Alors que les incendies mettent une nouvelle fois les services de secours sous forte pression, l’intersyndicale prépare plusieurs jours de mobilisation à Paris fin septembre. Pour l’UNSA SDIS, l’urgence dépasse largement la seule saison des feux : c’est le modèle français de sécurité civile qui doit être renforcé.
"Cela fait trop longtemps que nous alertons sur les difficultés"
Le rendez-vous n’aura pas suffi à éteindre la colère. Après deux heures de discussions avec Laurent Nuñez, le jeudi 13 août 2026, les syndicats de sapeurs-pompiers ont dénoncé l’absence d’engagements suffisamment précis sur leurs principales revendications. Ils demandent notamment une réforme du financement des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), le recrutement de 21 000 sapeurs-pompiers professionnels supplémentaires et davantage de moyens consacrés à la santé et à la sécurité des agents.
Pour Anthony Chauveau, vice-président et porte-parole de l’UNSA SDIS, le malaise est ancien et ne saurait être réduit aux difficultés rencontrées pendant les incendies estivaux. "On est en colère parce que ça fait trop longtemps que nous alertons sur les difficultés que nous rencontrons au quotidien. La difficulté dans les services d'incendie et de secours, elle est du 1er janvier au 31 décembre. Et ça, c'est valable tous les ans. Là on est en plus avec une intensification des phénomènes de l'été. On a Laurent Nuñez qui hérite d'une situation de plus d'une décennie d'absence d'avancées concrètes pour la profession. Et surtout pour le service public, parce que c'est ça, la priorité. On est sur des revendications qui vont dans le sens de l'intérêt général, de l'intérêt de tous les citoyens français", a déclaré Anthony Chauveau au micro de Sud Radio.
"La disponibilité opérationnelle est aléatoire"
Au cœur des inquiétudes figure la disponibilité quotidienne des secours. Le modèle français repose très largement sur les sapeurs-pompiers volontaires, qui représentent près de 80% des effectifs. Les syndicats défendent leur rôle mais réclament parallèlement davantage de professionnels pour garantir la capacité opérationnelle des centres de secours.
"On ne peut plus rester sur un service public de secours qui fonctionne avec un système de roulette russe où la majeure partie des effectifs et de la disponibilité opérationnelle est aléatoire en fonction des heures de la journée. Le volontariat, il faut bien sûr l'encourager, le maintenir et le pérenniser. Mais il est aussi évident que si nous n'augmentons pas les effectifs de sapeurs-pompiers professionnels sur certains territoires pour travailler en complémentarité avec les sapeurs-pompiers volontaires, on va continuer à avoir des réponses opérationnelles dégradées. Tous les jours, on a des engins qui partent et qui ne sont pas conformes. Ou bien, il manque des agents dedans. On bricole : on fait partir 1, 2, 3 centres de secours pour pouvoir armer un engin correctement. C'est valable aussi sur les ambulances : des fois on fait partir une ambulance à deux, et puis il y en a un autre qui part d'un autre centre de secours pour venir compléter l'équipage. Et tout ça, ça fait des années que ça dure. Et plus on avance avec le temps… Et d'ailleurs, depuis le Covid ça s'est accentué", a déplore le vice-président et porte-parole de l’UNSA SDIS à l'antenne de Sud Radio.
"Ceux qui sont dans les Landes sont encore en train de bouffer des saloperies"
Le ministère met en avant un projet de loi de modernisation de la sécurité civile attendu début septembre ainsi qu’un volet du projet de loi de finances pour 2027 consacré à l’évolution des ressources des SDIS. Des annonces jugées insuffisantes par les syndicats, pour qui la question financière conditionne toutes les autres.
"On demande au ministre des moyens financiers, que la réforme du financement des SDIS soit une priorité absolue. C'est le premier point pour pouvoir répondre à l'ensemble des autres. Parce que sans finances, on ne créera pas des postes de sapeurs-pompiers et de personnel administratif et technique, et donc on ne pourra pas avoir les embauches nécessaires", a fait savoir Anthony Chauveau au micro de Sud Radio.
"Sans finances, on ne pourra pas investir dans des moyens sur la protection de la santé et de la sécurité des intervenants. Là, par exemple, ceux qui sont dans les Landes sont encore en train de bouffer des saloperies, des particules issues des fumées de combustion, qui sont cancérogènes. Aujourd'hui, on n'a pas de protection respiratoire dédiée sur les feux d'espaces naturels et de forêts, ce qui est un peu différent sur les feux de structure, puisqu'on a nos appareils respiratoires isolants. Mais ils ne sont pas adaptés pour ces interventions-là parce que, mine de rien, c'est lourd - c'est au moins 15 kg sur le dos en plus. Sur les interventions qu'on a à faire en espaces naturels, c'est pas adapté", a poursuivi le porte-parole de l’UNSA SDIS à l'antenne de Sud Radio.
"On a un minima de cagoules qui sont aujourd'hui homologuées"
Cette question des équipements prend une acuité particulière avec la multiplication des feux de végétation et l’exposition répétée des intervenants aux fumées. Anthony Chauveau pointe notamment le coût des protections susceptibles de réduire cette exposition : "On a un minima de cagoules qui sont aujourd'hui homologuées, mais qui coûtent six fois plus cher que celles qu'on a actuellement en dotation. On est sur des cagoules en coton qui ne filtrent rien, qui coûte 10 euros. Le modèle filtrant, c'est 60 euros. Et encore, la cagoule ne répond pas précisément à l'object qu'on recherche, mais ce serait déjà un début de réponse. Parce qu'on a d'autres propositions à faire, telles que des masques ventilés portatifs, comme en ont par exemple les soudeurs. Ce serait adapté à nos missions".
Faute d’avancées jugées suffisantes, l’intersyndicale entend désormais porter la contestation dans la rue. Une "manifestation statique" est annoncée place de la République à Paris les 26, 27 et 28 septembre 2026, avant la journée de mobilisation du 29 septembre 2026. Baptisé "colonnes de la révolte", le rassemblement doit réunir sapeurs-pompiers et personnels administratifs et techniques venus de différents territoires.
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