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Philippe Juvin : "Nous avons besoin d'un budget 2027 de vérité"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - Canicule, budget 2027, fin de vie : Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine, rapporteur général du Budget, chef du service des Urgences de l'Hôpital Pompidou, était “L’invité politique” sur Sud Radio.

philippe juvin
Philippe Juvin, interviewé par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 23 juin 2026, dans “L’invité politique”.

Canicule, situation dans les services d’urgences, climatisation des hôpitaux, dérapage du déficit public, dysfonctionnements numériques de l’administration, loi sur la fin de vie et élection présidentielle de 2027. Au micro de Sud Radio, Philippe Juvin a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

Canicule : "Marine Le Pen a raison, il faut un grand plan clim, ça sauve des vies"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : Les urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou tiennent-elles face à la canicule ?
Philippe Juvin : “Les urgences tiennent, mais elles doivent principalement prendre en charge deux catégories de patients. Nous accueillons des personnes âgées déshydratées, qui ne boivent pas suffisamment, qui sont parfois seules et dont les pathologies se décompensent. Nous voyons également arriver des patients très jeunes, âgés de 20 à 30 ans, qui ont fait du sport malgré la chaleur et se trouvent en situation d’hyperthermie. Je suis frappé de constater que, malgré les messages d’alerte, certains continuent à faire des efforts physiques lorsqu’il fait près de 40 degrés.”

Les services d’urgences sont-ils submergés par cet épisode de fortes chaleurs ?
“Je ne sais pas exactement ce que signifie le mot submersion dans ce contexte, mais les jours qui viennent seront difficiles. Chaque année, les urgences sont confrontées à une vague de froid en hiver et à une vague de chaleur en été. Cela montre que notre système de santé est devenu, d’une certaine manière, inadapté à la population et qu’il est également mal utilisé. Beaucoup de personnes se rendent aux urgences alors qu’elles devraient pouvoir consulter leur médecin traitant.”

Quel message adressez-vous aux jeunes qui souhaitent continuer à faire du sport pendant la canicule ?
“Ce n’est certainement pas le moment d’aller faire un footing lorsque les températures sont aussi élevées. Des jeunes arrivent aux urgences très déshydratés, avec des nausées et des vomissements, après avoir fait des efforts physiques. Le problème n’est pas seulement qu’ils sollicitent les urgences, mais surtout qu’ils se mettent eux-mêmes en danger. Il existe un risque réel d’accident grave, voire de décès, lors d’un effort intense sous une chaleur extrême.”

Faut-il généraliser la climatisation dans les hôpitaux et les bâtiments publics ?
“Le service des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou est climatisé, mais ce n’est pas le cas de tous les hôpitaux en France. Il existe même des règles prévoyant que les bâtiments climatisés ne doivent pas, sauf exception, descendre sous une certaine température. En France, nous avons peu de climatisation et, lorsqu’elle existe, une règle administrative vient encore limiter son utilisation. Cette situation est absurde et profondément bureaucratique.”

Marine Le Pen propose un grand plan national en faveur de la climatisation. Êtes-vous d’accord avec elle ?
“Oui, elle a raison. Ceux qui répètent depuis des années que la climatisation est nécessairement mauvaise pour le climat oublient que la France dispose d’une électricité largement décarbonée. La climatisation est utilisée de manière ponctuelle pendant les périodes de très forte chaleur et elle peut sauver des vies. Il faut donc installer des systèmes de climatisation dans les lieux où ils sont indispensables, notamment dans les établissements de santé.”

Budget 2027 : "Les 4 experts, c’est une opération de communication"

Le Fonds vert, destiné à financer la transition écologique dans les territoires, a été réduit. Est-ce une erreur en pleine canicule ?
“Le problème est que nous n’avons plus les moyens de financer toutes les politiques publiques que nous annonçons. Les nouvelles dépenses, mais aussi les retraites et les salaires des fonctionnaires, sont aujourd’hui financés à crédit. Tant que nous ne traiterons pas sérieusement la question des déficits, nous continuerons à appliquer des réductions budgétaires au Fonds vert, à la justice ou encore à l’éducation. La France dépense trop, dépense mal et ne produit pas suffisamment.”

Quatre économistes doivent aider Bercy à préparer le Budget 2027. Cette initiative peut-elle permettre de trouver de nouvelles solutions ?
“Les quatre experts, c’est une opération de communication, et tout le monde le sait. Que vont-ils dire qui n’ait pas déjà été écrit par eux-mêmes ou par d’autres économistes ? La situation est malheureusement très claire : le déficit progresse de façon considérable et risque d’exploser. Il faut dépenser moins, dépenser mieux, mais aussi travailler et produire davantage.”

Sur quelles dépenses faudrait-il agir en priorité pour rétablir les comptes publics ?
“Il ne suffit pas de parler du train de vie de l’État, même s’il doit évidemment être réduit. La première dépense publique est celle des retraites, ce qui signifie que nous ne pourrons pas rétablir les comptes sans réforme des retraites. La deuxième grande dépense est la santé, qui nécessite également une réforme profonde de son organisation. Sans action sur ces deux postes, il n’y aura pas de redressement durable des finances publiques.”

Le gouvernement doit-il présenter un simple budget de transition avant l’élection présidentielle ?
“Il faut adopter un budget avant le 31 décembre, conformément à la loi. Certains proposent un budget de gestion minimal, en attendant que le prochain président de la République prenne les décisions difficiles. Je considère que ce serait une très mauvaise idée, car nos partenaires et les acteurs économiques ont besoin de savoir dans quelle direction la France veut aller. Nous avons besoin d’un budget de vérité, qui commence à présenter les efforts nécessaires pour les cinq années suivantes.”

La France risque-t-elle de dépasser un déficit public de 6% du produit intérieur brut en 2027 ?
“La Commission européenne prévoit un déficit de 5,7% du produit intérieur brut à la fin de l’année 2027, alors que la France s’était engagée à atteindre 4,1%. Des informations circulent selon lesquelles certains ministres envisageraient même un déficit supérieur à 6%. J’ai donc demandé officiellement à Bercy de me communiquer ses propres chiffres en tant que rapporteur général du Budget. Une chose est certaine : le déficit est désormais hors de contrôle.”

"On paie cher l’âge de pierre du numérique dans l’administration"

Après le meurtre d’une fillette dans le Gers, faut-il sanctionner les fonctionnaires qui auraient commis des erreurs ?
“S’il existe des responsabilités personnelles, elles doivent naturellement être établies et sanctionnées. Je ne connais pas le dossier dans le détail et il faut donc attendre les conclusions des enquêtes. Mais au-delà des éventuelles fautes individuelles, il existe une question beaucoup plus systémique. Ce drame met notamment en lumière les graves difficultés de circulation de l’information entre les services publics.”

Emmanuel Macron estime qu’il ne faut pas répondre à un drame par des cris ou par la démagogie. Partagez-vous cette position ?
“On ne peut évidemment pas prétendre répondre efficacement aux crises par des cris et par la démagogie. Mais il ne faudrait pas non plus se contenter de commenter les drames ou de colmater une brèche avant de passer à autre chose. Il faut traiter les problèmes de fond qui empêchent les institutions de fonctionner correctement. Améliorer la communication entre les fichiers et les services permettrait probablement de sauver des vies.”

Comment expliquer que certains documents soient encore échangés par courrier postal entre des juridictions ?
“Nous avons découvert que des fichiers informatiques ne communiquaient pas entre eux et que des tribunaux échangeaient encore des courriers par la poste. Il existe pourtant des outils numériques simples permettant de transmettre rapidement des informations. L’argument selon lequel des vidéos seraient trop lourdes pour être transférées révèle l’inadaptation des équipements. On paie cher l’âge de pierre du numérique dans l’administration.”

L’hôpital connaît-il les mêmes difficultés informatiques que la justice ?
“J’ai la chance de travailler dans un hôpital moderne, mais tous les établissements français ne disposent pas des mêmes moyens humains et matériels. L’informatique hospitalière est une question absolument essentielle. Lorsqu’un patient effectue une radiographie ou un scanner dans un cabinet de ville, l’hôpital où il consulte ensuite ne peut pas toujours accéder facilement aux images. Il en va de même pour le dossier médical, ce qui n’est pas normal.”

Loi sur la fin de vie : "Les gens seuls, pauvres, risquent par défaut de demander l’euthanasie"

Pourquoi restez-vous opposé au projet de loi sur la fin de vie en tant que médecin ?
“Je considère que les termes du débat ont été mal posés. Lorsqu’on demande aux Français s’ils préfèrent mourir dans d’affreuses souffrances ou pouvoir choisir leur mort, la réponse est évidemment prévisible. Mais ce n’est pas la véritable question qui se pose. Comme médecin, je ne veux pas qu’un patient se demande, lorsque j’entre dans sa chambre en blouse blanche, si je viens le soigner ou lui proposer la mort.”

Craignez-vous que l’euthanasie soit demandée faute d’un accès suffisant aux soins palliatifs ?
“Ma crainte est que, dans un système de santé paupérisé, l’euthanasie devienne une réponse par défaut en raison de l’insuffisance des soins palliatifs et de la prise en charge de la douleur. Pour obtenir une consultation spécialisée contre la douleur, le délai peut actuellement atteindre plusieurs mois. Dans le même temps, la procédure conduisant à l’euthanasie pourrait être beaucoup plus rapide. Cette différence d’accès crée un risque majeur pour les patients les plus fragiles.”

Estimez-vous que cette situation toucherait d’abord les personnes les plus vulnérables ?
“Les gens seuls, pauvres, qui ne pourront pas être correctement soignés, soulagés ou accompagnés, risquent par défaut de demander l’euthanasie. Le problème n’est pas que l’on chercherait volontairement à faire des économies sur leur prise en charge. Le problème est que les soins dont ils auraient besoin ne seront pas nécessairement accessibles au bon moment. Leur décision pourrait donc être influencée par l’absence d’une véritable alternative.”

La loi sur les soins palliatifs ne suffit-elle pas à garantir cette alternative ?
“Le développement des soins palliatifs est une bonne chose, mais sa mise en œuvre prendra probablement une dizaine d’années. À l’inverse, l’euthanasie pourrait être proposée immédiatement après l’entrée en vigueur du texte. Il existe donc une asymétrie profonde entre les deux offres présentées aux patients. On ne peut pas affirmer qu’ils auront réellement le choix si l’une des solutions est disponible et l’autre ne l’est pas.”

L’adoption de cette loi constituerait-elle une défaite à vos yeux ?
“Oui, assurément. Il a toujours existé dans notre société un interdit fondamental de donner la mort. Créer des exceptions à cet interdit expose au risque que d’autres exceptions soient ajoutées demain. C’est un changement de principe considérable dont il faut mesurer toutes les conséquences.”

Présidentielle : "Les candidats de droite et du centre auront l’intelligence de dire, à un moment donné : je n’y vais plus"

Comment la droite peut-elle départager ses différents candidats pour l’élection présidentielle de 2027 ?
“J’avais proposé une règle de départage comparable à une primaire, mais cette solution n’a pas été retenue par mon parti. Je suis néanmoins certain que les candidats de droite et du centre auront l’intelligence de dire, à un moment donné : je n’y vais plus et je soutiens un autre candidat. Sous la Ve République, un parti politique peut difficilement ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle. Il est donc logique que Bruno Retailleau défende la candidature et les chances des Républicains.”

Pourquoi pensez-vous que la droite peut gagner en 2027 ?
“Je pense que la France est à droite et qu’elle attend des solutions ainsi qu’une véritable alternance. C’est à nous de convaincre les Français que nos réponses sont les bonnes. Nous ne devons pas seulement présenter une accumulation de mesures techniques. Nous devons proposer une vision du pays et expliquer clairement vers quelle société nous voulons conduire la France.”

L’entrée de Marc Bloch au Panthéon résonne-t-elle avec la situation actuelle du pays ?
“Dans L’Étrange Défaite, Marc Bloch décrit une armée de temps de paix confrontée à la guerre. Je trouve que cette image correspond, dans une certaine mesure, à la situation actuelle de la France. Notre pays demeure insouciant alors que des périls économiques, éducatifs, démographiques et militaires nous menacent. Nous fonctionnons encore comme un pays de temps de paix alors que nous sommes confrontés à des crises majeures.”

Êtes-vous pessimiste sur l’avenir de la France ?
“Je suis un pessimiste qui se soigne. Il m’arrive de considérer que la situation est très mauvaise, puis de constater que les solutions sont à portée de main et que nous les connaissons. Il suffirait qu’une ou plusieurs personnalités politiques définissent une ligne claire et proposent une direction. C’est cette vision que j’attends d’un candidat à l’élection présidentielle.”

Que manque-t-il aujourd’hui pour engager le redressement du pays ?
“Les leviers sont relativement faciles à mettre en œuvre, à condition d’avoir la volonté de les actionner. Nous savons qu’il faut dépenser moins, dépenser mieux, travailler davantage et produire davantage. D’autres pays, comme le Canada, le Portugal, l’Espagne ou même la Grèce, ont traversé des périodes comparables et ont réussi à redresser leurs comptes. La principale difficulté française reste cette culture du renoncement qui conduit trop souvent à penser qu’il serait inutile d’agir.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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