Prix à la pompe, risques de flambée des carburants, profits de Total, pouvoir d’achat, salaires des jeunes, retraites, plateformes chinoises, Made in France, inflation alimentaire et saison touristique. Au micro de Sud Radio, Serge Papin a répondu aux questions de Maxime Lledo.
"Je salue le travail de Total et Patrick Pouyanné qui est malin, il fait le job !"
Maxime Lledo pour Sud Radio : Patrick Pouyanné affirme que les profits de Total ne tombent pas du ciel et que la non-pénurie aura un prix. Les automobilistes doivent-ils craindre une nouvelle hausse du prix à la pompe ?
Serge Papin : “D’abord, je veux saluer le travail que fait Total, que fait monsieur Pouyanné. Nous avons la chance d’avoir une major qui est dans les trois premières mondiales et Total n’est pas seulement sur les énergies fossiles. L’entreprise est aussi sur les énergies alternatives, l’éolien, le photovoltaïque, et elle est en train de changer son image. Elle bloque les prix à 2,09 euros, et Patrick Pouyanné est malin parce qu’il joue sur la fête des mères et la fête des pères pour continuer.”
🗣️@SergePapin_rf : "Je salue le travail de Total et de @PPouyanne, qui change l'image de l'entreprise. Il est malin, il fait le job. En tant que ministre du pouvoir d'achat, j'apprécie" #GrandMatin
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Vous faites donc partie de ceux qui disent merci à Patrick Pouyanné ?
“Je trouve qu’il fait le job, parce qu’il est sur le marché mondial et ce qu’il fait, il le fait pour la France. Les résultats de Total sont des résultats mondiaux, mais là il fait un focus sur la France pour aider les citoyens et les automobilistes. Je ne vais pas non plus l’encenser, mais en tant que ministre du Pouvoir d’achat, j’apprécie. Sur le prix à la pompe, le geste de Total compte pour les Français.”
"Nous avons la capacité d’endurer la crise des carburants sur la durée"
Le gouvernement rassure sur l’absence de pénurie de carburant, mais la non-pénurie aura-t-elle forcément un prix dans les prochaines semaines ?
“Nous allons être sur un scénario qui est plutôt celui d’une crise dans la durée. C’est une crise énergétique qu’il va falloir endurer, mais nous avons la capacité d’endurer. C’est une crise de prix, pas une crise de volume. Il faut peut-être s’attendre à un baril entre 90 et 100 euros, ce qui serait dans la continuité de ce que nous vivons aujourd’hui à la pompe.”
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Quelles aides sont prévues pour les Français les plus exposés au coût des carburants ?
“Le gouvernement soutient l’activité et le pouvoir d’achat. Il y a les primes grands rouleurs, la prime énergie distribuée à quatre millions de personnes, et nous avons donné plus de liberté aux entreprises. Elles peuvent aider leurs salariés qui font 15 ou 20 kilomètres pour venir travailler, avec jusqu’à 600 euros défiscalisés. Je pense notamment aux aides-soignantes et aux aides à domicile, qui sont en première ligne.”
Votre inquiétude porte-t-elle surtout sur les carburants ou sur l’ensemble des produits liés au pétrole ?
“Mon inquiétude concerne aussi les produits dérivés du pétrole, comme le plastique ou les engrais. Mais la France est le seul pays en Europe à pouvoir vraiment sortir de cette dépendance, parce que nous avons de l’électricité décarbonée en quantité et en qualité. Nous pouvons lancer un plan d’électrification, et il est déjà en route. Nous avons réservé 15.000 véhicules électriques avec un leasing social autour de 50 euros par mois, car ces crises vont durer.”
Faut-il instaurer une surtaxe sur les profits de Total, comme certains le proposent ?
“Je ne suis pas favorable aux taxes. À partir du moment où Patrick Pouyanné renvoie directement son trop-plein de résultats vers l’automobiliste, je préfère que l’entreprise le fasse elle-même. Pourquoi l’État voudrait-il toujours prendre d’un côté pour redistribuer de l’autre ? Total fait son boulot de distributeur de carburant et soigne l’image de son entreprise, et je trouve que ce chef d’entreprise fait bien son job.”
"On pourrait supprimer la CSG sur les salaires des jeunes, et désindexer les retraites"
Les syndicats dénoncent une France des bas salaires. Comment améliorer concrètement le pouvoir d’achat ?
“Je suis assez d’accord pour dire qu’il faudrait augmenter les salaires, et en particulier les salaires des jeunes. Votre génération connaît une double peine : elle est dans un contexte difficile et elle doit aussi payer les retraites d’une génération de retraités de plus en plus nombreuse. Ma génération a eu plus de chance, avec les Trente Glorieuses. Il faut donc réfléchir à une solidarité transgénérationnelle.”
Quelle forme pourrait prendre cette solidarité entre les retraités et les jeunes actifs ?
“Je pense qu’il faut augmenter le salaire net. On pourrait dire que pour les jeunes en activité, on enlève ou on baisse la contribution sociale généralisée, la CSG. En face, on pourrait garder la CSG pour certaines retraites et peut-être même désindexer les augmentations des retraites, en mettant de côté les petites retraites. Ce serait une forme de vase communicant pour augmenter directement le salaire net des jeunes.”
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À partir de quel niveau une retraite peut-elle être considérée comme élevée ?
“Je ne vais pas faire un groupe de travail ce matin, mais il y a des retraites qui sont au-delà de 3.000 euros par mois, par exemple. Ce que me disent des retraités, c’est qu’ils pourraient entendre ce discours, à condition que cela se traduise tout de suite par une augmentation de salaire pour les jeunes. Ils ne veulent pas que cet effort aille nourrir d’autres sujets. Il faut que le lien soit clair, direct et immédiatement visible.”
Faut-il aussi remettre sur la table la prime Macron défiscalisée ?
“Cela relève du partage de la valeur. Je crois qu’il faut pousser les feux de l’intéressement, de la participation et de l’actionnariat salarié. Cela faisait partie de mes engagements lorsque j’ai rejoint le Premier ministre Sébastien Lecornu. Le pouvoir d’achat ne passe pas seulement par les aides, il passe aussi par une meilleure association des salariés aux résultats de l’entreprise.”
"Le Made in France accessible, c’est possible !"
Amazon, Leboncoin et Temu figurent parmi les plateformes préférées des Français. Comment les encourager à acheter davantage français ?
“Il faut une stratégie défensive et offensive. Défensive, parce qu’il faut se battre contre les plateformes chinoises qui vendent des produits illicites, dangereux, ou qui ne respectent pas nos normes. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a prélevé 700 produits : 70% ne respectaient pas nos normes et 45% étaient même dangereux. C’est bien que l’Europe agisse enfin, et nous musclons aussi le jeu au niveau de la France.”
Mais le Made in France peut-il vraiment être accessible pour les consommateurs ?
“Le Made in France accessible, c’est possible. Je visitais récemment Le Slip Français : ils font des jeans, des t-shirts, ils travaillent à Aubervilliers, ils font travailler des personnes de différentes nationalités et leur apprennent le français. Ils vont sur le partage de la valeur, ils veulent investir, et il y a beaucoup d’exemples comme celui-là. Grâce à la robotisation, à l’intelligence artificielle et à la baisse de certains coûts de production, les PME françaises ont de formidables opportunités.”
Faut-il continuer à croire à une relocalisation industrielle et commerciale ?
“Oui, il faut y croire à fond. Les Français ont envie d’acheter français, mais il faut que l’offre soit accessible et compétitive. Le sujet n’est pas seulement patriotique, il est aussi économique et social. Quand on parle de pouvoir d’achat sur Sud Radio, il faut aussi parler de souveraineté, d’emplois et de normes respectées.”
"Il n’y a pas de risque d’inflation alimentaire"
Concernant l’inflation alimentaire, faut-il craindre une nouvelle hausse dans les prochains mois ?
“Pour l’alimentaire, cela n’a pas bougé pour l’instant. Pour l’inflation générale, l’Institut national de la statistique et des études économiques, l’Insee, parle d’environ 2%. Sur l’inflation alimentaire, je ne vois pas de risque particulier aujourd’hui. Il y aura peut-être des ajustements à faire, et je reverrai les parties prenantes fin juin.”
Michel-Édouard Leclerc alerte pourtant sur une possible inflation plus élevée. Est-ce une inquiétude fondée ?
“Michel-Édouard Leclerc conjugue les paradoxes. D’un côté, il dit qu’il est discounter, qu’il se bat et que grâce à lui les prix ne vont pas bouger. De l’autre, il annonce une inflation de 4%. Les chiffres que j’ai aujourd’hui indiquent une inflation autour de 2,2%, et l’Insee ne prévoit pas une inflation alimentaire comparable à celle de 2022.”
Un rapport pointe des marges plus élevées sur les produits bio. Faut-il agir ?
“Il y a une péréquation des marges à revoir. Les produits transformés, très connus et issus du marketing, sont souvent l’objet de la guerre des prix, donc ils dégagent peu de marge. Il faut bien que cela soit compensé ailleurs, et cela peut tomber sur le bio, les fruits et légumes ou des produits moins connus. Je serais favorable à ce que les distributeurs diminuent les marges de ce côté-là, quitte à les augmenter un peu plus sur la pâte à tartiner ou le cola.”
Un mot sur les vacances et les emplois dans le tourisme cet été ?
“Profitez de la France, parce que c’est le plus beau pays du monde. Dans le tourisme, il nous manque 61.000 emplois dès maintenant pour la saison. Dans les trois ans qui viennent, le tourisme en France représentera 350.000 emplois à pourvoir. Nous sommes le premier pays le plus fréquenté au monde, donc il faut se bouger et travailler cet été.”
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