Jacques Cardoze : Êtes-vous candidate à l'élection présidentielle, Natacha Polony ?
Natacha Polony : « J'ai annoncé que je m'engageais en politique et que je lançais un appel à tous ceux qui ont l'impression que leurs idées ne sont pas représentées. Ils sont très nombreux, puisque 53 % des Français disent ne pas se reconnaître dans l'offre actuelle.
On les appelle les orphelins de la politique, c'est-à-dire ceux qui refusent d'être condamnés à voir revenir constamment les mêmes. Donc, j'ai lancé cet appel et je peux vous dire que ce qui est frappant, c'est que des réponses, j'en ai reçu beaucoup. Les Français ne sont pas lassés de la politique ; c'est un peuple politique, mais qui en a assez de ce qu'on lui propose actuellement. »
Pensez-vous concrètement à cette élection présidentielle ?
« Je suis en train de voir quelles sont les conditions pour être utile et pour changer les choses. »
🗳️@NPolony candidate à la #Presidendielle2027 ?
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🗣️"Je m'engage en politique. Je lance un appel aux "orphelins de la politique", soit 53% des Français" #GrandMatin
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« Les fondamentaux du pays sont attaqués et on le voit tous »
Où vous situez-vous sur l'échiquier politique ? Seriez-vous intégrée au bloc central ?
« Ma filiation politique et intellectuelle est connue depuis longtemps : c'est la gauche républicaine et le gaullisme social, dans la lignée de Jean-Pierre Chevènement et de Philippe Séguin. Le gaullisme social prône l'indépendance, la justice sociale et la démocratie, c'est-à-dire la capacité du peuple à décider pour lui-même.
C'est cela, la souveraineté : ce sont les citoyens et le peuple qui décident, sans que ce pouvoir soit contourné par des instances technocratiques, des règles arbitraires ou des cours de justice. C'est tout simplement cela, la démocratie. Cependant, dans l'histoire de France, lors des crises tragiques où les fondamentaux du pays sont attaqués, il arrive un moment où des femmes et des hommes de droite et de gauche doivent se rejoindre.
Cela ne veut pas dire qu'ils sont d'accord sur tout, car il reste une droite et une gauche, mais comme au moment de la France libre, lorsque la France est en danger, on va y aller et on va parler entre nous, avec des gens qui ne sont pas forcément du même bord. C'est ça, aujourd'hui, me semble-t-il, la nécessité.
Parce que, de fait, je pense que là, les fondamentaux du pays sont attaqués et on le voit tous. Tous les chiffres sont en train de le montrer. C'est-à-dire que l'école s'effondre, l'économie s'effondre, les gens ne vivent plus de leur travail. »
🗣️@NPolony "Quand il y a une crise tragique, des gens de droite et de gauche se rejoignent. Regardez ce qu'était la France libre. Je ne ferai pas du en même temps" #GrandMatin
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"C'est l'opposition exacte du macronisme"
Est-ce une forme de macronisme réinventé ?
« Surtout pas. C'est l'opposition exacte du macronisme. Oui, mais vous êtes en train de faire une synthèse aussi de différentes filiations et c'est une proposition qui n'existe pas. Je ne vous ai pas dit « en même temps », je ne vous ai pas dit et « droite et gauche », parce que ça a viré à tout et son contraire. Je vous ai dit défense des intérêts vitaux de la France sur quelques sujets sur lesquels on se met d’accord.
Le problème du macronisme, c'est qu'il n'y avait aucune architecture idéologique, mise à part l'acceptation d'une supposée mondialisation heureuse et la soumission à des intérêts. On a déroulé le tapis rouge à toutes les plateformes du numérique américain, on a ouvert absolument tout, que ce soit Uber, Blackrock, etc. Donc justement, c'est ce contre quoi je me suis toujours battue.
Parce que je pense que les intérêts vitaux des français, c'est le fait de défendre ce par quoi nous pouvons décider pour nous-mêmes. Défendre notre énergie, défendre notre industrie, défendre nos données numériques et empêcher que tout ça soit pillé.. »
🗣️@NPolony "Sur les carburants, il faut une taxe sur les superprofits (...) et rentrer dans un rapport de force pour faire pression sur les Etats-Unis pour stopper la guerre" #GrandMatin
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"On a un problème de calcul de l'inflation"
Quelles seraient vos propositions concrètes pour redonner immédiatement du pouvoir d'achat aux Français ?
« Premier point, il faut se mettre d'accord sur le diagnostic. C'est-à-dire qu’on a un problème de calcul de l'inflation. Actuellement, l'inflation sur les produits alimentaires est totalement sous-évaluée. En fait, les gens le voient, il y a une incapacité à mesurer exactement. Deuxième point, sur les carburants. Parce qu'aujourd'hui, la première inflation, c'est celle-là.
Alors, vous avez déjà le principe d'une taxe sur les superprofits. Pardon, mais quand j'entends le patron de Total qui nous explique si on remet cette taxe sur les superprofits cette année, j'arrête le plafonnement de mépris. Mais ce n'est pas à la puissance publique de se faire dicter ses décisions par des grandes entreprises. La puissance publique est faible parce qu'elle a décidé d'être faible parfois.
Deuxième point, vous avez un lien sur cette question du pouvoir d'achat entre la question internationale et la vie des Français. Le problème que nous avons, c'est que le détroit de Hormuz est fermé. Et moi, je ne vois pas, pour l'instant, d'action véritable de la France, des puissances européennes, pour faire pression sur les Etats-Unis, pour arrêter cette guerre totalement absurde. C'est-à-dire qu'il y a une inaction totale. »
"Instaurer un véritable rapport avec les États-Unis"
Que faudrait-il entreprendre à l'échelon européen face à cette situation ?
« Nous devons instaurer un véritable rapport de force. Avec les pays européens qui refusent d'être les vassaux des États-Unis, nous devons utiliser la puissance économique de l'Europe et nos outils de coercition pour signifier aux États-Unis que cela suffit et exiger l'arrêt de cette guerre totalement illégitime.
Deuxième point, la Banque centrale européenne augmente ses taux d'intérêt alors que l'inflation est matérielle, causée par la fermeture du détroit d'Ormuz, et non par une création monétaire excessive. La BCE ne lutte ni contre le chômage ni pour la croissance ; elle lutte exclusivement contre l'inflation pour préserver le patrimoine des rentiers.
En renchérissant le crédit, elle contraint la France à payer plus cher les intérêts de sa dette, ce qui nous étrangle, tout en empêchant les PME et les ménages de financer leurs investissements ou l'achat d'un logement. Tout ça pourquoi ? Pour rien puisque ça ne changera rien au fait que le détroit d’Ormuz est fermé. La France et les pays européens doivent faire pression sur la BCE pour stopper cette politique absurde dans la zone du monde qui enregistre déjà la plus faible croissance. »
🗣️@NPolony : "La BCE lutte contre l'inflation car cela défavorise les rentiers et il faut les protéger" #GrandMatin
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"Il faut que la France pèse sur la scène internationale"
Ça vous fait mal de voir que, d'une certaine façon, on est faible ? Préférez-vous une taxe flottante sur les carburants à la baisse de la TVA de 20 % à 5,5 % proposée par le Rassemblement national ?
« Mais bien sûr que ça fait mal ! Parce que, encore une fois, ça a des conséquences sur la vie des Français. La taxe flottante sur les produits pétroliers est une mesure de bon sens qui s'adapte à la réalité du moment en absorbant les fluctuations internationales : quand les prix de l'essence montent, les taxes baissent.
On nous rétorque que cela rapporterait moins à l'État, mais c'est faux, car lorsque les prix s'envolent, les ménages compressent leurs dépenses, réduisent leurs trajets et l'État gagne moins. L'Espagne parvient à maintenir un prix du diesel inférieur de 60 centimes d'euro par litre par rapport au nôtre, soit un écart de 30 € par plein.
Je pense que c'est le bon sens de faire une taxe flottante sur les produits pétroliers parce que ça veut dire qu'on s'adapte à la réalité du moment. Quand il y a une montée, ça absorbe les fluctuations, les luttes internationales. Mais ça ne doit pas être fait tout seul. C'est-à-dire, encore une fois, je pense qu'il faut aussi que la France, en tant que puissance, pèse sur la scène internationale. »
🦺Vers un retour des Gilets jaunes ?
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🗣️@NPolony : "Il n'y aura jamais un retour sur la même forme. Mais tous les diagnostics de 2018 sont toujours là" #GrandMatin
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"L'urgence absolue est de bâtir une politique ambitieuse pour la production et les salaires"
Redoutez-vous une résurgence du mouvement des Gilets jaunes dans le contexte actuel ?
« Le mouvement ne réapparaîtra jamais sous une forme identique, mais l'ensemble des causes identifiées en 2018 restent d'actualité. Qu'est-ce qu'on a fait depuis 2018 ? Le pouvoir d'achat des Français baisse parce que les lourdes cotisations prélevées sur les salaires financent un chômage de masse, lui-même issu de notre déficit de production.
L'urgence absolue est de bâtir une politique ambitieuse pour la production et les salaires. Première chose, c'est à la puissance publique de faire son travail. Vous voyez dans ce jeu à trois, entre l'État, les entreprises et les salariés. C'est à l'État de commencer par faire les efforts. Donc, il se réforme, parce que vous avez des dépenses qui sont illégitimes. Je pourrais vous citer des dizaines de choses, par exemple, dans le millefeuille territorial qui coûte un prix fou, mais surtout, mise en place d'une vraie politique pour la production. »
"Les acheteurs publics sont morts de trouille"
Comment réorienter la commande publique en faveur des entreprises françaises ?
« Le premier point, la priorité française dans la commande publique. Quand une mairie va acheter des chaises, ou quand une cantine scolaire va acheter de la nourriture, ça part dans des entreprises qui ne sont pas françaises. C'est-à-dire, c'est l'argent des contribuables qui enrichit des entreprises étrangères.
Pourquoi ? Parce que nous avons des règles sur la commande publique qui sont plus dures. Là aussi, on a voulu être plus vertueux que les autres. Donc, on a mis, par exemple, des règles de poursuite pour risque de corruption, qui sont largement excessives. C'est-à-dire qu'il n'y a même pas besoin d'avoir la preuve de la volonté de corruption.
Donc, les acheteurs publics sont morts de trouille et ils se couvrent en allant au moins cher. Sauf que, la question c'est, comment est-ce qu'on calcule le moins cher ? Quand l'État achète, par exemple, des vêtements pour l'armée, quand vous décidez d'acheter chinois parce que c'est quelques centimes moins cher, le coût induit qui fait que vous avez une PME qui va fermer, qu'il va falloir indemniser le chômage etc. »
🗣️@NPolony : "Nous devons rétablir en France une vraie justice : récompenser ceux qui respectent les règles. Ce doit être la boussole de toute la société" #GrandMatin
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"Nos dirigeants ont cessé de défendre la France et les Français"
Comment imposer cette priorité nationale face aux règles et traités européens ?
« Il faut établir un rapport de force. L'Allemagne et l'Italie n'hésitent jamais à s'affranchir des règles européennes dès que leurs intérêts nationaux sont menacés. Nos dirigeants ont cessé de défendre la France et les Français. L'Europe, c'est comme le football, c'est un jeu qui se joue à plusieurs et à la fin, c'est l'Allemagne qui gagne. Donc, il faut mettre fin à ça. Et ça, ça passe par le fait de refuser les politiques qui sont contraires à nos enjeux vitaux.
Nous sommes contributeurs nets en Europe. Ça veut dire que nous, nous payons plus que ce que nous recevons. Donc, nous pouvons, à un moment donné, faire comme avait fait l'Angleterre quand elle était encore dans l'Europe et de dire, je ne paierai pas tant que je serai mis en danger. Simplement, nous, nous avons des élites qui considèrent que le principe de base, c'est de se donner bonne conscience en disant, nous sommes les bons élèves de l’Europe.
"Les traités sont pas très bien faits et défavorables
Et ça, ça nous a mis en minorité dans tous les arbitrages. Donc, à partir de maintenant, l'Europe va être un rapport entre États où on va décider qu'on discute de nos désaccords. Deuxième point, vous avez une Commission européenne qui outrepasse systématiquement ses prérogatives qui ne respectent même pas les traités. Déjà, les traités sont pas très bien faits, sont défavorables, mais ils sont outrepassés par une Commission qui essaye de mettre la main sur tout.
Je prends un exemple. La défense. C'est très important, la défense, parce que c'est la principale industrie qui nous reste. Pourquoi ? Parce qu'elle est justement hors marché et hors Commission européenne. C'est pour ça qu'il nous reste une industrie de défense. Eh bien, vous avez actuellement une politique qui consiste à essayer de mettre la main sur le marché, de créer un marché unique de la défense. Si nous acceptons ça, ça veut dire que nous perdrons Dassault, Thales, Safran, tous nos fleurons qui seront concurrencés. »
"Le rôle de l'État, c'est de définir les enjeux vitaux de la nation"
Quelles sont les filières industrielles stratégiques que l'État doit défendre prioritairement ?
« Je viens de vous parler de la défense, je pourrais vous parler de la chimie, je pourrais vous parler de l'ensemble, en fait, des chaînes qui nous permettent, par exemple, l'industrie pharmaceutique. Encore une fois, le rôle de l'État, ce n'est pas de venir expliquer aux gens à quelle hauteur il faut faire les barrières devant les écoles et on les fait retirer si ce n'est pas la bonne hauteur. Ça, ce n'est pas le rôle de l’État.
Le rôle de l'État, c'est de définir les enjeux vitaux de la nation. De dire, pour être une nation libre, nous devons avoir une alimentation que nous maîtrisons. Donc, on sauve nos agriculteurs, on arrête de les laisser en concurrence avec le reste du monde, et donc, par exemple, dans la commande publique, on commande à nos agriculteurs. Point.
Deuxièmement, c'est une énergie, parce qu'il n'y a pas d'industrie sans énergie. Donc, énergie décarbonée, là aussi, c'est pareil. Quand, par exemple, l'Union Européenne essaye de nous expliquer qu'il faut privatiser notre énergie hydroélectrique, nos barrages, c'est non. Et on renationalise EDF et on protège et on met en place une véritable politique urgente de défense du nucléaire. Derrière, c'est industrie, pharmaceutique, de défense, etc. Tout ce qui va nous permettre d'absorber les crises. »
"On a dit tant pis si ça faisait crever l'ensemble de nos producteurs"
Aujourd'hui, qu'est-ce que vous pourriez proposer pour qu'on regagne et qu'on soit à nouveau souverain dans ce que l'on produit ?
« Quand je vous parle de la justice, en effet, je vous parle de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Nous avons des paysans qui travaillent 60, 70 heures par semaine, qui ne prennent pas de vacances. La justice, c'est qu'ils vivent de leur travail. Et pour qu'ils vivent de leur travail, je vous ai parlé tout à l'heure de la commande publique.
Si toutes les cantines scolaires, si tous les hôpitaux, si toutes les collectivités commandent spécifiquement à des agriculteurs français, plutôt que de mettre en concurrence avec des pays, par exemple la Turquie, où le SMIC est à 475 euros, eh bien, vous faites vivre nos agriculteurs. C'est un choix. Nous avons décidé de faire autrement parce que nous sommes allés à la facilité, que nous avons considéré que le but, c'était de préserver l'immédiat, le temps court. Et tant pis si ça faisait crever l'ensemble de nos producteurs. Eh bien, moi je considère que c'est à l'État de faire cet effort. »
Ça coûtera plus cher à l'État ?
« Ben non, puisqu'à la fin, nous aurons enrichi des gens qui travaillent, qui ne sont pas délocalisables, qui sont sur notre sol et qui payent des impôts. C'est la priorité à la production française dans la commande publique. Parce que l'intérêt des Français doit primer. Il faut rétablir ce que c'est que la nation. »
"Ceux qui enfreignent les règles doivent être punis"
Vous pourriez travailler avec le Rassemblement National sur cette idée ?
« Il y a des tas de valeurs que je ne partage pas avec le Rassemblement National, mais ce n'est pas pour ça que le Rassemblement National dit des choses fausses sur tout. Donc moi, ce qui m'intéresse, c'est justement de sortir de cette idée d'une France éternelle où l'on chasserait ceux qui ne font pas d'efforts. Quand je vous parle de justice, je vous parle de la récompense de ceux qui travaillent.
D'où qu'ils viennent, quels qu'ils soient, ceux qui respectent les règles et ceux qui travaillent, les Français les veulent bien chez eux. En revanche, ceux qui enfreignent les règles doivent être punis et on doit les inviter à quitter le territoire quand ils ne sont pas des Français. »
Même si vous ne partagez pas toutes les valeurs du Rassemblement National, il y a des points sur lesquels vous pourriez vous rejoindre avec ce parti ? Si demain il est au pouvoir, vous pourriez être ministre ?
« Non. Non, ce n'est pas la question. Je défends une vision universaliste de la France. Je défends une vision qui repose sur ce que font les gens et pas ce qu'ils sont.
Donc, je défends les règles de la République telles qu'elles ont toujours existées. Et c'est pour ça que quand je vous parle de production, je vous parle de priorité à la production française. Vous voyez, il faut rentrer dans les détails. »