Fidèle observateur de la vie des médias et de la vie politique française, Michel Cardoze nous livre une page d’histoire de la Vème République. C’était mieux avant ?
Les médias, ou la servitude volontaire
"Il ne faut pas être nostalgique quand même. La télévision avait autrefois ses défauts, ses pesanteurs. Et elle était tout à fait soumise au pouvoir politique" explique l’ancien militant communiste. "De Gaulle voulait laisser tous les programmes aux gens de gauche, mais l’information était verrouillée. C’était assez astucieux. On laissait la création à ceux qui savaient le faire, et on gardait l’information" ajoute l’ancien présentateur météo.
Il est loin le temps où on allait chercher son texte au ministère de l’Information. Pourtant, à bien écouter les médias aujourd’hui, on pourrait croire que les textes ont bien été dictés par des partis politiques. "Parce que les moyens de pression ont changé. Le chef du gouvernement n’a plus besoin d’appeler le journaliste pour lui dire ce qu’il aimerait avoir au journal de 20h. Il n’en a plus besoin. Cela se fait tout seul. C’est ce que l’on appelle la servitude volontaire. On doit ça à Etienne de la Boétie" estime Michel Cardoze.
L’abandon de l’esprit critique ?
"Nous sommes arrivés en 1981 dans les médias dominants. Certains nous ont regardé comme des bêtes étranges. On a été mis en scène pour faire rentrer le pluralisme dans les médias dominants. On avait l’esprit contradictoire et critique. Même quand on a l’esprit arrêté, il faut toujours douter de soi, d’abord. C’est ce que j’ai fait" précise l’ancien journaliste au sujet d’une manière de penser qui semble avoir totalement déserté les plateaux de télévision et de radio.
De là, naît une méfiance. Malgré une "libre parole". "La contradiction est peu présente. Certaines idées sont ultra dominantes. La contradiction, qui devrait venir de la contestation qui est normale et nécessaire, des idées différentes, de l’utopie, il faut la chercher ailleurs que dans les médias dominants. Dans la presse écrite, dans les revues, sur Internet aussi. A cause de la multiplication des sources, nos contradicteurs naturels devraient être plus présents et plus actifs" regrette-t-il. "Cela demande du travail, et surtout du courage".
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