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Mercosur : les vins et spiritueux français ne seront pas les grands gagnants

DECRYPTAGE SUD RADIO - Souvent présentés comme des gagnants potentiels de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, les vins et spiritueux français avancent pourtant dans le doute. Entre promesse de nouvelles débouchées et concurrence accrue, les viticulteurs restent prudents, à l’image de Jean-Christophe Darbeau, producteur d’Armagnac et vice-président de la chambre agricole du Gers.

Mercosur : pourquoi les vins et spiritueux français ne seront pas les grands gagnants
JEFF PACHOUD - AFP/Archives

Si l’accord UE–Mercosur cristallise la colère des agriculteurs, sur le papier, il devrait favoriser les filières viticoles et spiritueuses européennes. Aujourd’hui, les exportations françaises vers des pays comme l’Argentine, le Brésil ou l’Uruguay sont en effet pénalisées par des droits de douane élevés, pouvant atteindre 30 à 35 %. « On ne va pas se plaindre d’ouvrir un nouveau marché pour les eaux de vie », reconnaît sur Sud Radio Jean-Christophe Darbeau, viticulteur, producteur d’Armagnac et vice-président de la Chambre d’agriculture du Gers. 

« Aujourd’hui, tous les leviers sont bons à prendre. On ne peut pas se permettre de refuser les marchés », poursuit-il, expliquant que les tensions commerciales avec la Chine et les États-Unis ont ralenti les exportations. « On est impacté par la géopolitique, les taxes, les embargos. Donc ouvrir un nouveau marché, forcément, c’est quelque chose qu’on regarde ».

Une opportunité pour les produits « d’élite »

Pour les spiritueux français positionnés sur le haut de gamme, l’accès facilité à de nouveaux marchés reste une perspective attractive. « Quand on parle de viticulture aujourd’hui, on parle surtout de viticulture haut de gamme, comme le Cognac et l’Armagnac », rappelle Jean-Christophe Darbeau. L’idée n’est pas tellement de conquérir des volumes massifs mais d’exporter « des produits pour une certaine élite », souligne-t-il, évoquant un accord gagnant surtout pour les grandes appellations et les maisons les plus solides économiquement.

Cognac et Armagnac trop chers « quand des alcools locaux coûtent 2 euros la bouteille »

Mais derrière ces perspectives théoriques, « il ne faut pas non plus croire à des miracles », prévient le viticulteur. Le pouvoir d’achat dans les pays du Mercosur restant limité, la consommation de produits français haut de gamme sera logiquement restreinte dès le départ. « Le salaire moyen c’est entre 350 et 500 euros. Qui peut se permettre aujourd’hui d’acheter de l’Armagnac, quand des alcools locaux coûtent 2 euros la bouteille ? »

La concurrence des vins du Chili et de l’Argentine

Si les spiritueux vont rencontrer des difficultés à y trouver leur compte, ce sera encore plus difficile pour le vin. Car l’accord ne concerne pas uniquement les exportations européennes : il ouvre aussi le marché européen aux productions du Mercosur. « Entre l’Argentine et le Chili, c’est 40 millions d’hectolitres de vin », alerte Jean-Christophe Darbeau. Ainsi, en plus d’une concurrence sur le marché sud-américain, l’accord du Mercosur exporte cette concurrence sur le marché européen en supprimant les droits de douanes. 

Donc « quand on dit que les vins et spiritueux seront gagnants, moi je dis : pas forcément, voire non », estime Jean-Christophe Darbeau. Selon lui, seuls certains acteurs tireront réellement leur épingle du jeu. « Ce sera l’agro-industrie, les grands groupes, les appellations phares comme le Cognac, le Champagne ou les grands Bourgognes ». Mais les exploitations plus modestes risquent de subir de plein fouet la concurrence sud-américaine.

Une main d’œuvre « trois à quatre fois moins chère »

Un autre doute réside au cœur des règles de production et des coûts de production. « On n’a pas les mêmes règles du jeu », martèle Jean-Christophe Darbeau. « La main-d’œuvre, là-bas, c’est trois à quatre fois moins cher qu’en France. Comment voulez-vous qu’on se batte ? Quand on me dit qu’on va faire des contrôles, il faut arrêter de nous enfumer. Regardez la loi EGalim : elle existe, mais elle n’est pas appliquée ».

Pour lui, le débat dépasse largement le seul cadre du Mercosur. « On n’a plus envie de vivre d’aides et de primes. Ce qu’on veut, c’est pouvoir baisser nos coûts de production, notamment les charges sociales ».

« Globalement, la balance est négative »

En définitive, l’accord UE–Mercosur offre des opportunités réelles pour certaines filières et certains acteurs mais expose aussi de nombreux viticulteurs à une concurrence jugée déloyale. « On ne va pas dire qu’on ne veut pas y aller », résume Jean-Christophe Darbeau. « Mais globalement, pour nos territoires, pour des régions comme l’Occitanie, la balance penche du côté des points négatifs. Il ne faut pas se leurrer » conclu le viticulteur.

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