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Arthur Delaporte (PS) : "Glucksmann pourrait venir" à la primaire ouverte

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Loi d'urgence agricole, réseaux sociaux, primaire socialiste : Arthur Delaporte, député du Calvados et porte-parole du groupe socialiste, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

Arthur Delaporte, interviewé par Benjamin Glaise sur Sud Radio, le 20 juillet 2026, dans “L’invité politique”.


Loi d'urgence agricole : "Je voterai contre sans hésitation". Au micro de Sud Radio, Arthur Delaporte a répondu aux questions de Benjamin Glaise.

Loi d'urgence agricole : c'est "la loi Duplomb puissance dix"

Benjamin Glaise : D’abord, le projet de loi d’urgence agricole. Le vote solennel a lieu ce soir à l’Assemblée nationale, demain au Sénat. Vous voterez contre ce texte sans hésitation ?

Arthur Delaporte : "Je voterai contre sans hésitation. Il y a un an, quasiment jour pour jour, on était en plein milieu du scandale de la loi Duplomb. Je ne sais pas si vous vous souvenez de la pétition qui a recueilli le plus d’avis de l’histoire de l’Assemblée nationale. Une loi qui allait réintroduire l’acétamipride. Qu’est-ce qu’on vote aujourd’hui ? La loi Duplomb puissance dix."

Benjamin Glaise : Un pesticide tout de même très encadré, soumis à l’avis de l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire.

Arthur Delaporte : "Non, mais ça, vous pouvez relayer les arguments de la FNSEA. Je vais vous dire très simplement ce qu’on dit dans le texte. On dit, d’une part, qu’on va le réintroduire après un avis simple. Cela veut dire que ce n’est pas un avis contraignant. Si l’ANSES dit : « Je n’en veux pas », on peut quand même réintroduire un pesticide interdit."

"Et puis, on va donner un délai de deux mois, deux mois à l’ANSES, pour faire ce travail. Mais enfin, franchement, soyons sérieux. Il suffit juste de se pencher sur n’importe quel rapport d’expert pour qu’on nous dise que ce pesticide est dangereux, qu’il a des effets sur le cerveau des enfants et qu’il a des conséquences graves sur la vie des gens. Est-ce qu’on a besoin d’un rapport scientifique de plus ? La réponse est non."

Benjamin Glaise : Tout n’est pas encore joué. Une réunion est prévue aujourd’hui à Matignon pour statuer justement sur la présence ou non de ces néonicotinoïdes. Sébastien Lecornu peut encore décider de déposer un amendement pour que cette autorisation ne soit pas prévue dans le texte final.

Arthur Delaporte : "Alors, le gouvernement va-t-il venir mettre à mal les accords entre la droite et l’extrême droite ? À voir. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’au-delà de cette loi Duplomb puissance dix, on a aussi d’autres sujets d’inquiétude dans cette loi. Je pense, par exemple, à la question de l’eau. Aujourd’hui, on est dans une période caniculaire, comme on va en connaître des dizaines et des centaines dans les années à venir. On a déjà des alertes sur les tensions sur l’eau, des alertes sécheresse un peu partout en France. Et qu’est-ce qu’on fait dans cette loi ? On va doubler l’utilisation de l’eau à usage agricole, sans aucune considération pour l’eau destinée à l’alimentation humaine."

"On en est au début" d'une guerre de l'eau

Benjamin Glaise : Mais les agriculteurs ont besoin d’eau pour produire. Qu’est-ce que vous proposez concrètement pour qu’ils puissent y avoir accès ?

Arthur Delaporte :" Je dis, bien sûr, que les agriculteurs ont besoin d’eau. Mais, d’une part, réfléchissons à une utilisation plus raisonnée de la ressource, notamment pour avoir des cultures qui sont moins consommatrices."

"Aujourd’hui, en fait, on préfère donner de l’eau pour faire du maïs destiné à alimenter le bétail, par exemple. Il y a donc tout un enjeu de transformation du modèle agricole."

"Deuxièmement, aujourd’hui, on est en train de déréguler l’implantation des mégabassines. On est en train de faire en sorte, finalement, d’appauvrir les nappes phréatiques, ce qui aura évidemment des conséquences sur notre capacité à avoir de l’eau potable demain."

Benjamin Glaise : Vous ne voulez donc pas augmenter l’accès à l’eau pour les agriculteurs ?

Arthur Delaporte : "Soyons concrets. Il est question de faire en sorte que l’on ait une utilisation raisonnée et intelligente de la ressource en eau. Évidemment qu’il y a des cultures qui peuvent nécessiter de l’irrigation, mais d’abord les cultures destinées à l’alimentation humaine et d’abord dans des zones où c’est possible."

"Aujourd’hui, on est dans l’hérésie. On a des zones qui sont déjà en tension hydrique, dans lesquelles on va continuer à prélever toujours plus pour l’usage agricole et toujours moins pour les populations. Moi, j’en ai assez de cette concurrence. Je pense qu’on peut avoir une utilisation raisonnée de l’eau pour l’agriculture et une utilisation de l’eau pour les populations humaines, avec une forme de conciliation dans l’utilisation de l’eau."

Cette loi "fait tout pour le lobby de l’hyperproduction agricole"

Benjamin Glaise : Est-ce le début d’une guerre de l’eau ?

Arthur Delaporte : "On en est au début, bien sûr. On est au début d’une situation dans laquelle il y a des conflits croissants sur l’utilisation de l’eau. Et cette loi, qu’est-ce qu’elle fait ? Elle fait tout pour le lobby de l’hyperproduction agricole. Vous savez, aujourd’hui, vous avez des agriculteurs qui sont contre cette loi. Je les soutiens parce qu’ils nous disent une chose simple : « Cette loi répond aux lobbys, mais elle ne répond pas à mes problématiques. » Quelles sont ces problématiques ? Celles du revenu, notamment. « Aujourd’hui, je n’arrive plus à gagner assez. Comment est-ce que vous faites pour m’aider ? » Eh bien, cette loi ne répond pas à cette question."

Benjamin Glaise : Pour la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, faire échouer ce texte par idéologie, je cite, « calcul ou peur », achèverait de désespérer les agriculteurs. Vous lui dites quoi ? Vous lui répondez quoi, à la ministre ?

Arthur Delaporte :" Je lui dis : « Chère Annie, restons sereins, restons calmes. » On ne peut pas aller dans ce type d’anathèmes parce que cela détruit le débat public. Aujourd’hui, nous avons une vision qui défend l’agriculture, mais une agriculture durable, une agriculture qui protège la santé humaine."

"Qu’elle demande aux Françaises et aux Français ce qu’ils pensent. Est-ce qu’ils pensent que l’on doit utiliser des pesticides qui sont dangereux et interdits ? La réponse est non. Quand je demande aux Françaises et aux Français, ils me disent non. Moi, je suis représentant des Françaises et des Français. Je ne suis pas le représentant de je ne sais quel lobby agro-industriel ou de quelques agriculteurs qui ont besoin de toujours plus, pour finalement retirer aux autres agriculteurs les ressources dont ils ont besoin."

"Aujourd’hui, on va pomper pour de la méga-utilisation. On va multiplier les élevages intensifs. Cela n’est pas possible. Ce type de propos démagogiques, qui sont hors sol, qui sont à rebours des enjeux du siècle qui vient, n’est pas acceptable. Il faut une transition agroécologique orientée vers la protection du revenu des agriculteurs, c’est-à-dire l’inverse de ce que fait madame Genevard."

Benjamin Glaise : Si ce texte est adopté, seriez-vous susceptible de voter une motion de censure contre le gouvernement ?

Arthur Delaporte : "Déjà, j’ai voté une motion de censure il y a deux semaines sur la question climatique, parce que je considère que le gouvernement n’en fait pas assez."

Benjamin Glaise : Alors que le budget de l’écologie va augmenter. Vous l’avez vu dans le budget 2027. C’est un ministère qui obtient une hausse de ses crédits.

Arthur Delaporte : "C’est dérisoire : 1,5 milliard d’euros. C’est à peine plus que l’inflation. Et vous savez combien il faut pour rénover les écoles ? Il faut 40 milliards d’euros. Aujourd’hui, en fait, on va baisser, par rapport aux besoins, ce qu’il faudrait investir. Donc moi, je dis non. Je dis non à ce budget qui est injuste sur l’écologie et qui n’est pas à la hauteur."

"Je dis non à ce budget qui n’est pas non plus à la hauteur des enjeux de justice. Je pense, par exemple, au budget de la justice, qui n’augmente que de 400 millions d’euros. Quatre cents millions d’euros, alors que, par exemple, on va aborder dans quelques semaines la loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles. Il faudrait trois milliards d’euros pour pouvoir avoir assez de magistrats, assez de policiers. Et là, le gouvernement nous répond : « Circulez, il n’y a rien à voir. » Ce n’est pas à la hauteur."

Perpétuité pour les viols en série sur mineurs : "Aurore Bergé fait du populisme pénal"

Benjamin Glaise : La semaine dernière, vous vous êtes opposé à la perpétuité pour les viols en série sur mineurs. Pourquoi êtes-vous contre cette perpétuité et que répondez-vous à ceux qui vous accusent de laxisme ?

Arthur Delaporte : "Déjà, il faut dire une chose : de quoi est-ce qu’on parle ? On parle d’une loi sur la protection de l’enfance. Une loi qui n’est pas à la hauteur. Une loi qui ne met pas de moyens, qui ne fixe pas de taux d’encadrement des éducateurs par rapport au nombre d’enfants, par exemple dans les centres d’accueil. On a une loi qui est sans vision, sans moyens et sans objectif concret. Cela, c’est une chose."

"En ce qui concerne la perpétuité, dans cette loi, que décide de faire le gouvernement ? Que décide de faire Aurore Bergé, parce qu’il faut bien la citer ? Elle décide de faire du populisme pénal. On a un avis du Conseil d’État. Le Conseil d’État, ce sont ceux qui nous disent le droit, qui nous disent : « Attention, si vous revoyez l’échelle des peines, par exemple pour le viol, ce que nous souhaitons faire dans le cadre de la loi intégrale, il faut la revoir de façon globale. Il ne faut pas créer un risque d’inconstitutionnalité. »"

"Donc, ceux qui veulent faire passer l’amendement qui a été discuté l’autre jour veulent, par exemple, trente ans de perpétuité incompressible pour les violeurs en série. Moi, je dis : sur le principe, d’accord. Mais il faut savoir qu’aujourd’hui, trente ans, c’est déjà la peine prévue pour un viol avec meurtre."

"En fait, vous n’avez plus de gradation dans l’échelle des peines. Ce qui est important, et je le dis en dehors de cette espèce de déclaration à l’emporte-pièce d’Aurore Bergé, c’est de préserver, d’une part, l’échelle des peines et de sortir de cette espèce de populisme insupportable."

"Évidemment que moi, je suis pour éviter que des personnes qui ont violé des enfants en série se retrouvent dans la rue. Mais, d’une part, il n’y a rien sur la lutte contre la récidive, sur l’accompagnement des délinquants sexuels ou sur tous les processus de réparation. Et finalement, c’est aussi par là que cela commence. Donc franchement, cette perpétuité incompressible, à part faire de la communication au détriment de la réalité et proposer des mesures anticonstitutionnelles, je crois qu’il faudrait un peu de sérieux dans ce débat public. Il faudrait arrêter de dire que ceux qui s’opposent à ces mesures pour des raisons de droit sont des gens qui soutiennent les violeurs d’enfants. Parce que c’est ce que j’ai entendu, c’est ce que j’ai lu, et je crois que cela demande un peu de pondération."

Primaire socialiste : "Raphaël Glucksmann sait qu’il a besoin du Parti socialiste"

Benjamin Glaise : Concernant la présidentielle, qui participera finalement à la primaire interne du Parti socialiste ? François Hollande et Bernard Cazeneuve refusent d’y participer. Raphaël Glucksmann n’a pas confirmé sa participation. Vous regrettez d’ailleurs leur attitude. Est-ce que vous avez le sentiment que, d’une certaine manière, ils font passer leurs ambitions personnelles avant l’avenir du pays ?

Arthur Delaporte : "Évidemment que je regrette le bal des egos."

Benjamin Glaise : François Hollande, Bernard Cazeneuve, Raphaël Glucksmann : c’est le bal des egos, selon vous ?

Arthur Delaporte : "Je ne vais pas dire lesquels. Mais ce que je dis aujourd’hui, c’est qu’il y a ceux qui vont accepter de jouer le jeu d’un processus de départage collectif que nous avons adopté il y a une semaine au Parti socialiste. Ce processus consiste à dire que, si vous êtes adhérent du Parti socialiste ou de Place publique, vous pourrez désigner votre candidat. D’ailleurs, vous aurez quasiment jusqu’au jour du vote pour pouvoir adhérer à ces formations politiques, vous manifester et dire que vous souhaitez un tel ou une telle. Cela s’appelle la démocratie. Cela va même aider à créer une dynamique. Celles et ceux qui refuseront de jouer ce jeu-là se mettront tout simplement hors jeu."

Benjamin Glaise : Le seul candidat pour le moment à cette primaire interne, c’est qui ? C’est Olivier Faure ?

Arthur Delaporte : "Olivier Faure, à ma connaissance, n’a pas encore déclaré sa candidature. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faudra quelqu’un pour représenter la ligne politique que nous avons toujours défendue avec Olivier Faure. C’est-à-dire celle de la nécessité du rassemblement de la gauche démocratique, celle de la nécessité d’avoir une autre orientation politique que celle qui est portée par le gouvernement, notamment sur les questions écologiques et sur les questions de justice sociale."

Benjamin Glaise : Raphaël Glucksmann pourrait venir dans cette primaire. Il n’a pas le choix, d’une certaine manière ?

Arthur Delaporte : "Les discussions qui ont commencé ont été plutôt constructives. À un moment, Raphaël Glucksmann sait qu’il a besoin du Parti socialiste. Il l’a dit et répété. Il sait qu’il a besoin de s’inscrire dans un processus de rassemblement."

Benjamin Glaise : Il participera à cette primaire interne, selon vous ?

Arthur Delaporte :" J’ai bon espoir qu’il vienne participer, oui, à cette primaire, qui sera ouverte aux adhérents des organisations politiques de cet espace socialiste. Ils pourront ensuite créer la dynamique nécessaire pour être, je le dis, au second tour et surtout l’emporter face à Marine Le Pen."

Réseaux sociaux : "deux tiers des moins de 15 ans en Australie ont contourné l’interdiction en installant des VPN"

Benjamin Glaise : Vous êtes particulièrement investi sur la question des réseaux sociaux. Emmanuel Macron a promis de les interdire aux moins de 15 ans à la rentrée. Vous y croyez ? C’est possible ?

Arthur Delaporte : "Disons que le texte peut être voté, parce que je crois qu’il peut y avoir une majorité pour cela. Je crains néanmoins que, dans son application, on rencontre un certain nombre de problématiques. Vous avez la grande idée : protéger les mineurs. Finalement, tout le monde est d’accord là-dessus. Moi, j’étais président de la commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. Je peux vous dire que l’on a constaté les ravages que produisent ces applications en matière d’exposition à des contenus problématiques, etc."

"Il y a donc un constat partagé. En revanche, concernant la solution, il suffit de regarder ce qui se passe du côté australien, par exemple, pour se dire que le bilan est très mitigé. Quand on applique ce type de loi, avec une interdiction sèche, c’est-à-dire généralisée, sans dire qu’il y a des réseaux sociaux avec des fonctionnalités plus encadrées qui pourraient être autorisés, le risque, c’est le contournement. Deux tiers des moins de 15 ans en Australie ont contourné l’interdiction en installant des VPN, etc. Et moi, aujourd’hui, je ne veux pas envoyer les jeunes vers des espaces encore moins contrôlés, encore plus dangereux."

Benjamin Glaise : Cela veut dire, par exemple, que l’on interdit TikTok aux mineurs ?

Arthur Delaporte : "Moi, je suis, d’une certaine manière, pour l’interdiction des applications les plus dangereuses. TikTok en fait partie, parce que c’est le concentré de tout ce qui est problématique. Twitter, évidemment, est aussi finalement un espace de haine. Mais l’algorithme est un peu moins pernicieux et on est moins facilement exposé que sur TikTok, par exemple, à des contenus incitant à l’automutilation ou au suicide."

"Mais, pour revenir à notre sujet, l’interdiction est pour moi, d’une certaine manière, quasiment inapplicable, parce qu’on ne sait toujours pas comment contrôler l’âge de façon effective, alors que c’est prévu dans deux mois. Cela intervient alors même qu’un débat a lieu à l’échelle européenne, et alors même que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté les conclusions d’un groupe d’experts la semaine dernière. Elle dit qu’en 2027, on peut avoir une solution partagée à l’échelle du continent, avec une interdiction généralisée pour les moins de 13 ans et une interdiction, pour les moins de 15 ans, des fonctionnalités nocives."

Benjamin Glaise : Attendons que l’Europe agisse ?

Arthur Delaporte : "Je dis : est-ce qu’on préfère avoir une interdiction proportionnée, adaptée et effective dans un an, ou quelque chose de contre-productif en voulant agir dans la précipitation dans deux mois ? J’aurais tendance à dire : prenons un peu de temps pour bien encadrer les choses et les rendre applicables."

"Aujourd’hui, il n’y a aucun outil de veille centralisé sur les risques liés aux réseaux sociaux en France et sur ce qui y est dit"

Benjamin Glaise : Un mot très rapide à propos des réseaux sociaux. Au Sénat, un rapport sur la désinformation propose la création d’un observatoire indépendant pour lutter contre, je cite, les « ingérences intérieures » sur les réseaux sociaux. Cela fait polémique. Est-ce qu’il n’y a pas là un risque de censure, une menace pour la liberté d’expression en vue de 2027 ?

Arthur Delaporte : "Je vais dire deux choses. La première, c’est ce que dit le rapport. Il ne parle pas d’ingérence intérieure. C’est une expression du président qui a dit cela. En revanche, le rapport propose effectivement de lancer un observatoire d’analyse des réseaux sociaux. C’est une proposition que j’ai faite au Premier ministre il y a six mois dans un rapport que j’ai remis sur les risques entre influence et réseaux sociaux."

"En fait, finalement, aujourd’hui, l’État est à poil. Il y a juste un outil qui s’appelle Viginum, qui permet de lutter contre les ingérences étrangères. Mais il n’y a rien, rien aujourd’hui, sur l’analyse de ce qui se produit sur les réseaux sociaux nationaux. Or, on peut avoir des campagnes de désinformation massives. Je pense notamment à des campagnes de désinformation en santé publique. Qu’est-ce qui se passe ? L’État ne le sait pas."

"Cela peut tomber sous le coup de la loi. Mais, en fait, aujourd’hui, il n’y a aucun outil de veille centralisé sur les risques liés aux réseaux sociaux en France et sur ce qui y est dit."

Benjamin Glaise : Cela ne concerne donc pas les opinions politiques ? Ce n’est pas le but ? Quand on parle de lutter contre certaines opinions aujourd’hui dans le débat public, en vue de 2027, on peut agiter ce spectre de la censure.

Arthur Delaporte : "Moi, je vous dis qu’aujourd’hui, on ne fait rien pour empêcher, par exemple, des gens de diffuser des messages sanitaires contre-productifs, ni même simplement pour les détecter. Et cela suppose un observatoire indépendant. C’est ce que propose ce rapport et j’y souscris."

Benjamin Glaise : Ce week-end, à Grenoble, un concert de la DJ Barbara Butch a été interrompu par une centaine de militants propalestiniens. Une action soutenue localement par La France insoumise. Ils reprochaient à la DJ Barbara Butch son soutien à la loi Yadan, accusée, selon eux, de criminaliser la critique du gouvernement israélien. Est-ce que, pour vous, La France insoumise dessert finalement cette cause palestinienne ?

Arthur Delaporte : "C’est à pleurer. C’est à pleurer. On peut avoir des inquiétudes légitimes concernant la loi Yadan, qui est justement une loi qui risque de censurer certaines expressions. Mais comment peut-on, en retour, appeler à la censure ? Enfin, c’est incompréhensible. C’est évidemment contraire à tout principe de défense de la pluralité culturelle. Moi, je condamne les imbéciles qui sont venus s’immiscer dans ce concert avec des slogans insupportables, et j’apporte tout mon soutien à Barbara Butch. Elle a le droit d’avoir ses opinions. C’est une grande artiste. On ne peut donc pas avoir une position sur la liberté d’expression qui soit à géométrie variable."

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