"70 % de la forêt aujourd’hui qui appartient à des propriétaires privés". Au micro de Sud Radio, Ferréol Delmas a répondu aux questions de Jacques Cardoze
Forêts : "On a beaucoup planté de pins, des arbres très inflammables"
Jacques Cardoze : L’invité du Grand Matin aujourd’hui, c’est Ferréol Delmas. Il est directeur général du think tank Écologie responsable. Vous allez voir que c’est d’une écologie différente dont on parle aujourd’hui. On est très loin des opinions que l’on a l’habitude d’entendre de Marine Tondelier, notamment. Merci d’être avec nous sur l’antenne de Sud Radio.
Ferréol Delmas : "Bonjour, merci pour votre invitation. Alors, à distance, parce que je vous appelle depuis le Var, qui est un lieu un peu sinistré par nos incendies, et je suis heureusement dans une zone qui est protégée, pour l’instant encore."
Jacques Cardoze : Au moins, vous savez de quoi vous parlez. Vous êtes au plus proche des incendies et de la problématique dont on va parler maintenant, qui est la reconstruction. Comment replanter ? Alors, qu’est-ce que vous proposez, notamment ? Vous dites qu’il faut adapter les essences forestières et les infrastructures. Pourquoi, précisément, faut-il les adapter ?
Ferréol Delmas : "C’est un plan de 500 millions d’euros sur cinq ans. Donc, ça paraît énorme, mais ça représente 100 millions d’euros par an, ce qui est une somme dérisoire par rapport aux sommes qui sont investies aujourd’hui pour pouvoir justement guérir la forêt avec les pompiers et la protéger. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on a beaucoup planté de pins, notamment des pins résineux, qui sont des arbres très inflammables, là où on pourrait mettre des chênes, qui sont des arbres beaucoup plus résistants et qui permettent au feu de ne pas se propager. Un chêne met cinq fois plus de temps à brûler qu’un pin résineux. On mettrait des chênes le long, par exemple, de la métropole bordelaise, et après des pins résineux. Ça permettrait de faire une sorte de grande frontière de bois, avec du bois très, très résistant, qui permet justement à la forêt de se préserver."
Jacques Cardoze : On a tous constaté, lorsqu’on a essayé de brûler du bois, qu’il y a des bois qui partent très, très vite en fumée, puis qu’il y en a d’autres qui parfois ne brûlent pas ou mettent énormément de temps à brûler. Voilà une idée intéressante. J’ai envie de dire : elle est tellement évidente. Pourquoi n’est-elle pas adaptée et proposée dans les plans actuels ?
Ferréol Delmas : "En 2022, la forêt des Landes avait brûlé et le sujet s’était déjà posé de mettre en place des chênes plutôt que des pins. Et le gouvernement de technocrates a décidé de remettre en place des pins parce que c’est du bois qui se vend beaucoup plus facilement, qui est beaucoup plus facile à développer et qui est beaucoup plus lucratif."
"70 % de la forêt aujourd’hui qui appartient à des propriétaires privés"
Jacques Cardoze : C’est triste, c’est une question économique aussi.
Ferréol Delmas : "Oui. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on a 70 % de la forêt aujourd’hui qui appartient à des propriétaires privés. Ce sont des gens qui vivent souvent dans des milieux ruraux, qu’il faut aussi aider, qu’il faut encourager, via notamment, par exemple, des exemptions fiscales. Notre plan fait une très grande place à des exemptions fiscales importantes."
Jacques Cardoze : Point par point, vous venez de nous expliquer, c’est très intéressant, qu’il ne faut pas choisir n’importe quelle essence forestière. Et là, vous faites allusion maintenant à des incitations économiques. De quoi s’agit-il exactement ?
Ferréol Delmas : "En fait, il y a un fonds qui s’appelle le Fonds vert, qui n’est pas très connu, qui est aux mains des collectivités territoriales. Monique Barbut voulait le raboter, puis finalement il ne sera pas raboté, parce que les aléas climatiques actuels font qu’il sera laissé en l’état, et qui permet aux maires, justement, d’adapter leur commune au réchauffement climatique."
"Donc l’une des propositions de notre think tank, c’est justement de flécher une partie de ce Fonds vert vers les propriétaires forestiers. Les maires vont débroussailler les forêts, parce qu’une forêt gérée est une forêt qui ne brûle pas, contrairement à ce qu’on peut entendre dans le mainstream de l’extrême gauche. Une forêt gérée est une forêt qui brûle moins, en tout cas. Et donc, permettre aux maires de débroussailler, avec ce Fonds vert, notamment des parcelles privées, avec des gens qui sont peut-être peu fortunés, âgés, dans des milieux ruraux, qui n’ont pas forcément les moyens de débroussailler. Et après, sur le temps long, ils rembourseront la collectivité. Mais au moins, on est sûr d’éviter les incendies ou de limiter les incendies grâce à ce Fonds vert."
"On peut mettre en place des drones pour surveiller les forêts"
Jacques Cardoze : Quelles sont les autres innovations auxquelles vous faites allusion ? Vous dites que l’innovation est la grande absente de la doctrine publique : qu’est-ce que vous, vous proposez en termes d’innovation ?
Ferréol Delmas : "Alors, il faut savoir déjà que le plan gouvernemental sur les forêts ne comprend pas le mot « innovation ». Quand on se dit qu’on a un État soi-disant jupitérien, avec des grands technophiles qui veulent mettre de l’IA partout, ça paraît étonnant que, pour une fois, ils ne mettent pas d’innovation. On peut, par exemple, mettre en place des drones pour surveiller les forêts. Il y a une défaillance sur les drones qui est vraiment hallucinante. C’est hallucinant qu’on n’ait pas plus développé notre forêt, notre plan forêt là-dessus. Et aussi, il faut dire les mots : le problème, ce sont les mégots de cigarette. Donc faire un plan aussi de prévention sur les mégots de cigarette et proposer une alternative avec les cigarettes électroniques, ça peut être aussi une solution."
Jacques Cardoze : Je comprends très bien votre point de vue, même si vous allez avoir du mal à placer un policier ou un gendarme derrière toutes les personnes qui fument et peuvent potentiellement jeter des mégots de cigarette. Mais ça passe par la prévention.
Ferréol Delmas : "Ça passe par la prévention."
Jacques Cardoze : Oui. En tous les cas, il y a un point qui est intéressant, c’est renforcer la surveillance et les moyens humains. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, on a des moyens technologiques qui nous permettraient d’aller plus loin. Et vous, vous proposez, par exemple, d’installer une surveillance par drone. On ne le fait pas. Pourquoi, aujourd’hui ? Parce qu’on n’est pas prêt ou parce qu’on n’a pas les moyens de le faire ?
Ferréol Delmas : "Alors, c’est un peu les deux, parce que c’est une technologie qu’on maîtrise difficilement, mais qui se développe au fur et à mesure, euh, tout d’abord. Et le second point, c’est que le gouvernement voulait raboter le plan forêt avant que, justement, ça brûle. Nous, on alerte depuis déjà le mois de mars. Le 21 mars est la Journée nationale de la forêt, et nous, on prévenait déjà en disant : « On va avoir des mégafeux comme ce qu’on connaît aujourd’hui. Anticipons et prévoyons. »"
"Ça passe donc aussi par la formation de la population. On a, par exemple, des brigades forestières ou des sapeurs forestiers qui ne sont pas présents dans tous les départements, qu’on pourrait développer, et former justement ces brigades forestières à la gestion de ces drones et à cette gestion informatique et technologique. C’est vraiment mettre l’innovation et l’IA de la meilleure des manières, pour protéger ce qui est le plus cher, c’est-à-dire notre patrimoine de biodiversité."
"Il y a une très belle citation de Chateaubriand qui est : « Les forêts précèdent les civilisations, les déserts les suivent. » Et je pense qu’un pays qui oublie sa forêt, un pays qui oublie son… eh bien, son art de vivre, qui oublie justement son patrimoine de biodiversité, c’est un pays qui se meurt et un pays qui est finalement déraciné. Nous, dans notre think tank — c’est un think tank d’écologie de droite — c’est aussi prôner cette vision de l’écologie, une vision positive, une vision qui n’emmerde pas les Français, mais qui permet à notre pays d’avoir un pays adapté et un pays qui préserve, son patrimoine de biodiversité, son patrimoine culturel, son patrimoine dans l’ensemble."
"On éloigne les Français de l’écologie"
Jacques Cardoze : Vous dites : « Nous sommes un think tank de droite parce que nous pouvons penser l’écologie autrement. » Euh, vous vous sentez très, très loin des positions de Marine Tondelier, notamment, ou bien encore de WWF, de France Nature Environnement. Pourquoi ? Parce que, selon vous, ils n’abordent pas la protection de la nature comme il le faut ?
Ferréol Delmas : "Alors, je pense que je ne les mettrais pas tous dans le même panier. WWF est beaucoup plus ouvert, et on l’a vu dernièrement, justement, quand la présidente a rencontré Jordan Bardella. Il y a eu toute une polémique sur le sujet. Honnêtement, WWF est le plus ouvert et nous, on a de très bonnes relations avec eux."
"Mais oui, parce que quand on veut mettre en place la convergence des luttes et qu’on parle de Gaza et de l’environnement en même temps, que finalement on est plus intéressé par venir taxer les riches que par vouloir protéger la nature, forcément, à la fin, on éloigne les Français de l’écologie."
"On fait un Tour de France avec mon think tank pour aller à la rencontre des Français et des Françaises partout sur le territoire. Donc, on était à Amboise il y a peu de temps, et je rencontre l’ancien premier adjoint LR de la ville, qui me dit : « Ah, surtout, moi, je ne suis pas écolo, je vous reçois parce que vous êtes de droite. » Donc je lui dis : « Ah bon, eh bien, on est très contents d’être là quand même. » Et au fur et à mesure de la discussion, il me dit que, quand il était premier adjoint, il plantait un arbre à la naissance de chaque enfant, et l’enfant était chargé de s’occuper symboliquement de l’arbre. Moi, je trouve que ça, c’est quelque chose qui est à la fois écologique, qui est visionnaire et qui permet justement d’enraciner un jeune. On parlait des jeunes qui brûlent les forêts. Un jeune pour qui, à sa naissance, la commune plante un arbre, et qui est chargé symboliquement de s’occuper de cet arbre après, tout au long de sa vie, je vous promets qu’il n’ira pas brûler cet arbre-là."
"Et ce maire de droite, qui, lui, ne se considérait pas écolo, il était sans doute plus écolo que Marine Tondelier, qui, d’ailleurs a arrêté son Tour de France il y a peu de temps parce que, face aux feux de forêt, attention, c’est dangereux. Donc, surtout, n’allons pas au contact, restons bien à Paris, dans nos quartiers bobos, et restons bien tranquilles. Mais nous, on est tout à fait alignés avec le GIEC, qui dit : adaptation et atténuation. Mais atténuation et adaptation ne veulent pas dire non plus lutte des classes ni Gaza. C’est très important, c’est très important de le dire."
Jacques Cardoze : Merci infiniment, Ferréol Delmas, de dire qu’une écologie de droite, c’est aussi une écologie qui est alignée avec le GIEC et avec les recommandations du GIEC. Le problème n’est pas là. Le problème, ce sont les solutions. Quelles sont les solutions que l’on apporte ? Et vous venez de nous donner quelques clés avec l’introduction de l’intelligence artificielle, avec le choix des essences et avec des incitations économiques.
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