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Philippe Juvin (LR) : "Nous aurons un budget car la Ve République est en béton armé"

INTERVIEW SUD RADIO - Philippe Juvin, député Les Républicains des Hauts-de-Seine, rapporteur général du budget et chef du service des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou, analyse la victoire de l'extrême droite en Allemagne, commente les tensions au sein du bloc central autour des candidatures d'Édouard Philippe, de Gabriel Attal et de Bruno Retailleau, et défend fermement l'adoption d'un budget de rigueur pour 2027, quitte à passer par la voie des ordonnances.

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Jacques Cardoze : Philippe Juvin, la victoire de l’AfD, l’extrême droite allemande, vous inquiète-t-elle ?

Philippe Juvin : Non, moi, la démocratie ne me fait jamais peur. Quand vous avez des adversaires qui gagnent l'élection, eh bien il faut en tirer les leçons. Donc non, non, ça ne me fait pas peur. Ça serait ridicule, honnêtement, qu'une victoire d'une force quelconque dans une démocratie fasse peur.

L’AfD propose notamment d’imposer une obligation de travail aux demandeurs d’asile. Est-ce applicable ?

Vous avez raison, c'est toute la question. Il faut voir d'abord ce que vont faire les gens élus de leur programme. Que la victoire de l'AfD témoigne d'une crainte de la population, c'est évident. D'une réalité économique, c'en est une également. Mais attendons de voir. 

Victoire de l'AfD en Allemagne : "Ces droites-là ont une capacité à simplifier le débat"

On observe un mouvement de fond en Europe. Est-ce que cela peut annoncer une victoire des droites, voire du RN en France ?

Je ne sais pas, moi je ne sais pas lire dans l'avenir. Ça témoigne clairement d'une prise de conscience par les peuples européens que la situation n'est aujourd'hui pas satisfaisante. Et c'est vrai que ces droites-là, parce qu'il y a des droites, vous avez raison, hein, ces droites-là ont une capacité à simplifier le débat qui fait que les gens qui les écoutent se disent : « Bah finalement, c'est facile. » 

C'est vrai qu'une des difficultés aujourd'hui auxquelles la démocratie est confrontée, c'est la victoire d'une sorte de simplicité, pour ne pas dire de simplisme. C'est plus facile, si vous voulez, de dire « Je vais tout changer en 10 secondes » plutôt que de prendre 5 minutes pour vous dire ce qu'il faut faire.

Présidentielle 2027 : "Tout peut encore arriver"

Maud Bregeon demande à Gabriel Attal et Bruno Retailleau de se ranger derrière Édouard Philippe. Est-ce le signe d’une certaine fébrilité autour de sa candidature ?

D'abord, à quelques mois d'une élection présidentielle, tout peut encore arriver. On se souvient quand même, enfin, pour qui connaît l'histoire politique, on sait que 8 ou 9 mois avant une élection présidentielle, rien n'est joué. On a parlé, avec la disparition, de la campagne d'Édouard Balladur en 1995, où Balladur, je crois, était encore donné vainqueur au mois de février. Donc, Maud Bregeon, on sait très bien ce qu'elle dit, mais il y a une campagne et chacun défend ses intérêts.

À huit mois de la présidentielle, demander aux autres candidats de se retirer, n’est-ce pas prématuré ?

Il faut demander à madame Brégeon, mais je trouve que c'est surtout absurde. Si aujourd'hui Édouard Philippe naturellement ne caracole pas dans les sondages, c'est que peut-être il y a des raisons. Donc en tout cas, il ne fait pas la campagne qui lui permettrait d'être largement devant. Donc moi, je crois qu'il faut que chacun déroule sa campagne et puis on verra probablement en décembre ou janvier où en sont les uns et les autres. À ce moment-là, il faudra certainement prendre une décision pour qu'il n'y ait qu'un candidat du bloc central. Sinon, effectivement, on n'y est pas.

"Pour l'instant, chacun joue crânement sa chance et c'est très bien"

Vous êtes favorable à une primaire de la droite et du centre. Est-ce encore possible ?

Moi, j'ai été un des premiers députés à dire qu'il fallait une grande primaire, pas une primaire comme il y a 5 ans où seuls les militants votaient, c'était absurde. Une primaire de type 2017, plusieurs millions de personnes qui viennent désigner leur champion. 

Ça n'a pas été accepté. Donc je suis membre des Républicains, je soutiens Retailleau. C'est vrai qu'aujourd'hui les gens n'en veulent pas. Bah écoutez, on verra au mois de novembre, décembre ou janvier, si on est toujours dans une situation imprécise où tout le monde se tient à quelques pourcentages, peut-être qu'il faudra la faire. Pour l'instant, chacun joue crânement sa chance et c'est très bien.

Si Gabriel Attal et Édouard Philippe se retrouvent au coude-à-coude dans les sondages, pensez-vous qu’une primaire pourrait les départager ?

Est-ce qu'ils auront le choix ? Je veux dire, si vous en avez un qui est à, je ne sais pas, 13 % et l'autre à 12 et demi, il faut m'expliquer au nom de quoi celui qui est à 12 et demi dira : « Bah oui, évidemment je vais me retirer. » On sait très bien que la nature humaine ne conduira pas à cela. Donc il y a deux possibilités. Soit d'ici là, entre Bruno Retailleau, Attal et Philippe, on arrive à montrer qu'un des trois est largement devant avec des arguments qui sont les bons, quand même — on ne vote pas pour quelqu'un, on vote pour un projet — dans ces cas-là, l'affaire sera réglée. Si ce n'est pas le cas, il faudra se poser des questions de méthode, et c'est vrai qu'on ne l'a pas encore.

"Ça serait idiot de dire que c'est facile"

Vous avez accompagné Bruno Retailleau à la rentrée du Medef. Il est candidat des Républicains et plafonne autour de 8 à 10 %. Doit-il aller jusqu’au bout ?

Écoutez, c'est notre candidat encore une fois. Donc on fait campagne crânement. Il défend ses thèses. C'est vrai que c'est difficile. Ça serait idiot de dire que c'est facile. Non, c'est très difficile. Et bah si, on va tout faire pour que ça décolle. Ouais.

Vous êtes rapporteur général du budget et beaucoup doutent de l’adoption du budget 2027. Êtes-vous vous-même pessimiste ?

D'abord, je pense qu'on aura un budget parce que la Cinquième République est en béton armé, et on a un outil qui s'appelle les ordonnances. C'est-à-dire que le gouvernement dépose un projet de loi de finances qu'on va discuter et si, au bout des 70 jours de discussion budgétaire, il n'a pas été adopté, le gouvernement peut dire stop, on arrête de discuter et notre budget est adopté sans vote. Ça s'appelle les ordonnances. Au moins, nous aurions un budget, c'est quand même pas mal. Donc on aura probablement un budget.

"La dette augmente les impôts des Français"

Êtes-vous favorable à l’utilisation des ordonnances si le budget n’est pas adopté par le Parlement ?

Ça serait un truc par défaut. Moi, je préférerais évidemment une procédure normale, mais il n'y a pas de majorité, donc je ne crois pas non plus au miracle. Je ne vois pas aujourd'hui une coalition avec le bloc central plus un peu de socialisme plus un peu, je ne sais pas, de RN. Les gens ne vont pas se mettre d'accord. Et quand on s'est mis d'accord avec les socialistes l'année dernière, ça nous a coûté tellement cher qu'on ne va pas s'amuser de nouveau cette année. Ça c'est sûr.

Les ordonnances pourraient-elles permettre au gouvernement d’aller plus loin dans la réduction de la dépense publique ?

Mais alors exactement ! Moi, je lui ai tenu ce discours et je pense qu'il m'a écouté. Maintenant, je ne sais pas ce qu'il en fera. La raison est la suivante : si le gouvernement est censuré — et il y a une option de censure —, en fait, il sera censuré pour des raisons politiques, c'est-à-dire qu'une force politique, je ne sais pas laquelle, décidera qu'elle a intérêt avant l'élection présidentielle à le censurer. Ça ne sera pas pour les raisons du budget. En fait, le budget peut être à mon avis, me semble-t-il, bleu, blanc, rouge, vert pomme, ocre foncé, ce n'est pas la nature du budget qui fera que le gouvernement sera censuré ou pas.

"Sébastien Lecornu est très libre"

Donc Lecornu, me semble-t-il, est très libre et donc il doit mettre sur la table un budget très vertueux. C'est quoi un budget vertueux ? C'est un budget qui diminue le déficit. Pourquoi faut-il diminuer le déficit ? Parce que ce déficit nourrit une dette qui nous étouffe. Quel est le problème de la dette aujourd'hui en France ? La dette, chaque année, nous devons payer de plus en plus d'intérêts, ce qui fait qu'on doit augmenter vos impôts pour payer cette dette. Donc la dette, elle augmente les impôts des Français. Cette dette, elle fait que l'argent que nous devrions mettre dans les hôpitaux ou les écoles, nous la mettons en remboursement des intérêts, ce qui est quand même absurde. 

Et puis enfin, la dette, elle pose un problème de souveraineté parce que alors que vous bouclez votre budget avec des prêts faits par des gens qui sont des étrangers — plus de la moitié de la dette est détenue par des étrangers —, vous n'êtes pas totalement souverain. Eh bien, pour ces trois raisons-là, il faut nous désendetter. Comment on se désendette ? Dépenser moins, travailler plus, simplifier. C'est comme ça qu'on désendette le pays. Et que Lecornu fasse un budget qui fasse qu'on dépense moins. Il faut baisser la dépense publique.

"Les ordonnances donnent une liberté"

Vous demandez un budget de rigueur. Concrètement, quelles dépenses faut-il réduire ?

Il me semble que les ordonnances donnent une liberté. Qu'il dépose un budget, un projet de budget qui pourrait finir en ordonnances, qui soit un budget qui baisse la dépense publique. Je le répète, si vous ne baissez pas la dépense publique, on ne peut pas y arriver. Et un des drames aujourd'hui, voyez-vous, c'est que les deux tiers des Français touchent plus de l'État qu'ils ne participent. Et donc en réalité, tout le monde dit « il faut baisser la dépense publique », mais personne n'y a vraiment intérêt, tout le monde est dopé et addicte à la dette. Eh bien, il faut qu'il y ait un gouvernement avec un peu de courage qui dise : « La fête est finie, nous allons vraiment baisser la dépense publique. »

Vous dites que « la fête est finie » et que la France est au bord du gouffre. Le risque d’une crise de la dette est-il réel ?

On demandait à Hemingway pourquoi il était fauché. Il disait : « Bah c'est bien simple, ça m'est arrivé de deux manières : d'abord peu à peu », comme un peu nous hein, « peu à peu puis brutalement », a-t-il dit. Eh bien le risque, c'est que nous sommes actuellement fauchés effectivement peu à peu et que brutalement, eh bien un certain nombre de gens qui nous prêtent se disent : « Oh, c'est très dangereux de prêter à la France. » 

Par exemple, quand on a entendu monsieur Mélenchon qui voulait annuler la dette, ça ne donne pas envie de continuer à vous prêter quand le gars qui vous prête dit : « Vous savez, je vais peut-être pas vous rembourser. » Et donc on est à risque. Vous savez, les taux d'intérêt montent, ça signifie quoi ? C'est que la signature de la France est plus compliquée.

"On a l'impression que les pouvoirs publics ne peuvent jamais agir"

Moi, tous les gens qui nous écoutent aujourd'hui, je leur conseille d'aller lire un discours : c'est le discours du 1er juin 1958 de De Gaulle quand il est nommé Premier ministre. C'est son discours de politique générale. Le discours, il a deux caractéristiques. D'abord, c'est une page et demie. Aujourd'hui, quand un Premier ministre fait un discours de politique générale, ça dure deux heures, et à la fin, on ne sait pas ce qu'ils ont dit. 

Une page et demie ! En une page et demie, il a concentré l'effort et il a dit ce qu'il fallait faire. Et il dit une deuxième chose, il y a une phrase : « La cause profonde de nos épreuves, dit-il, c'est l'impuissance des pouvoirs. » C'est-à-dire qu'en fait, on a l'impression que les pouvoirs publics ne peuvent jamais agir. Il faut que Lecornu enfin montre que la puissance publique peut agir et a la capacité d'agir. Les hommes politiques ne font que du commentaire. Je vous dis qu'il faut agir. Comment on agit ? Eh bien, on agit avec une politique qui diminue la dépense.

"Comment vous financez tout ça ?"

Vous avez adressé un courrier aux candidats déclarés à la présidentielle pour connaître leurs propositions sur le redressement des finances publiques. Avez-vous déjà reçu des réponses ?

Absolument. J'ai en quelques jours plusieurs candidats qui ne m'ont pas donné de réponse mais qui m'ont dit qu'ils allaient me répondre. Ils vont le faire sérieusement. Donc je ne suis pas à trois jours près, bien entendu. Pourquoi j'ai fait ça ? C'est parce qu'à la prochaine élection présidentielle, il y a des gars qui vont vous dire : « Moi, je veux ça pour l'école, je veux ça pour l'hôpital, je veux ça pour la sécurité. » Très bien. Sauf qu'on ne peut pas le payer ! Et donc la vraie question qui se pose aujourd'hui, c'est : comment vous financez tout ça ?

Ensuite je vais communiquer. Je me suis engagé à la chose suivante vis-à-vis des candidats, parce que je veux le faire d'une manière très transparente et très loyale à leur égard : ils vont me donner leur programme, je vais le transmettre aux membres de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Pour ceux qui le souhaitent et qui sont d'accord, je le communiquerai ensuite à la presse, bien entendu. 

"Je ne veux pas que les candidats se planquent"

J'aimerais qu'on ait un débat sur la question des finances publiques parce qu'encore une fois, je dis aux Français : si vous ne rétablissez pas les comptes publics, vous ne pouvez rien financer en France. C'est ça vraiment qui va nous arriver. Je ne veux pas que les candidats en réalité se planquent sur la question de la dépense publique. Pour éviter qu'ils se planquent, eh bien je leur demande leur copie. C'est assez simple.

C'est la première fois que ça se fait, mais dans les semaines qui viennent, j'aurai d'autres propositions à faire et qui auront toutes pour but de diminuer l'endettement du pays pour redonner la souveraineté au pays. Vous l'avez bien compris, la question de la dette est désormais une question de souveraineté.

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