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Éléonore Caroit : "Bardella se trompe, il n'y a pas d'aide donnée à l'Algérie"

Par Aurélie Giraud

INTERVIEW SUD RADIO - L'invitation de Trump à Versailles, Ebola, l'aide publique au développement : Eleonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, était “L’invitée politique” sur Sud Radio. 

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Éléonore Caroit, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 17 juin 2026, dans “L’invité politique”.


"Il n’y a pas d’aide au développement à des pays qui nous sont hostiles." Au micro de Sud Radio, Éléonore Caroit a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

Trump invité au château de Versailles : "Quel que soit le président des États-Unis, il était inconcevable de ne pas célébrer 250 ans"

Jean-François Achilli : Versailles, ce n’est pas du plaqué or, c’est du lourd, s’est extasié Donald Trump avant son dîner ce soir au château. Fallait-il inviter ce président américain qui va déguster à table nos vins et champagnes, qu’il menace de 100 % de droits de douane ?

Éléonore Caroit : "Déjà, sur son expression, qui interpelle, comme des millions de personnes à travers le monde, il reconnaît les atouts de la France et ce que l’on a d’extraordinaire, ce qui fait qu’on est la plus importante destination touristique, ce qui fait aussi qu’à Versailles, il y a quelques semaines, on avait des investisseurs du monde entier qui veulent investir en France, et qui fait de notre pays, pour la septième année consécutive, le plus attractif pour les investissements."

"Après, sur « fallait-il l’inviter ? », eh bien nous sommes cette année dans les célébrations du 250e anniversaire des relations entre la France et les États-Unis. Parce qu’en fait, c’est vrai, vous savez, il y avait à New York la Patrouille de France, vous savez, les avions qu’on voit le 14 juillet, qui justement mettaient aussi en avant cette entente entre les peuples. Il se trouve qu’il est président des États-Unis et qu’il est donc invité au titre de ces célébrations."

Jean-François Achilli : Vous avez vu ce qu’il dit : « Le président français, qui se trouve être un homme très gentil, m’a invité à dîner à Versailles. » Très gentil après l’avoir humilié il y a un an, et puis l’avoir traité un petit peu par le mépris, notamment sur le sujet du détroit d’Ormuz.

Éléonore Caroit : "Mais prenons la question en sens inverse. Quel que soit le président des États-Unis, il était inconcevable de ne pas célébrer 250 ans. Donc peu importe ce que nous pourrions penser d’un Donald Trump. On est alliés, on n’est pas alignés, on est en train de célébrer l’amitié entre les peuples, pas entre les hommes. Et ça, c’est important de le dire, surtout quand on fait le procès au chef d’État d’être dans la personnification du pouvoir, etc. Là, l’histoire, c’est l’histoire de deux peuples."

Avec Trump, "On est d’accord sur les points fondamentaux sur lesquels nous sommes en désaccord"

Jean-François Achilli : Vous avez vu ce que disent les oppositions ? « il faut définitivement apprendre à vivre sans Trump », a dit Jean-Luc Mélenchon sur X. Fabien Roussel l’a traité de tyran. Est-ce que ça va trop loin à vos yeux ? Ou est-ce qu’il y a quand même de quoi dire ? Est-ce qu’il sort à vos yeux vainqueur de ces huit jours de guerre contre l’Iran ?

Éléonore Caroit : "Ce que l’on voit, c’est que les États-Unis restent notre allié. Pour autant, nous sommes en désaccord profond sur un certain nombre de choses, et nous le disons. Nous avons un attachement profond au multilatéralisme, au droit international. Nous ne sommes pas une puissance qui va commencer une guerre comme ils l’ont fait. Aujourd’hui, nous sommes dans une attitude tout à fait défensive et nous avons envie de rouvrir ce détroit."

Jean-François Achilli : Est-ce que le président Macron devrait être un peu dans le rapport de force quand même avec l’allié américain en question, qui ne nous ménage pas ?

Éléonore Caroit : "Aujourd’hui, ce qu’il faut faire, c’est ce qui est utile à la France et aux Français. Ce qui est utile à la France et aux Français, c’est d’avoir une déclaration en format G7 qui nous permet d’avancer. C’est travailler sur les grands déséquilibres mondiaux, c’est travailler sur l’architecture du développement."

"Tout le monde nous disait : « Trump ne viendra pas à Évian, votre G7 ne va pas prospérer, il ne se passera rien. » On est d’accord sur les points fondamentaux sur lesquels nous sommes en désaccord. We agree to disagree profondément. Pour autant, on travaille ensemble parce que nous sommes toujours alliés, même si, encore une fois, pas du tout alignés."

Visite au Liban : "j’y vais justement pour leur donner aussi de l’aide humanitaire qui a été collectée"

Jean-François Achilli : Vous allez vous rendre prochainement au Liban, pays meurtri, quelle est l’idée ? C’est rappeler nos liens historiques ? C’est quand même aussi une forme d’impuissance de la France au Liban : on n’y arrive pas à les aider.

Éléonore Caroit : "Aujourd’hui, nous les aidons. Nous avons envoyé des centaines de tonnes d’aide humanitaire. Moi, j’y vais justement pour leur donner aussi de l’aide humanitaire qui a été collectée, pour leur montrer notre soutien profond, et puis justement pour peser dans ces discussions."

"Aujourd’hui, il faut qu’il y ait un accord de paix qui inclut le Liban. Il faut qu’il y ait un cessez-le-feu qui soit permanent. Et donc j’y vais, mais j’y vais avec d’autres ministres, une Européenne et une ministre du Golfe, pour justement montrer que la France embarque avec elle d’autres ministres."

Jean-François Achilli : La France embarque de l’aide, mais elle ne pèse pas dans la décision politique. Qui est responsable de ce qui se passe, à vos yeux ? C’est le Hezbollah ? C’est Benyamin Netanyahou ?

Éléonore Caroit : "Il y a de toute façon, dans une situation de conflit, dans une situation de guerre, des responsabilités qui sont multiples. Lorsque vous avez le Hezbollah qui tire sur Israël, lorsque vous avez Benyamin Netanyahou qui est dans le sud du Liban, vous avez des responsabilités..."

Jean-François Achilli : Vous les renvoyez dos à dos ?

Éléonore Caroit : Pas du tout. Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Vous me demandez qui est responsable en me demandant de vous dire l’un ou l’autre. Vous citez les deux.

"Aujourd’hui, je vous dis qu’il y a des atteintes et qu’il est important de montrer notre attachement et notre soutien profond à un pays qui doit retrouver sa souveraineté, qui doit avoir le monopole des armes. Il ne peut pas y avoir au Liban des groupes armés qui font la loi."

"En réalité, il faut pouvoir redonner à l’État libanais toute sa force. C’est ce que la France fait. La France avait organisé cette conférence de soutien à l’armée libanaise et continue à être en soutien aux autorités libanaises pour la souveraineté de ce pays qui est un pays, vous l’avez dit, ami, un pays frère, un pays francophone. Et le fait d’y aller est un moment important, et de ne pas y aller seule, d’y aller avec d’autres pays qu’on embarque."

"L’aide financière de la France au Liban, elle est sur de nombreux terrains"

Jean-François Achilli : Quel est le montant de l’aide financière de la France au Liban aujourd’hui ?

Éléonore Caroit : "Alors, l’aide financière de la France au Liban, elle est sur de nombreux terrains. Moi, je vous parlais des centaines de tonnes d’aide humanitaire, des 17 millions qui ont été débloqués récemment dans le cadre de cette crise. Mais en réalité, notre action, elle est multiple. Elle est à travers le réseau des écoles françaises, elle est à travers le réseau des alliances. Elle se démultiplie dans de nombreux secteurs parce que ce pays est meurtri."

Jean-François Achilli : Encore un mot : l’accord de paix au Moyen-Orient, c’est du solide à vos yeux, celui qui sera signé vendredi ? C’est le soulagement pour nos ressortissants, qui sont très nombreux, établis dans le Golfe, qui ont eu matière à s’inquiéter ces derniers mois ?

Éléonore Caroit : "En tout cas, c’est une avancée positive."

Jean-François Achilli : Ils peuvent dormir tranquilles ?

Éléonore Caroit : "On voit bien que c’est une avancée positive. Mais moi, je ne l’ai pas vu, cet accord, et vous non plus, je pense. Donc on va voir surtout comment il peut être mis en œuvre. Moi, j’ai bon espoir. Je pense que c’est une avancée, c’est un premier pas."

"Maintenant, il faut un cessez-le-feu durable et puis surtout, il faut que cet accord englobe les aspects essentiels de la résolution de la crise, c’est-à-dire le programme iranien sur le nucléaire, mais aussi le programme balistique iranien, mais aussi une résolution de tous les conflits dans la région. Et c’est pour ça qu’il est très important d’être au Liban, d’y aller, d’y aller en force avec d’autres pays."

Jean-François Achilli : La France est un peu spectatrice dans tout ça, quand même. Il faut le reconnaître.

Éléonore Caroit : "Pas du tout spectatrice. Lorsque vous avez 50 pays, organisations internationales, qui décident de rejoindre votre initiative multilatérale pour sécuriser l’ouverture du détroit d’Ormuz, pour permettre justement à la navigation de reprendre, parce que cette crise, nous n’en sommes pas responsables. Nous n’avons pas initié cette guerre."

"Vous parlez des différences avec d’autres pays, avec les États-Unis, mais nous subissons aujourd’hui les conséquences. Les Français subissent les conséquences, et partout à travers le monde, c’est le cas. Donc la France est tout sauf spectatrice lorsque, avec le Royaume-Uni, avec autant de pays, elle se tient prête, justement, à favoriser la réouverture du détroit."

Ebola : "C’est beaucoup moins contagieux que ne l’était le Covid, mais il faut agir pour prévenir cette crise"

Jean-François Achilli : L’épidémie d’Ebola qui frappe la RDC. Que fait la France ? Est-ce que vous suivez cette épidémie de près ? Et quel type d’aide est envoyée à Kinshasa ?

Éléonore Caroit : "Tout à fait. J’étais d’ailleurs hier, j’assistais à une réunion avec de nombreux chefs d’État africains, et puis surtout tous les bailleurs et les organisations multilatérales qui sont pleinement mobilisés sur cette crise."

"Aujourd’hui, ce qu’il faut dire aux Français, c’est qu’elle est régionale. Elle est pour l’instant contenue dans un périmètre entre la RDC et un peu l’Ouganda. Mais il faut à tout prix éviter qu’elle puisse s’étendre plus largement."

"C’est beaucoup moins contagieux que ne l’était le Covid, mais il faut agir pour prévenir cette crise. Et à tous celles et ceux qui disent qu’il ne faut pas investir dans le développement, qu’il ne faut pas investir dans l’humanitaire, je leur dis : sur les sujets de santé, il faut justement continuer à investir et se protéger, parce qu’on ne se protège en France que si on agit sur le continent africain ou ailleurs."

Jean-François Achilli : Trump a dissous l’USAID, l’agence américaine de développement international, avec les coupes budgétaires que ça représente. La flambée d’Ebola, peut-être, aurait été détectée beaucoup plus tôt. Trump a joué avec le feu avec ça ?

Éléonore Caroit :" Il y a un enjeu de détection sur le mécanisme qui était mis en place, et c’est vrai que la coupe drastique de l’USAID a créé une forme de déstabilisation. Aujourd’hui, les États-Unis continuent à investir, et sont d’ailleurs engagés dans Ebola, et ont demandé à ce que cela soit mis à l’ordre du jour du G7. Donc on voit bien qu’ils se rendent compte de l’importance, en quelque sorte, en tout cas, une prise de conscience de l’importance d’investir dans la santé mondiale. La France l’a toujours fait, la France soutient l’OMS, la France soutient Africa CDC, qui coordonne justement les politiques en Afrique. Et on le fait, on le fait pour nous aussi."

"L’aide publique au développement au total c’est 3,7 milliards"

Jean-François Achilli : Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, a dit : « L’argent public qu’on donne à des États étrangers, dans l’Algérie, ça nous coûte 13 milliards », dit-il. « En temps de crise, tout ce qui n’est pas utile est inutile. » Commentaire ?

Éléonore Caroit : "Alors déjà, c’est faux, ça ne nous coûte pas 13 milliards. L’aide publique au développement au total, c’est-à-dire l’investissement aussi dans les organisations internationales, toutes nos contributions, enfin tout ce qui dépend de mon ministère, c’est 3,7 milliards. Ce n’est même pas 0,5 % du budget de l’État. À l’Algérie, on ne donne pas d’aide publique."

Jean-François Achilli : D’où il sort, le chiffre de 13 milliards, d’après vous ?

Éléonore Caroit : "C’est le montant agrégé de tout ce qu’il y a en stock à l’AFD. Ce n’est pas du tout ce que cela coûte au budget de l’État. Et c’est important parce que ce sont des projets qui s’étalent sur plusieurs années. Et ça c’est important de le dire, parce qu’évidemment on attise des rancœurs, on attise des ressentiments : il n’y a pas d’aide donnée au gouvernement algérien."

Jean-François Achilli : Mais vous comprenez vos opposants qui se sont indignés quand on a pu apprendre qu’on aide, notamment la Chine, des projets en Chine ?

Éléonore Caroit : "On n’aide pas la Chine."

Jean-François Achilli : C’est une fausse information ?

Éléonore Caroit : "C’est une fausse information. On n’aide pas la Chine. Il n’y a pas d’aide publique au développement donnée en Chine."

"Il y a eu des projets de prêts en Chine à des taux de marché, qui sont remboursés, qui rapportent de l’argent à l’AFD, qui d’ailleurs reverse de l’argent, plusieurs centaines de millions, à l’État, et qui aujourd’hui sont un choix."

"On peut se dire qu’on n’a pas à prêter de l’argent à la Chine, ça c’est un autre débat, mais de là à dire qu’on donne de l’argent à la Chine, c’est une fausse information également."

"Il n’y a pas d’aide au développement à des pays qui nous sont hostiles. C’est absolument assumé."

Jean-François Achilli : Est-ce qu’il ne faudrait pas, ça a été dit par d’autres, couper l’aide au développement de pays qui nous sont hostiles régulièrement ? On parle de l’Algérie, du Niger, du Burkina, du Mali, et qui posent problème avec les OQTF. Est-ce qu’il n’y aurait pas un moyen de pression là-dessus ? Est-ce qu’il y a un peu de réalisme à avoir là-dessus ?

Éléonore Caroit : "Mais c’est ce que l’on fait, en réalité. Je veux dire, aujourd’hui, il n’y a pas d’aide au développement à des pays qui nous sont hostiles. C’est absolument assumé."

"Ce que l’on fait, ce sont des partenariats qui sont dans notre bénéfice et dans le bénéfice de notre partenaire. C’est d’ailleurs pour ça, vous le disiez en introduction en me présentant, le titre de mon portefeuille, c’est « Partenariats internationaux ». Avant, on appelait ça « Développement, coopération ». En fait, on fait des choix."

Jean-François Achilli : 3-1 face au Sénégal. Je ne sais pas si vous avez regardé le match hier soir.

Éléonore Caroit : "J’avais quelque chose, mais j’ai quand même regardé sur mon téléphone."

Jean-François Achilli : C’est bien parti pour les Bleus au Mondial. Que dites-vous des propos du président de l’Assemblée nationale du Sénégal, ancien Premier ministre, Ousmane Sonko ? C’est au micro de nos confrères de France 24, qui répond à propos d’un pronostic de match. Il dit : « Ce n’est qu’un match de football, mais pour avoir une lecture politique de ce match, quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique. »

Éléonore Caroit : "Déjà, ça, c’était avant le résultat. Donc on voit qu’il avait peur de perdre. Mais en tout cas, ce que l’on voit, c’est qu’on a gagné ce premier match. Et en réalité, tous les joueurs de l’équipe de France sont Français, sans aucune distinction. Et non seulement ils sont Français, mais ils sont la fierté nationale."

"Et à ceux qui auraient un doute et qui voudraient avoir une lecture partielle, ou vous dire que vous êtes moins Français parce que vous êtes binational, typiquement le Rassemblement national qui ne cesse de le dire, eh bien ils ont tort. Lorsque l’on est Français, on l’est pleinement. Moi-même, j’ai plusieurs nationalités et je suis pourtant 100 % Française et fière de l’être."

Jean-François Achilli : Est-ce que vous regrettez que le foot français ne soit pas plus mobilisé pour la libération de Christophe Gleizes, détenu en Algérie ?

Éléonore Caroit : "Je pense qu’on doit tous être mobilisés."

Jean-François Achilli : Les footballeurs, là, ils pourraient en profiter, non ?

Éléonore Caroit : "Écoutez, on peut leur suggérer, mais tous, en réalité, autant que nous sommes, on doit être mobilisés pour la libération de nos concitoyens partout dans le monde. Il y a évidemment Christophe Gleizes, mais il y a d’autres Français qui sont dans des situations extrêmement difficiles à travers le monde. Et je profite pour rendre hommage à nos diplomates et à toutes celles et ceux qui sont justement mobilisés pour permettre qu’ils rentrent à la maison rapidement."

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