« Mon humeur du jour est une mise au point. Parce qu’il y a des choses qui commencent, comme on dit un peu vulgairement, à me courir : ces anathèmes lancés à longueur de journée – « extrême gauche », « extrême droite », « fasciste » et compagnie.
Je voudrais d’abord rappeler une définition simple. Les termes « extrême gauche » et « extrême droite » sont à l’origine des termes géométriques. Ils correspondent à la position des parlementaires dans un hémicycle : la gauche d’un côté, la droite de l’autre, et donc, à leurs extrémités, l’extrême gauche et l’extrême droite.
"Une distinction claire entre l’idéologie nauséabonde et le nombre de morts"
Mais aujourd’hui, sur toutes les ondes, sur toutes les images et dans toutes les conversations, ces mots sont utilisés en permanence : extrême gauche, extrême droite, fascisme, nazisme, trotskisme, stalinisme. Je voudrais que l’on fasse une distinction claire entre l’idéologie nauséabonde d’un côté et le nombre de morts de l’autre. On verra que la réalité historique est plus complexe qu’on ne le dit souvent.
L’extrême droite porte en elle deux références majeures : le fascisme et le nazisme. Le nazisme, c’est une tâche indélébile liée à la Shoah et à l’antisémitisme, parce qu’il s’agissait d’une idéologie d’État. J’insiste : ce n’était pas un simple parti subversif. C’était un gouvernement et un État qui décidaient que tout enfant né juif devait être exterminé dans des chambres à gaz et des fours crématoires. Cette tâche indélébile renvoie à la période de l’Allemagne nazie.
"Un parti politique qui considérait que les Juifs devaient être éliminés"
À ce moment-là de son histoire, l’Allemagne officielle – la grande nation de Goethe, de Schubert et de Beethoven – avait porté au pouvoir, par des institutions qui étaient encore démocratiques, un parti politique qui considérait que les Juifs devaient être éliminés. C’est cela, le nazisme. Et lorsque l’on emploie aujourd’hui le mot « nazi », il faut avoir cette réalité en tête.
Le fascisme, lui aussi, renvoie à une définition précise : le rejet des droits de l’homme, de la démocratie, du libéralisme et de toutes les formes de liberté pour instaurer un État totalitaire, dirigé sans consultation du peuple par un chef unique. C’est cela, le fascisme.
🇫🇷 Extrême droite, extrême gauche, attention, un plus méchant peut en cacher un autre…
— Sud Radio (@SudRadio) March 5, 2026
🗣️ @perikolegasse :"L'extrême gauche est à l'origine d'à peu près 500 millions de morts. L'extrême droite a la tache indélébile du nazisme"
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"Le christianisme est une religion d’amour et de compassion"
Aujourd’hui, il n’existe pas officiellement, parmi les partis politiques reconnus par le ministère de l’Intérieur, de formation se revendiquant de cette idéologie. Il peut exister des groupuscules ou des nostalgiques, comme il existe encore des nostalgiques du nazisme, mais pas de partis reconnus comme fascistes dans les institutions.
Ensuite, regardons les choses sous un autre angle : celui du nombre de morts. Prenons un exemple historique. Au nom de la Bible et des Évangiles, entre les guerres de religion en Europe et les conquêtes en Amérique latine, des millions de personnes ont été tuées. Depuis les conquêtes menées par Cortés jusqu’à celles de Pizarro, on estime que des dizaines de millions de personnes ont péri dans les Amériques. Pourtant, le christianisme est, à l’origine, une religion d’amour et de compassion.
"L’islam est associé à des violences historiques"
L’islam, aujourd’hui confronté à des phénomènes d’intégrisme et de terrorisme, est lui aussi associé à des violences historiques. Mais il est important de rappeler que ces phénomènes s’inscrivent dans des contextes politiques, militaires et historiques précis.
Lorsque les sociétés sombrent dans la guerre civile, la violence peut devenir totalement absurde. La guerre d’Espagne, entre 1936 et 1939, en est un exemple. Lorsque les franquistes ont commencé à fusiller des syndicalistes, les forces de gauche ont répondu en fusillant des notaires. Ensuite, les franquistes ont exécuté des instituteurs, et les groupes révolutionnaires ont exécuté des pharmaciens. La logique de guerre civile peut conduire à des dérives totalement irrationnelles.
"Des pages sombres de l’histoire"
Si l’on élargit le regard à l’histoire du XXᵉ siècle, les régimes communistes ont eux aussi provoqué des tragédies immenses. Sous des dirigeants comme Staline, Mao Zedong ou Pol Pot, des millions de personnes ont été victimes de purges politiques, de famines ou de répressions massives. Le goulag soviétique, les violences des Khmers rouges au Cambodge ou encore les catastrophes humaines liées aux politiques de Mao en Chine font partie de ces pages sombres de l’histoire.
Tout cela pour dire une chose simple : avant de qualifier trop rapidement quelqu’un d’extrême droite ou d’extrême gauche, il faut se souvenir de ce que ces mots recouvrent réellement dans l’histoire.
"Le nazisme et le stalinisme ont été une monstruosité"
Le nazisme a été une monstruosité. Le stalinisme a été une monstruosité. Les régimes totalitaires ont produit des catastrophes humaines immenses. Alors, lorsque l’on traite quelqu’un de « fasciste » ou de « stalinien » à la légère, on banalise des réalités historiques d’une extrême gravité. On banalise Hitler et on banalise Staline.
Avant d’insulter quelqu’un avec ces mots, il faudrait d’abord respecter l’histoire et respecter les victimes : celles qui sont mortes dans les camps de concentration et celles qui sont mortes dans les goulags. Aujourd’hui, fort heureusement, je ne dis pas que cela n’arrivera plus jamais, mais nous n’avons pas, dans nos partis politiques actuels, des figures comparables à Hitler, Staline ou Mao Zedong. »
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