Budget adopté par le recours à l’article 49.3 de la Constitution, compromis politiques, fiscalité des entreprises, crise du logement et réforme du logement social. Au micro de Sud Radio, Vincent Jeanbrun a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Fin du logement social à vie : "Je proposerai que tous les trois ans il y ait une discussion entre le bailleur et son locataire"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Vous dites que le logement social à vie est dépassé. Pourquoi estimez-vous que ce modèle n’est plus adapté aujourd’hui ?
Vincent Jeanbrun : “Parce que la situation du logement a profondément changé. Il y a aujourd’hui des millions de Français qui attendent un logement social, et en même temps des situations qui ne sont plus en adéquation avec les revenus, la taille des logements ou parfois le comportement. Il faut moderniser notre approche et être plus juste dans l’attribution.”
Concrètement, qu’est-ce que vous voulez mettre en place ?
“Je proposerai que tous les trois ans, il y ait une discussion entre le bailleur et son locataire. L’objectif est simple : vérifier si le revenu correspond toujours, si le logement est toujours adapté à la composition familiale et si les règles de vie collective sont respectées.”
🔴 Fin du logement social à vie
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Est-ce une remise en cause du principe de solidarité du logement social ?
“Non, au contraire. Le logement social est une solidarité nationale, et justement, pour qu’elle reste acceptée et efficace, elle doit être bien gérée. Il y a des familles qui dorment à la rue et qui mériteraient ce logement. Il faut donc mieux organiser les parcours résidentiels.”
Cela implique-t-il davantage de contrôles, y compris sur les bailleurs ?
“Oui, des deux côtés. J’ai vu sur le terrain des situations d’insalubrité inacceptables. Le locataire doit être protégé, mais le bailleur doit aussi pouvoir agir quand il y a des troubles graves de jouissance.”
"Si le budget est adopté, il existera un statut pour le bailleur privé"
Pendant longtemps, le logement a été la grande oubliée des politiques publiques. Est-ce que le gouvernement en a fait une priorité ?
“Oui, clairement. Le gouvernement est pleinement mobilisé, car sans logement, il n’y a pas de société. On ne vit pas dans un plan d’épargne, on vit dans un logement, on y fonde une famille et un projet de vie.”
Vous annoncez la création d’un statut du bailleur privé. De quoi s’agit-il exactement ?
“Si le budget est adopté, il existera un statut du bailleur privé. Cela permettra aux Français qui investissent dans la pierre de bénéficier d’avantages fiscaux importants, parce qu’ils participent à l’intérêt général en mettant des logements sur le marché.”
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Pourquoi ce statut est-il essentiel selon vous ?
“Un quart des familles françaises vivent dans des logements loués par de petits bailleurs privés, souvent des particuliers avec un ou deux biens. C’est une pièce essentielle du parcours résidentiel, et il fallait enfin le reconnaître et le soutenir.”
Est-ce une rupture avec les dispositifs précédents comme le Pinel ?
“Oui, c’est une approche beaucoup plus structurelle. L’objectif n’est pas un dispositif ponctuel, mais un cadre durable pour relancer l’investissement locatif privé.”
"Il faut pouvoir expulser les délinquants des logements sociaux"
Vous souhaitez aller plus loin que la loi narcotrafic sur l’expulsion des délinquants. Pourquoi ?
“Parce qu’il y a aujourd’hui une incohérence. Pour certains délits, l’expulsion est possible, mais pas pour d’autres faits graves. C’est incompréhensible pour les habitants et pour les victimes.”
Que proposez-vous exactement ?
“Je suis pour que tous les faits graves et tous les crimes graves puissent être pris en compte. On ne peut pas bénéficier de la solidarité nationale quand on ne respecte pas les lois et les règles de la République.”
C’est un projet législatif que vous porterez personnellement ?
“Oui. Le logement social doit bénéficier en priorité aux honnêtes gens. C’est une question de justice et de protection des habitants.”
Souhaitez-vous en finir avec l’encadrement des loyers dans les grandes villes ?
“Je fais confiance aux élus locaux. Les maires doivent disposer d’une boîte à outils et décider en fonction des réalités locales. Il faut être pragmatique et tenir compte des spécificités de chaque territoire.”
"Non ce n’est pas Olivier Faure qui a dicté le budget"
Le recours au 49.3 pour l'adoption du budget a laissé de l’amertume. Tout ça pour ça, finalement ?
“Il y a de l’amertume parce que le pari du dialogue et du compromis a été tenté. Sur le budget de la Sécurité sociale, cela a fonctionné. Sur le budget général, certaines forces politiques ont cherché à bloquer ou à saboter, ce qui a rendu ce recours nécessaire.”
Vous contestez l’idée selon laquelle Olivier Faure aurait dicté l’agenda budgétaire ?
“Oui, totalement. Il n’y a ni taxe Zucman, ni retour de l’impôt de solidarité sur la fortune. Olivier Faure n’a pas obtenu ce qu’il demandait. Dire qu’il a dicté le budget est factuellement faux.”
La gauche a tout de même obtenu certaines concessions…
“Oui, comme la suspension de la réforme des retraites. Mais cela s’appelle un compromis. Personne n’a gagné toute la copie, et c’est précisément ce qui caractérise ce budget.”
Sur le plan budgétaire, quel est selon vous le résultat principal ?
“Le résultat principal, c’est la réduction du déficit. On passe de 5,5 % à 5 %. L’effort d’économies et de désendettement est réel, même si le budget reste imparfait.”
Bruno Retailleau estime que ce budget reprend tous les ingrédients socialistes qui ont conduit au déclin de la France. Que lui répondez-vous ?
“C’est la différence entre être à la tête d’un parti et être à la manœuvre au gouvernement. Bruno Retailleau est dans une logique partisane, clivante, il prépare une échéance présidentielle. Moi, je suis au gouvernement pour agir. Pour sortir le pays de ses crises, notamment celle du logement, il faut un budget. Et parfois, un budget de compromis vaut mieux que pas de budget du tout.”
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