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Pourquoi la Figure du Général de Gaulle continue-t-elle de fasciner?

Interview Sud Radio – La figure du Général de Gaulle continue de passionner les Français. Avec le diptyque d’’Antonin Baudry, une dose de nostalgie de l’époque gaullienne est remontée. Au micro de Sud Radio, l’historien Arnaud Teyssier nous explique pourquoi cette figure mythique continue d’inspirer.

Périco Légasse est revenu sur le décès du général de Gaulle, il y a 55 ans, jour pour jour

Avec la sortie des deux films d’Antonin Baudry, la personne du Général de Gaulle est revenu dans les débats. Tous les hommes politiques, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon revendiquent son héritage ou du moins prennent la part du Général qui les intéressent. La figure de l’homme du 18 juin est une figure bien plus complexe. Au micro de Sud Radio, l’historien Arnaud Teyssier revient sur le fondateur de la Vè République et comment il inspire encore les Français.

Quelle est la place du Général de Gaulle, 50 ans après sa mort?

« Alors, je pense d'abord que s'il est vrai que c'est un personnage historique, qui appartient donc au passé de la France et un passé assez largement glorieux, c'est quand même quelqu'un qui reste assez proche de nous dans le temps, même si pour les jeunes, évidemment, 50 ans c'est très loin, mais nous vivons quand même dans des institutions qui, même si elles sont un peu abîmées, sont quand même des institutions que de Gaulle nous a données. » explique l'Historien Arnaud Teyssier au micro de Sud Radio

« Donc nous vivons dans un univers institutionnel qui a été voulu par de Gaulle, même s'il ne marche pas évidemment de la même manière, et nous vivons dans un monde qui, par certains côtés, n'a pas finalement tellement changé, même s'il y a la mondialisation, les nouvelles technologies, qui n'a pas tellement changé par rapport au monde de de Gaulle, parce que c'est un monde dangereux. Avec des phénomènes de puissance, avec la menace de la guerre, tout cela, le monde de De Gaulle n'est pas si éloigné du nôtre. » confie celui qui a écrit une Biographie sur le Général de Gaulle

« Et puis le deuxième point, c'est que De Gaulle, dans la conscience collective, c'est d'abord l'homme qui a su dire non, qui a pris des risques personnels et qui a pris la parole et qui a pris en charge la légitimité française. Et puis c'est un homme qui savait décider et qui n'avait pas peur de se mesurer au grand. Voilà, donc je crois qu'il y a une nostalgie qui est assez compréhensible. » estime l'Historien au micro de Sud Radio

« Les hommes politiques aujourd'hui savent parler, même quelquefois un peu trop, mais ils ne savent pas s'imposer aussi aisément que le faisait De Gaulle et qui par ailleurs avait un discours politique, je voudrais bien insister là-dessus, qui était simple et accessible. » pointe Arnaud Teyssier

Quand le Général parlait aux foules, comment était-il ?

« Il parlait de grandes choses, il parlait de choses très sérieuses, il ne méprisait pas. Son public, mais il était capable de dire des choses simples avec vigueur et en peu de mots. Aujourd'hui, on a l'impression que les hommes politiques parlent beaucoup pour dire moins. Il y a une formule que j'aime beaucoup qu'a utilisée un grand journaliste au sujet de De Gaulle. Il ne parle pas à la foule, mais à un peuple. C'est quelqu'un qui ne s'adresse pas des tranches sociologiques de la population, mais qui a le sentiment de parler à un peuple qui a une histoire, qui a un présent, qui a un avenir. Il ne parle pas à la foule mais à un peuple. C'est une jolie phrase pour résumer justement la façon dont de Gaulle s'adressait au peuple français. » explique l'Historien Arnaud Teyssier

« Vous savez, De Gaulle était un très bon professeur, il faut le savoir. Il a enseigné à l'école de guerre dans les années 1920, quand il avait 35-40 ans. Et il y a une très belle conférence dont on a le texte qu'il avait donné aux élèves de Saint-Cyr où il leur disait Vous savez, en gros, il le disait mieux que je ne vais le faire de mémoire, il disait, vous savez, on vous expliquera qu'il y a un sens de l'histoire, qu'il y a des choses pour lesquelles on ne peut rien, qu'il faut quelquefois accepter le destin. » décrit le biographe du Général de Gaulle

« Détrompez-vous, gardez la tête haute, il n'y a pas de sens de l'histoire. Il suffit quelquefois de quelques hommes et quelques femmes pour respecter le destin d'un pays et pour affronter les difficultés. De Gaulle, c'est l'homme qui ne se résigne pas et je trouve que c'est un message qui est très beau pour la jeunesse et je suis très très heureux que la jeunesse le comprenne et encore une fois c'est quelquefois des valeurs simples et fortes qui permettent de parler à la jeunesse au lieu de la flatter. De Gaulle n'est pas quelqu'un qui flattait la jeunesse, c'était quelqu'un qui savait lui parler, qui était un pédagogue. » rappelle Arnaud Teyssier

Est-ce qu’un nouveau De Gaulle est possible ?

« Je crois qu'il ne faut pas vivre en attendant à nouveau de Gaulle. D'abord parce qu'on risque d'attendre longtemps, et ensuite parce que ce n'est pas ce qu'il souhaitait. Vous savez, ce qui m'a toujours frappé, on dit toujours une bêtise sur la Ve République, on dit toujours que ce sont des institutions qui ont été taillées sur mesure par un homme hors normes, et donc c'est normal qu'on n'arrive pas à gouverner aussi bien que lui. » annonce Arnaud Teyssier au micro de Sud Radio

« Donc je crois qu'il ne faut pas attendre un nouveau de Gaulle mais qu'il faut essayer de s'inspirer de de Gaulle. On n'est pas obligé d'être un personnage comme de Gaulle mais on peut s'inspirer de ses leçons et les leçons de de Gaulle c'est de dire Il ne faut jamais se résigner, il ne faut jamais baisser les bras. Il faut savoir être ferme, constant dans ses projets, dans ses dessins. Et puis surtout, il faut savoir trancher. Le gouvernement, c'est l'art de trancher. » déclare le biographe du Général de Gaulle

Y-a-t-il une personnalité politique qui se rapproche de la figure mythique du Général ?

« Je ne vais pas faire de décerner de diplôme. Ce serait un peu compliqué pour moi. Ce que je peux dire, c'est qu'il y a une tendance quand même qui est un peu regrettable, qui est de prendre De Gaulle à la découpe. C'est-à-dire, chacun prend ce qui lui convient chez De Gaulle, alors que chez De Gaulle, C'est un tout, la vision de la France et de la politique chez De Gaulle, c'est un tout. Et en particulier, il y a un point quand même qui me paraît, qui me permet à mon avis de dire que certains sont plus ou moins fondés sur l'économie de De Gaulle. Il y a quelque chose qui est très important chez De Gaulle, c'est d'abord le rôle de l'État. » estime l'Historien

Quelle était sa pensée ?

« C'est-à-dire que De Gaulle était pour l'économie évidemment libérale, c'était quelqu'un qui qui a adhéré aux valeurs de l'Occident, même s'il considérait que le système capitaliste avait une sorte, disait-il, d'infirmité morale. Qui se retournerait contre lui un jour, donc c'est quelqu'un qui est pour l'économie libre, mais c'est quelqu'un qui a attribué une grande importance à l'État. Donc je pense qu'on peut difficilement se réclamer de De Gaulle si on n'a pas un discours un peu construit sur le rôle de l'État dans notre pays, qui pour De Gaulle était essentiel. » rappelle Arnaud Teyssier

« De Gaulle, c'est un tout, c'est l'idée d'une société qui doit être forte à l'intérieur si le pays veut être fort à l'extérieur. Ça, c'est l'idée clé. C'est qu'avant d'avoir de grandes ambitions extérieures et de proclamer de grandes phrases, il faut d'abord faire en sorte que le pays intérieurement soit fort et en paix avec lui-même. Je trouve que c'est une leçon politique pour aujourd'hui qui n'est pas négligeable. » rappelle l'Historien

Quel regard Charles de Gaulle porterait sur la France contemporaine ?

« Je ne veux pas faire parler les morts, mais je pense qu'il ne serait pas surpris, parce que je connais assez bien la vie de Charles de Gaulle, et de Gaulle a traversé l'histoire de France au XXe siècle, et donc traversé une histoire très difficile, avec des crises, des moments de faiblesse collective énorme, il a connu les défaites militaires. » estime l'Historien

« Donc la première chose, c'est qu'il ne serait pas surpris, parce que de Gaulle savait, il l'a souvent dit, et c'est pour ça d'ailleurs qu'il a fait la Vème République, que les institutions d'une démocratie sont fragiles parce qu'elles sont manipulées, elles sont maniées par des êtres humains. Et que les êtres humains sont exposés à la faiblesse, à l'incertitude, aux doutes." explique l'Historien au micro de Sud Radio.

« Il savait que le pays traverserait à nouveau des difficultés. Mais il a essayé quand même de laisser au pied les institutions les plus adaptées à ce genre de situation. Donc il ne serait pas surpris à mon avis. Et je pense que surtout, il ne serait pas désespéré. Parce qu'il ne s'est jamais laissé aller au désespoir. » rajoute Arnaud Teyssier

Est ce qu’il avait des moments de doute ?

« Il avait des moments de doute, d'angoisse, il avait de grandes angoisses, mais il n'était pas dépressif comme a pu l'être Churchill à certains moments de son existence. C'est-à-dire que c'est quelqu'un qu'il ne lâchait jamais prise, de Gaulle, c'est quelqu'un qu'il ne lâchait jamais prise. Donc je dirais qu'aujourd'hui, il serait peut-être un peu accablé par un certain nombre de choses, pas vraiment surpris à mon avis, mais il ne lâcherait pas prise. Et je crois qu'il dirait, son message serait de ne pas lâcher prise." estime le biographe du Général de Gaulle

« Il avait aussi une conviction, une conviction totalement inaltérable dans l'idée de la grandeur de la France. Il était très attaché à l'idée que la France s'exprime dans le monde, qu'elle ait une voix singulière, qu'elle continue d'avoir cette place si particulière justement qui n'est pas rattachée, qui n'est pas vassale ni des Etats-Unis, ni de la Russie, ni de l'URSS, qu'elle continue d'avoir sa propre voix. » confie Arnaud Teyssier au micro de Sud Radio

« La grandeur pour De Gaulle, je crois qu'il est important de le comprendre, ce n'est pas une exaltation un peu rhétorique. Pour lui, la grandeur, c'est un peu le synonyme de l'ambition. C'est-à-dire qu'il pense que c'est le rôle des politiques, c'est le rôle des élites, les élites qui dirigent qui dirige un pays, c'est le rôle des élites dirigeantes, de porter une ambition pour le pays tout entier. Donc la grandeur, c'est ça. Donc c'est quelque chose de fragile et qui n'est pas acquis. » ajoute Arnaud Teyssier

Qu’est ce qui faisait pensait au Général de Gaulle que la France pouvait faire de grandes choses ?

« Il faut une ambition. Et à partir du moment où on a cette ambition, ils pensaient que oui, les Français étaient capables de grandes choses. Simplement, il faut que cette ambition soit portée au plan politique. Portée aussi au plan intellectuel. C'est vrai qu'on a un regard un peu sévère sur la politique française. Mais on a quand même quelques grandes figures intellectuelles ou morales qui n'ont pas disparu. Donc c'était ça qui comptait pour lui, c'était qu'il y ait toujours cette ambition. » résume l'Historien

« Et tout dépendra de cela, de savoir si la France est portée, si elle est dirigée par des gens qui peuvent lui donner une grande ambition. La grande ambition gaullienne, la grande ambition gaulliste, en tout cas c'est un sujet qui passionne les Français encore. » conclut Arnaud Teyssier

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