Patrice Bollon est l'auteur du livre Crise: Le mot, la chose, l'histoire (Éditions du Cerf). À propos d’Emmanuel Macron, il reconnaît des échecs dans la gestion de certaines crises internes, notamment celle des Gilets jaunes, mais estime qu’il a su s’imposer sur la scène internationale, devenant presque un contrepoids politique à Trump, avec une appétence similaire pour les situations de crise.
Patrice Bollon : "Donald Trump est à la fois très libéral et très interventionniste"
Périco Légasse : Donald Trump est-il un bon disciple d'Adam Smith ? Ce libéralisme de l'offre et de la demande, "tout est business" ?
Patrice Bollon : D'une part, oui. Et d'autre part, pour lui, la politique est aux commandes de l'économie. On le voit bien avec le fait qu'il veut remplacer le dirigeant de la Banque centrale américaine fédérale. Cela veut dire qu'il intervient, c'est un interventionniste économique. C'est tout à la fois. Trump est à la fois très libéral et très interventionniste. Et même, pour lui, la politique est aux commandes de l'économie. Avec Trump, c'est le spectacle permanent de la crise.
Périco Légasse : Et le président Macron, il la gère bien la crise ?
Patrice Bollon : De temps en temps, il a très mal géré, comme avec les Gilets jaunes. Je trouve quand même qu'il se débrouille bien au niveau international, puisque c'est même devenu quasiment le second personnage politique du monde en ce moment face à Trump. Je crois qu'il aime les crises, lui aussi.
"On devrait utiliser le mot de crise qu'à bon escient"
Maud Koffler : Le mot "crise" fait intimement partie du lexique des hommes politiques. Ils l'emploient à tout va pour définir toutes sortes de problématiques sociales : la crise politique, économique, les Gilets jaunes… Pensez-vous que les hommes politiques ont conscience de l'impact du mot sur la population ? Et est-ce que pour eux, ce mot va avoir un impact négatif, "vous allez faire peur pour dominer" ?
Patrice Bollon : Il y a ça forcément, effectivement. Et je crois que l'utilisation du mot "crise" à tout-va est un véritable problème, puisque le terme n'a plus de sens. Et il a un sens exclusivement négatif. C'est pour ça qu'à un moment, dans le livre je dis que : "quand on parle de crise, il est très rare qu'un changement de gouvernement soit une véritable crise". Ce sont des péripéties normales de la vie politique. Il y a une dramatisation, mais qui est de tous les côtés. Les politiques dramatisent des événements que dramatisent aussi ceux qui les écoutent. Et je trouve ça complètement déplorable. On devrait utiliser le mot de crise qu'à bon escient. Autrement, ça enlève l'efficacité du terme.
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