tant de haine ?" sera diffusé samedi 10 avril à 21h sur Public Sénat, dans lequel les journalistes Émilie Lançon et Alix Étournaud reviennent sur l'histoire de cette grande école dont on ne sait finalement pas grand chose souligne Valérie Expert, on en a beaucoup de clichés et d'idées reçues. Ainsi démarre le documentaire : "cette école que les Français adorent détester..."

"Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'au départ, c'était une école idéale, très républicaine explique Émilie Lançon, créée en rupture après Vichy. Au fil du temps il s'est produit un glissement, c'est devenu une école bouc émissaire à qui on reproche tout".

 

Alix Étournaud : "La suppression de l'ENA est injuste pour l'ENA et pour son directeur, Patrick Gérard"

Pour Alix Étournaud, la suppression de l'ENA "est injuste ! D'abord pour l'ENA, qui n'a pas mérité ça, et pour son directeur, Patrick Gérard, qui s'est démené depuis qu'il a été nommé pour transformer la formation au sein même de l'ENA. Les jeunes énarques qui sortent aujourd'hui ne sont en rien ces énarques coupés de la réalité que l'on pouvait voir il y a 20 ans".

"Les directeurs de l'ENA ont une marge de manœuvre limitée reconnaît-elle, ils ne modifient pas les concours d'accès et de sortie, mais il reste tout le milieu, la formation".

 

"Il faut que les élèves de l'ENA soient représentatifs de la société dans laquelle ils vivent"

"L'idée de départ lors de la création de l'ENA, c'est un vieux rêve républicain, porté notamment par Jean Zay explique Émilie Lançon. Il voit à l'époque que tous ceux qui entrent dans la Haute fonction publique le font par le piston. On rentre dans la Haute administration par le biais de concours particuliers, chaque administration organise son propre concours et en fait ce n'est que du réseau, ce qui le choque terriblement".

"Mais la réalité a rattrapé l'ENA regrette la journaliste. Et malheureusement, à toutes les époques et de plus en plus, il n'y a pas suffisamment d'élèves qui viennent de milieux défavorisés qui ont le niveau pour entrer à l'ENA. Ils ne savent même parfois que ces écoles existent ! Ils n'ont pas les mêmes chances".

"Le problème de l'enfant du peuple qui devient ambassadeur est aujourd'hui le problème du fils ou de la fille de Gilet Jaune qui rentre à l'ENA ajoute Alix Étournaud, c'est le problème de l'accessibilité. Il faut que les élèves de l'ENA soient représentatifs de la société dans laquelle ils vivent". "Les énarques qui rentrent en politique représentent à peu près 3%, ceux qui pantouflent, qui partent dans le privé et qui y restent, représentent à peu près 5% et ce sont ceux-là que l'on voit le plus, qui sont les plus critiqués et les plus critiquables".

"Bien souvent, l'ENA sert de bouc émissaire insiste-t-elle, quand on critique l'État on critique l'ENA parce qu'on assimile l'État aux grands corps, qui sortent dans la botte à l'ENA, lors du classement de sortie".

 

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Retrouvez l'invité média de Valérie Expert et Gilles Ganzmann du lundi au vendredi à partir de 10h00 sur Sud Radio dans "Le 10h - midi".

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