La dernière enquête du think-tank Destin Commun montre qu’une large majorité des Français (environ 78%) se disent fiers d’être Français, un sentiment partagé de façon stable à travers les générations et les différentes tendances politiques. Cette fierté n’est pas la même chose que le nationalisme : beaucoup affirment leur attachement à la France sans penser que les Français sont supérieurs aux autres. Les principales sources de fierté sont le patrimoine, la gastronomie, la culture et l’art de vivre, ainsi que des éléments comme les libertés individuelles et les innovations scientifiques.
Arnaud Benedetti : "La France est vraiment un modèle d'État-nation pur"
Périco Légasse : Y a-t-il encore des raisons d'être fier d'être Français ?
Arnaud Benedetti : Cette enquête est une analyse, un plan de coupe à partir du bas, et ce n'est pas du tout péjoratif dans ma bouche. C'est le ressenti des Français à partir des traits culturels. Ce n'est pas à travers le prisme du politique qu'il faut lire ce sondage, parce que les questions n'ont pas été posées à travers ce prisme-là. Cette fierté repose surtout sur la culture, la culture populaire. Malgré les divisions, un fil de transmission continue de perdurer, c'est une idée partagée par plus de 8 Français sur 10.
Périco Légasse : Peut-il y avoir une fierté française s'il n'y a pas une souveraineté française ?
Arnaud Benedetti : La France a cette particularité qu'elle se construit par l'État. En France, l'État précède la nation. La France est vraiment un modèle d'État-nation pur. En Allemagne ou en Italie, le sentiment d'appartenance nationale se manifeste non pas par le politique mais par la culture. La France est un pays où les tensions ont été très fortes et où le monopole politique de la monarchie a été longtemps contesté par les grands du royaume, jusqu'à l'épisode de la Fronde, qui a poussé Louis XIV à parachever le processus de centralisation par une absolutisation du pouvoir royal. La question de la souveraineté est donc indissociable du sujet : on est fiers parce qu'on a un État qui est capable de nous protéger, mais aussi de nous projeter, de dessiner un avenir social pour notre nation.
"Il n'y a qu'une seule exception qu'on défend désormais : l'exception culturelle"
Périco Légasse : N'est-ce pas une France rêvée, fantasmée que revendiquent les répondants à ce sondage ?
Arnaud Benedetti : Ce qui me frappe dans ce sondage, c'est tout ce qui relève du hors-champ ou du non-dit. Tout se passe comme si on était fiers d'une France qui n'existait plus vraiment, il y a quelque chose qui révèle du sentiment de nostalgie, voire de la mélancolie : la continuité menacée par le choc de civilisations. Notre pays a été désindustrialisé et désagriculturalisé. Il n'y a qu'une seule exception qu'on défend désormais : l'exception culturelle. C'est le dernier socle pour résister à la mondialisation.
Périco Légasse : Est-ce que le socle culturel, ce n'est pas l'enseignement et l'apprentissage, la transmission des savoirs ?
Arnaud Benedetti : Dans l'histoire de France, ce qui a fini d'unifier le pays, c'est à la fois le service militaire et l'école. Dès la IIIe République, l'école est considérée non seulement comme un dispositif d'unification du pays, mais c'est aussi une école qui sert de levier à l'idéal républicain d'égalité. L'école va devenir l'instrument de mobilité sociale.
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