Puissance militaire française, Donald Trump et la remise en cause de l’ordre international, crédibilité d’Emmanuel Macron en Europe, budget 2026 et stratégie de la droite en vue de la présidentielle de 2027. Au micro de Sud Radio, Hervé Morin a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Le narcissisme est le moteur de Macron"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Donald Trump remet en cause l’ordre international. Comment analysez-vous la situation actuelle ?
Hervé Morin : “Nous sommes en train de changer de monde. Trump a décidé de mettre par terre l’organisation issue de 1945, le non-recours à la force, le multilatéralisme et les systèmes de médiation, notamment avec les Nations unies. Cela bouleverse profondément les équilibres internationaux et nous oblige à revoir nos certitudes.”
Qu’est-ce que cela implique pour l’Europe ?
“La question est simple : est-ce que l’Europe décide de sortir de la servilité et de la vassalité ? Pendant des décennies, nous avons accepté la domination américaine en nous abritant derrière le parapluie des États-Unis. Redresser la tête après tant d’années de dépendance est extrêmement difficile.”
Emmanuel Macron a pris la parole sur ce sujet. Comment jugez-vous sa démarche ?
“Sur le fond, il a raison. Mais ce type de position ne peut pas être porté seul. Il aurait fallu bâtir une position commune avec les autres capitales européennes. Or, ce que j’ai vu, c’est encore une initiative personnelle.”
“Les six milliards supplémentaires annoncés ne seront pas là"
Vous mettez en cause la méthode du chef de l’État. Pourquoi ?
“Parce que le narcissisme est le moteur d’Emmanuel Macron. Depuis neuf ans, c’est toujours la même chose. Cette volonté permanente d’être devant la scène empêche la construction d’un collectif européen solide et crédible.”
Cela affaiblit-il la position française en Europe ?
“Oui, parce que la France est aujourd’hui faible et donc peu crédible. Sur des dossiers comme le Mercosur, on nous passe dessus. Du discours de la Sorbonne à aujourd’hui, très peu de choses ont été réalisées. La France n’est pas écoutée.”
Vous évoquez souvent la question de la crédibilité militaire. Pourquoi ?
“Parce qu’on parle de remontée en puissance sans en avoir les moyens réels. L’économie de guerre a été annoncée en 2021, mais les industriels n’ont jamais vu arriver les financements nécessaires pour augmenter leur production.”
Que répondez-vous aux annonces budgétaires faites par l’exécutif ?
“Les six milliards supplémentaires annoncés ne seront pas là. Il y a déjà des crédits reportés et, depuis quatre ans, il ne s’est rien passé. Dire que nous allons remonter en puissance dans ces conditions, c’est du flan.”
🗣️@Herve_Morin (@LesCentristes_) : "Quand on évoque l'idée qu'on va remonter en puissance militaire, la France n'est pas crédible ! L'augmentation du budget de la Défense, c'est du flan !" #GrandMatin
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"Députés LR et centre droit ne devraient pas voter un budget socialiste"
La question budgétaire est-elle centrale dans ce débat ?
“Évidemment. Avant d’annoncer une hausse continue du budget militaire, il faudrait déjà remettre un peu d’ordre dans nos comptes. La France est quasiment à la ruine. On ne peut pas tout promettre sans jamais assumer la réalité financière.”
Vous critiquez vivement le budget 2026. Pourquoi ?
“Parce que c’est un budget démagogique. Les députés Les Républicains et du centre droit ne devraient pas voter un budget socialiste. On ne peut pas défendre certaines idées et, en même temps, voter l’inverse.”
La droite joue-t-elle sa crédibilité politique ?
“Oui, totalement. On ne peut pas tenir un discours à la tribune en période électorale et faire le contraire ensuite. Si les Républicains valident ce budget, ils perdront tout crédit auprès de leurs électeurs.”
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Faut-il aller jusqu’à la censure en cas de 49.3 ?
“Oui. On ne peut pas se réfugier dans une forme de lâcheté en attendant le 49.3 pour ne pas se prononcer. Quand on est de droite et qu’on voit qu’un budget est construit avec les socialistes, il faut censurer. Sinon, ce sont les électeurs qui censureront.”
Présidentielle : "Il faut une primaire à droite, de Darmanin à Knafo"
À droite, comment éviter la dispersion des candidatures en 2027 ?
“Il faut une primaire. C’est indispensable. Il y a trop de candidats et il faut un mode de sélection clair. La primaire permet de désigner un candidat légitime et d’ouvrir le débat présidentiel à des millions de Français.”
Pourquoi ce mode de sélection vous paraît-il efficace ?
“Parce qu’il permet de tester la solidité d’un candidat face à la violence d’une campagne. Il permet aussi aux Français de découvrir des projets et des personnalités. On a vu par le passé à quel point cela pouvait être un tremplin.”
Cette primaire doit-elle être large ?
“Oui. Elle doit aller de Gérald Darmanin à Sarah Knafo. À l’issue, il faut un candidat qui porte la liberté, la responsabilité et la création de valeur. Le problème de la France, ce n’est pas la distribution, c’est la création de valeur.”
Vous soutenez David Lisnard. Pourquoi ?
“Parce qu’il porte cette idée de libérer les initiatives, de mettre fin à la bureaucratie, de décentraliser profondément. Il faut baisser les prélèvements obligatoires après avoir réellement réduit la dépense publique.”
"La question de Bardella est une énigme !"
Le Rassemblement national peut-il accéder à l’Élysée en 2027 ?
“Ce n’est pas fait du tout. Il y a encore largement la place pour un candidat crédible à droite. Mais il faut s’organiser et se doter d’un mode de sélection clair.”
Que vous inspire la perspective d’un Jordan Bardella président ?
“La question de Bardella est une énigme. Je ne peux pas croire qu’on puisse confier le pilotage d’un pays en grande difficulté à quelqu’un qui n’a aucune expérience. L’expérience compte.”
Sur le plan international, que se passerait-il si Donald Trump envoyait des troupes au Groenland ?
“Ce serait la fin de l’Alliance atlantique. Ce serait peut-être un moment de vérité qui obligerait enfin les Européens à se redresser collectivement.”
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