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Guerre au Moyen-Orient : les pommes françaises, victimes inattendues du blocage du détroit d'Ormuz

Par Christine Bouillot et

Le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un quart du pétrole mondial, est au cœur des tensions. Et pas seulement en raison du blocage du pétrole et du gaz. L'exportation de la pomme française subit elle aussi de plein fouet cette guerre au Moyen-Orient.

Le détroit d'Ormuz
Le détroit d'Ormuz (AFP)

Depuis le début de la guerre contre l'Iran et les répercussions des offensives américano-israélienne sur tout le Moyen Orient, plusieurs pétroliers ont été immobilisés ou contraints de modifier leur route. Cette paralysie partielle du détroit d'Ormuz par l'Iran a entraîné une hausse immédiate des cours du brut et du gaz naturel liquéfié, affectant l’ensemble des chaînes logistiques mondiales. Et impactant directement le prix des carburants à la pompe, du gasoil au sans plomb.

Sous pression et dans l'attente, les marchés redoutent un effet domino avec augmentation des coûts de transport, renchérissement de la production industrielle : autant de facteurs susceptibles d’alimenter une inflation durable.

Une menace pour l'agriculture mondiale

Si le pétrole et le gaz et plus globalement les hydrocarbures et matières premières industrielles (pétrole et Gaz Naturel Liquéfié donc, mais aussi aluminium brut, produits chimiques) sont les premières « victimes » du blocage, les engrais et le blé sont également sous étroite surveillance. Un tiers des engrais mondiaux transite, en effet, par Ormuz. Leur ralentissement ou blocage constitue la menace la plus sérieuse pour l’agriculture mondiale. Quant au blé, l'Iran en importe une grande partie via ce passage stratégique. Et même si les cargaisons ne sont pas bloquées, elles sont fragilisées, ce qui pousse Téhéran à ajuster d'ailleurs sa posture militaire pour éviter une crise alimentaire interne.

5.000 tonnes actuellement bloquées

En revanche, ce que l'on sait moins, c'est que des marchandises sont elles aussi bloquées dans le détroit d'Ormuz, mais dans l'autre sens : celui de l'exportation de produits européens vers les pays du Golfe. Les Pays-Bas exportent de l’agroalimentaire, l'Italie aussi mais également beaucoup de marbre et de céramiques. Quant à la France, elle exporte majoritairement des produits lactés, de la viande majoritairement du poulet, mais aussi des pommes. Un fruit au cœur de la cœur de la mission du porte-avions Charles de Gaulle. Comme l'a rappelé hier Emmanuel Macron au cours de son déplacement à Chypre, le fleuron maritime français de guerre aura pour but d'escorter les navires, notamment pour acheminer pétrole et gaz, mais aussi notre bonne pomme française, dont 5000 tonnes sont actuellement bloquées.

Un vrai enjeu de commerce international pour notre pays car c'est actuellement la pleine saison pour l'exportation des pommes françaises, sauf qu'avec le déclenchement de la guerre, les producteurs français voient leur cargaison empêcher d'arriver au port de Dubaï, son principal hub. Du coup, 5.000 pommes sont en errance.

"On est obligé aujourd'hui de ne pas envoyer de pommes à l'exportation vers cette zone »

« On ne sait pas si on pourra livrer directement le port de Dubaï, si on va devoir trouver des ports de dérivation ou de substitution, ou si on doit trouver du déroutement pour aller servir d'autres clients dans d'autres endroits du monde, explique Christophe Belloc, président de Blue Whale et président de la commission internationale d'Interfell (l'interprofession des fruits et légumes en France). On évalue pour la pomme française le surcoût de transport à 900 000 euros. La difficulté, c'est qu'on est obligé aujourd'hui de ne pas envoyer de pommes à l'exportation vers cette zone ou de trouver d'autres destinations pour nos fruits. On se retourne vers les pouvoirs publics pour savoir dans quelle mesure on peut être aidé et accompagné dans cette période. »

Depuis une semaine, il faut donc tenter de trouver des solutions pour cette marchandise bloquée dans les cargos avec des coûts de transport qui s'envolent. Décidément, la caisse de résonnance de cette guerre au Moyen-Orient est multiple et bien plus large qu'elle n'y paraît.

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