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Philippe Tabarot : "Nous allons multiplier par 5 les bornes de recharges électriques d’ici 2035"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Stellantis, carburants, ZFE : Philippe Tabarot, ministre des Transports, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Philippe Tabarot
Philippe Tabarot, interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 17 avril 2026, dans “L’invité politique”.

Transition du site Stellantis de Poissy, avenir de la filière automobile française, bornes électriques sur le réseau structurant, aides aux transporteurs routiers, sécurité dans les transports, loi-cadre ferroviaire et situation des ministres issus de LR. Au micro de Sud Radio, Philippe Tabarot a répondu aux questions de Maxime Lledo.   

"La filière automobile a de l’avenir en France"

Maxime Lledo pour Sud Radio : Le site Stellantis de Poissy va connaître une transformation importante. Comment avez-vous réagi à cette annonce ?

Philippe Tabarot : “C’est jamais une bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle sur ce site historique de Poissy, c’est que certaines personnes vont partir à la retraite de manière anticipée. La bonne nouvelle, c’est que plus de 100 millions d’euros vont être investis de nouveau dans le site. Ce n’est pas une fermeture, c’est une transformation.”

Vous insistez donc sur l’idée d’une mutation industrielle plus que sur une disparition du site ?
“Oui. Il y a des emplois qui se créent dans certaines filières et d’autres qui sont en pleine mutation. L’objectif principal, c’est de laisser le moins de personnes possible au bord du chemin. Il faut accompagner cette évolution au plus près.”

Quand la direction affirme qu’il n’y aura pas de départ contraint, vous êtes confiant ?
“Avec mon collègue de l’Industrie, nous sommes particulièrement vigilants. L’idée, c’est de permettre aux salariés de retrouver une utilité dans le secteur. On voit que la mutation va plutôt vers les pièces détachées que vers l’assemblage. Les missions changent, mais elles restent au service de l’industrie automobile.”

Cette transformation n’est-elle pas contradictoire avec le discours sur la réindustrialisation et l’électrification ?
“La mutation liée à l’électrification est permanente. Le tout, c’est d’avoir une politique publique cohérente sur le moyen et le long terme. Il faut donner de la lisibilité aux industriels. C’est à cette condition qu’ils peuvent s’organiser.”

La France peut-elle encore construire des voitures et garder une industrie automobile forte ?
“Oui, la filière automobile a de l’avenir en France. Le développement du véhicule électrique implique de nouveaux sites et de nouvelles productions, notamment autour des gigabatteries. C’est une mutation parfois difficile pour des emplois historiques. Mais il y a bien un avenir dans ce secteur.”

Recharges électriques : "Il y a un trou dans la raquette sur le réseau structurant"

Le gouvernement veut accélérer sur la voiture électrique. Que répondez-vous à ceux qui jugent ce modèle encore trop cher ou mal adapté à tous les usages ?
“Il y a deux leviers. D’abord l’aide à l’acquisition, car un véhicule électrique coûte encore plus cher qu’un véhicule thermique. Le leasing social fonctionne bien pour les ménages modestes. Il y a aussi une aide de plus de 8.000 euros pour les gros rouleurs.”

Au-delà du prix d’achat, la vraie inquiétude concerne l’usage et les bornes électriques.
“Oui, c’est là qu’on doit agir. L’usage d’une voiture électrique est trois fois moins coûteux qu’un véhicule thermique. Mais il faut réussir la question de l’approvisionnement, donc des recharges. Sur les courtes distances, cela fonctionne plutôt bien.”

Où se situe alors le principal retard ?
“Il y a un trou dans la raquette sur le réseau structurant. C’est de la responsabilité de l’État sur les routes nationales et les autoroutes. Aujourd’hui, on compte environ 4.500 recharges sur ce réseau. L’objectif est de monter à 22.000 d’ici 2035.”

Vous parlez donc d’un changement d’échelle massif pour les bornes électriques.
“Oui, il faut multiplier par 5. C’est un vrai frein aujourd’hui, à la fois pour l’acquisition et pour l’usage. Quand il n’y a pas de borne à proximité, c’est un stress. Il faut plus de disponibilité et des recharges rapides.”

Cette stratégie concerne aussi les professionnels ?
“Bien sûr. Je n’oublie pas les artisans et les commerçants, notamment avec les véhicules utilitaires légers, les VUL, qui représentent 10 % du marché. On doit les aider à faire cette transition. Et pour les poids lourds, l’électrique est encore presque inexistant.”

Carburants : "J’ai signé un décret pour que les aides aux transporteurs routiers soient durables et renouvelables"

Face à la hausse du prix des carburants, où en sont les aides pour les transporteurs routiers ?
“Nous avons échangé pratiquement chaque jour avec le secteur. Le transport de marchandises se fait encore à 90% par la route dans notre pays. Nous avons trouvé un plan ciblé sur les petites entreprises, les moyennes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire. Ce plan a satisfait tout le monde.”

Toutes les modalités sont désormais arrêtées ?
“Oui. Il restait quelques divergences sur les modalités, elles sont aujourd’hui réglées. J’ai signé un décret pour que ces aides soient utilisables dès le début de la semaine prochaine. Elles pourront être durables et renouvelables si la crise continue.”

Une reconduction est donc possible dès le mois prochain ?
“Bien sûr. L’idée, c’est de les aider à sortir de cette difficulté. Il y a aussi un soutien indirect à la trésorerie, avec des reports d’échéances fiscales et sociales. On est à leurs côtés.”

Le blocage des marges des distributeurs fait-il partie des pistes encore étudiées ?
“Mes collègues travaillent sur ce sujet. Je n’ai pas les dernières informations et c’est à eux de s’exprimer. Moi, je reste dans mon couloir. Mon rôle, c’est d’aider les transporteurs routiers et d’électrifier nos pratiques.”

Sécurité dans les transports : "Si le test des tasers fonctionne, on tentera de le généraliser"

Vous avez annoncé l’expérimentation de pistolets à impulsion électrique pour certains agents de la SNCF et de la RATP. Où en est-on ?
“J’ai porté cette loi sur la sûreté dans les transports comme sénateur puis comme ministre. Il a fallu faire voter la loi, puis obtenir les décrets d’application. Ils ont été obtenus sur plusieurs volets, dont les pistolets à impulsion électrique. Cela permet maintenant de lancer l’expérimentation.”

Comment va se dérouler cette expérimentation ?
“Elle concernera environ 10 à 15% des effectifs formés spécifiquement. Cela va se faire dans les jours qui viennent. Je me rendrai sur le terrain, à Paris comme en province, notamment à Austerlitz ou à Lyon-Part-Dieu. L’expérimentation doit démarrer avant la fin du mois.”

L’objectif est-il une généralisation rapide ?
“Si cela fonctionne bien, on tentera de le généraliser après la période de test. Cette phase est indispensable pour que cela entre durablement dans le droit français. Toutes les mesures qui renforcent la sûreté doivent être regardées sérieusement. C’est une priorité.”

Pourquoi ce sujet vous paraît-il prioritaire ?
“Il y a 100 000 faits d’agression par an dans les transports. Cela touche principalement les femmes, mais aussi les adolescents avec des phénomènes de racket. Les agents sont compétents et il faut leur donner les moyens d’agir. Ce sont des héros du quotidien.”

"Les ministres issus de LR font le job et montrent que le parti est mieux dans l’action que dans le commentaire"

Votre autre grand chantier, c’est la loi-cadre ferroviaire. La France a-t-elle les moyens de répondre au désir de train des Français ?
“On va y arriver. Le texte a commencé sa vie parlementaire au Sénat et il y a eu un vrai consensus. Il faut trouver des financements pour les 10, 20 et 30 prochaines années. Investir dans les infrastructures est indispensable.”

Quelles sont vos priorités sur le rail ?
“La priorité, c’est la régénération et la modernisation. Il y a 4 000 kilomètres de voies ferrées qui menacent de fermer dans notre pays. Une dette grise s’est accumulée au fil des années. En parallèle, il faudra aussi financer de nouveaux projets.”

Dernière question politique : où en êtes-vous avec Les Républicains ?
“Je n’ai pas essayé de reprendre ma carte. J’ai cru comprendre que des collègues l’avaient fait et que cela s’était mal passé. Donc je vais attendre avant de retenter le coup. Je souhaite surtout que notre famille politique retrouve de l’apaisement.”

Et sur les ministres issus de LR au gouvernement ?
“Cela n’a pas beaucoup de sens de ne pas réintégrer des personnes qui travaillent pour le pays. Les ministres issus de LR font le job. Ils montrent que le parti est mieux dans l’action que dans le commentaire.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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