Défaite de Rachida Dati à Paris après la fusion au second tour des municipales, devoir collectif, valeurs, extrémisme politique, Édouard Philippe, présidentielle de 2027. Au micro de Sud Radio, Pierre-Yves Bournazel a répondu aux questions de Maxime Lledo.
"Après une défaite, il faut un peu de décence. Je laisse Rachida Dati à sa rancoeur"
Maxime Lledo pour Sud Radio : Rachida Dati vous a qualifié de traître, parlant de trahison et de basse manœuvre. Que lui répondez-vous ?
Pierre-Yves Bournazel : “Pas du tout. Après une défaite, il faut un peu de décence, un peu de recul sur l’événement, et je laisse Rachida Dati à sa rancoeur. J’ai fait mon devoir en consultant mes colistiers, qui souhaitaient majoritairement une fusion.”
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Vous dites avoir fait votre devoir. Qu’entendez-vous exactement par là ?
“J’ai consulté mes têtes de liste d’arrondissement, mes colistiers et les partis qui me soutenaient. Ils ont souhaité cette fusion et j’ai donc organisé ce rassemblement pour donner une chance à l’alternance. En politique, peu de gens font leur devoir, moi je l’ai fait.”
Pourquoi avoir accepté la fusion avec Rachida Dati alors que vous aviez assuré pendant la campagne ne vous rallier à personne ?
“Parce qu’une municipale n’est pas une aventure solitaire. Ce n’est pas un homme seul face à son destin, c’est une équipe et un collectif. J’ai écouté la majorité de ceux qui m’accompagnaient et j’ai pris mes responsabilités.”
Beaucoup de Parisiens ont pourtant eu le sentiment de ne pas comprendre cette alliance, puis votre retrait personnel. Que s’est-il passé ?
“Je ne me suis pas désisté dans un taxi. Ma décision personnelle était prise depuis longtemps, car je voulais rester cohérent avec les engagements pris devant les Parisiens. J’ai organisé la fusion pour le collectif, sans me servir au passage.”
Pourquoi avoir refusé d’être numéro 2 sur la liste fusionnée ?
“Parce que je voulais être clair vis-à-vis de mes engagements et cohérent avec mes valeurs. On ne peut pas forcer quelqu’un à accepter une place sur une liste. J’ai voulu garder ma liberté personnelle, ma liberté de ton et mon indépendance d’esprit.”
"Rachida Dati est trop clivante, trop souvent agressive"
Vous estimez aujourd’hui que Rachida Dati porte une part importante de responsabilité dans sa propre défaite ?
“Elle avait pourtant la meilleure configuration possible au second tour. Elle était seule face à deux candidatures de gauche dans une triangulaire et elle bénéficiait du soutien de tout l’appareil d’État. À un moment, il faut savoir tirer les leçons d’un échec.”
Avez-vous compris, avec le recul, pourquoi elle a perdu ?
“Oui, je pense qu’elle est trop clivante, trop souvent agressive. Pour rassembler à Paris, il faut parler à des électeurs qui ne sont pas toujours d’accord avec vous. C’est cette capacité de rassemblement qui a manqué.”
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Vous évoquez souvent les valeurs. Quelles différences fondamentales vous séparent d’elle ?
“Nous n’avons pas la même façon de faire de la politique. Cela concerne le rapport à la démocratie, la manière d’organiser le débat public et la façon de s’adresser aux citoyens. Une démarche trop agressive n’est pas ma conception de la vie politique.”
Malgré cela, vous avez tout de même organisé cette fusion. N’y a-t-il pas une contradiction ?
“Non, parce que j’ai distingué le devoir collectif de mon choix personnel. J’ai permis le rassemblement pour offrir une chance à l’alternance, mais je n’ai pas voulu me servir de cette fusion pour conserver une position. C’est précisément cette clarté qui me paraît importante.”
Au fond, était-il possible pour vous de voter pour Rachida Dati ?
“Le vote est secret et je respecte cette règle. Ce que je peux dire, c’est que j’ai accompli mon devoir jusqu’au bout. Je ne me place ni dans la vengeance ni dans le ressentiment.”
Comment vivez-vous les attaques très personnelles de Rachida Dati depuis l’élection ?
“Je ne me mets pas sur le plan personnel. J’ai aimé servir Paris pendant 18 ans et je respecte profondément les Parisiens. Une page se tourne, mais je reste en accord avec ma conscience et avec mes valeurs.”
"Quand Laurent Wauquiez propose une primaire de Darmanin à Knafo ça ne va pas. Reconquête est un parti d’extrême droite"
Vous faites de la lutte contre l’extrémisme un combat central. Qu’appelez-vous exactement l’extrémisme politique ?
“L’extrémisme, c’est ce qui fracture la société et abîme le débat public. Il existe à l’extrême gauche comme à l’extrême droite, avec La France insoumise, le Rassemblement national ou encore Reconquête. Je combats le populisme et l’illibéralisme, c’est-à-dire une pratique du pouvoir qui affaiblit les libertés et les contre-pouvoirs.”
Vous avez cité La France insoumise. Pourquoi la mettez-vous dans cette catégorie ?
“Parce que lorsque Jean-Luc Mélenchon tient des propos antisémites, cela doit être clairement dénoncé. Et quand Olivier Faure condamne ces propos puis conclut ensuite des alliances municipales avec LFI, je considère que ce sont des accords de la honte. Il faut un cordon sanitaire face à l’extrémisme, quel qu’il soit.”
Le communisme relève-t-il aussi, selon vous, de cet extrémisme ?
“Oui, le communisme se situe plutôt du côté de l’extrême gauche. Cela relève d’une gauche plus radicale. Je crois qu’il faut être clair sur les valeurs et cohérent sur les alliances.”
Vous mettez aussi en cause la droite sur ce sujet. La trouvez-vous trop ambiguë ?
“Il y a eu des ambiguïtés, oui. Quand Laurent Wauquiez propose une primaire allant du centre jusqu’à Sarah Knafo, cela ne va pas. Reconquête est un parti d’extrême droite et je ne fais pas une primaire avec l’extrême droite.”
Peut-on malgré tout débattre avec ces forces politiques ?
“Bien sûr, on peut et on doit débattre des idées. Je suis prêt à débattre avec n’importe qui sur le fond. Mais débattre ne veut pas dire effacer les frontières de valeurs ni banaliser des alliances.”
Bruno Retailleau vous paraît-il avoir clarifié sa position sur un éventuel rapprochement avec l’extrême droite ?
“S’il clarifie les choses, tant mieux. Cela voudra dire que ce combat de clarté porte ses fruits. Mais il y a eu des ambiguïtés qui justifiaient une mise au point nette.”
“Edouard Philippe est un homme d’État et il a la capacité de rassembler”
Faut-il, selon vous, une primaire pour désigner un candidat en vue de 2027 ?
“Je ne le crois pas. Une primaire pousse souvent davantage aux affrontements personnels qu’au débat de fond. L’élection présidentielle doit être la rencontre d’un projet, d’une femme ou d’un homme, avec le peuple français.”
Comment départager alors les candidatures ?
“Il faut que les responsables politiques se parlent et se respectent. Il faut surtout aller sur le terrain, écouter les Français et porter une vision solide pour le pays. C’est sur la crédibilité, l’expérience et la capacité de rassemblement que les choses se jouent.”
Pourquoi considérez-vous qu’Édouard Philippe est le mieux placé ?
“Édouard Philippe est un homme d’État et il a la capacité de rassembler. Il est solide sur les valeurs, il a l’expérience et il porte une vision d’avenir. Je pense qu’il peut faire la démonstration de sa capacité à unir largement.”
Ce rassemblement peut-il aller au-delà du seul bloc central ?
“Oui, à condition qu’il repose sur des valeurs républicaines claires. Des femmes et des hommes de la gauche républicaine social-démocrate, de la droite républicaine, de la droite libérale et du centre peuvent converger. La condition, c’est le refus net de l’extrémisme politique.”
L’étiquette macroniste n’est-elle pas devenue un handicap pour la suite ?
“Non, parce qu’une page politique est en train de se tourner. Emmanuel Macron achève son dernier mandat et le débat qui vient ouvre une nouvelle histoire. Il faut désormais parler des années 2030, de sécurité, de pouvoir d’achat, d’école, de mérite et de travail.”
Édouard Philippe doit-il annoncer rapidement sa candidature ?
“Il est juge de son calendrier. À Horizons, cela travaille et cela prépare la suite sérieusement. Il faut le laisser aller à la rencontre des Français et choisir lui-même le bon moment.”
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