Alexandre Del Valle est auteur du livre Le nouvel ordre post-occidental: Comment la guerre en Ukraine et le retour de Trump accélèrent la grande bascule géopolitique (Éditions L'Artilleur). Dans cet entretien, il évoque notamment le réarmement de l’Allemagne, les rivalités entre grandes puissances et le débat entre souveraineté nationale et souveraineté européenne. Pour Alexandre Del Valle, cet "espace désouverainisé" pourrait exposer l’Europe aux ambitions de plusieurs acteurs géopolitiques.
Alexandre Del Valle : "Nous n'avons ni une souveraineté nationale réelle, ni une souveraineté supranationale"
Périco Légasse : Dans votre livre vous évoquez votre maître, le général Gallois…
Alexandre Del Valle : On l'a un peu ridiculisé pour son obsession germanique. Mais ce qui se passe aujourd'hui avec l'Allemagne, il disait qu'elle redeviendrait une armée hégémonique. Et c'est le plan de l'Allemagne avec cet énorme investissement. Donc, le général Gallois disait : "Soit on a une souveraineté nationale et on peut exister même en tant une petite puissance moyenne, si on est fort et si on est souverain, soit on va vers une souveraineté européenne". Mais il disait : "Le pire, c'est l'espace entre les deux". Si nous ne sommes pas capables de devenir une supranationalité souveraine européenne, un État européen, mais si nous ne sommes plus capables d'être un vrai État souverain, nous ne sommes ni souverains au niveau européen, ni souverains au niveau français. Nous sommes dans un espace de non-souveraineté, nous sommes un ogni, un objet géopolitique non identifié.
Et là, c'est ça qui attire les prédateurs, les [bâtisseurs] d'empires. Le prédateur, il n'attaque jamais les plus forts du troupeau, il attaque la personne qui est un peu en dehors du troupeau et qui boite. Et là, nous sommes un petit peu comme l'animal qui boite dans le troupeau. Le prédateur économique chinois, le prédateur politique américain, le prédateur turc loup, le loup qui arrive dans la bergerie… et les islamistes aussi… et les Russes aussi qui veulent manger une partie de l'Europe. Ces quatre empires nous voient comme un ogni faible, un espace que j'appelle dans mon livre "un espace désouverainisé". Car nous n'avons ni une souveraineté nationale réelle, ni une souveraineté supranationale. Ceci est très dangereux, il faut régler le problème. Macron propose une souveraineté européenne - il est franc, finalement, il avoue son projet de désouverainisation des États. D'autres disent : "Il faut revenir à la souveraineté des États".
Moi, je penche pour la deuxième solution. Je pense que l'Europe de Fouché qu'avait prévue Monsieur de Gaulle… Vous savez, il avait fait un plan Fouché qu'il a présenté aux Allemands, aux Italiens, qui étaient d'accord, mais ça a été empêché par le Bénélux. C'était un plan où il n'y avait pas de Commission européenne, il y avait quelque chose de beaucoup plus souple. Il n'y avait pas de Parlement européen. Il y avait des députés de chaque pays qui, de temps en temps, allaient voter à Bruxelles. C'était beaucoup plus économique, beaucoup plus souple. Il y avait la subsidiarité. Et il y avait une autonomie de défense. Cette Europe beaucoup plus souple, beaucoup moins coûteuse, gérée par la subsidiarité, se serait occupée uniquement de ce que la nation ne pouvait pas faire. C'était le projet initial de l'Europe. Mais de Gaulle, malheureusement, a échoué.
"Ce qui gêne les globalistes, c'est l'identité nationale"
Périco Légasse : Est-ce qu'on peut reconstruire déjà au niveau européen, sans parler de souveraineté totale, une protection européenne face au monstre américain ?
Alexandre Del Valle : Alors là, c'est un débat très compliqué. C'est le projet de Macron. Le mot "souveraineté" est interdit quand c'est national. Mais quand c'est pour le global ou l'européisme, c'est tout à fait autorisé. Parce que ce qui gêne les globalistes, et aujourd'hui les européistes sont des globalistes, c'est l'identité nationale. Donc, souveraineté européenne, c'est parfait, parce que c'est ce qui va permettre de détruire définitivement ce qu'il reste d'embryon de souveraineté nationale.
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