Face à l’afflux massif de textiles usagés, les filières de collecte et de tri peinent à suivre. Une partie croissante des vêtements déposés ne peut ni être réemployée ni correctement recyclée.
Une explosion des volumes, une qualité en chute libre
Le marché mondial de l’habillement est marqué par une contradiction de plus en plus visible : les volumes de vêtements mis sur le marché ne cessent d’augmenter, tandis que leur qualité diminue. Résultat : les vêtements sont portés moins longtemps, s’usent plus vite et deviennent plus rapidement des déchets. Les fibres synthétiques bon marché, les assemblages complexes et la faible durabilité rendent leur réemploi plus difficile. Cette évolution pèse directement sur les filières de collecte, qui voient arriver des volumes toujours plus importants de textiles de moindre qualité.
"On constate à la fois une augmentation des produits textiles qui sont mis sur le marché, et une baisse de leur qualité. Aujourd'hui, par exemple, on aurait assez de vêtements pour que l'ensemble de l'humanité s'habille jusqu'en 2100 ! Nous, ce qu'on constate aujourd'hui, ce qu'on a d'un côté la crise de la filière qui s'aggrave, c'est-à-dire qu'on ne peut plus réemployer les produits. Et, en plus, un discours qui change : on n'a plus le sentiment que c'est uniquement l'industrie de la mode qui est dans le viseur, mais uniquement les acteurs de l'ultra fast fashion. Donc nous, on dit que le projet de loi qui est en cours de discussion doit absolument traiter les deux sujets. Cette distinction, elle est artificielle. Il faut réguler pour produire moins et pour produire mieux", fait valoir au micro de Sud Radio Marie Castagné, co-déléguée et responsable plaidoyer du Réseau national des ressourceries et recycleries.
Que deviennent les vêtements déposés dans les bornes de collecte ?
En France, une grande partie des vêtements usagés est collectée via des bornes, notamment celles du réseau Le Relais. Une fois déposés, les textiles suivent plusieurs étapes. Ils sont d’abord triés dans des centres spécialisés. Les pièces en bon état sont orientées vers le réemploi : elles peuvent être revendues dans des boutiques solidaires, en France ou à l’étranger. Une part importante est exportée vers des marchés d’occasion, notamment en Afrique ou en Europe de l’Est. Les vêtements de qualité moyenne sont dirigés vers le recyclage. Ils peuvent être transformés en chiffons industriels ou en matériaux isolants. Enfin, les textiles trop abîmés ou non recyclables sont destinés à l’élimination, généralement par incinération ou enfouissement.
"On a des personnes qui s'occupent du tri, elles savent reconnaître des produits en bon état. On vérifie les coutures, les fermetures, les boutons, etc. Et ensuite, on regarde aussi l'état général du vêtement. Si le vêtement, à l'origine, quand il est produit, est de bonne qualité, ce sera plus facile de le réemployer parce qu'on pourra éventuellement le réparer, s'il y a besoin. Alors que s'il est de mauvaise qualité et qu'il a été porté beaucoup de fois, là, on ne pourra pas le mettre en rayon, il ira dans les déchets", ajoute Marie Castagné à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Pourquoi tous les vêtements ne sont-ils pas réemployables ?
Contrairement à une idée répandue, tous les vêtements déposés dans les bornes ne peuvent pas connaître une seconde vie. "Qu'est-ce qui fait qu'un T-shirt n'est pas réemployable aujourd'hui ? C'est sa qualité physique du vêtement, la matière avec laquelle il est fait. Mais aussi la qualité perçue : trouve-t-on qu'un textile est de bonne qualité ?", rappelle Marie Castagné au micro de Sud Radio. Et, bien évidemment, les vêtements trop usés, tachés ou déformés ne peuvent pas être remis sur le marché.
Les évolutions de la mode posent également problème. Certains vêtements, très marqués par des tendances éphémères, trouvent difficilement preneur sur le marché de l’occasion. À cela s’ajoute une saturation des débouchés internationaux : les pays importateurs reçoivent eux aussi des volumes croissants et commencent à limiter ces flux. Enfin, le recyclage textile reste techniquement complexe. Les vêtements composés de mélanges de fibres sont difficiles à traiter, ce qui réduit les possibilités de valorisation.
Cette accumulation de contraintes place la filière dans une situation critique. Les centres de tri sont saturés, les coûts de gestion augmentent et les débouchés se réduisent. Le modèle économique, basé en partie sur la revente des vêtements collectés, est fragilisé.
Redonner du sens à la seconde main
Dans ce contexte, les acteurs du secteur appellent à repenser les habitudes de consommation. L’achat de vêtements de seconde main apparaît comme une solution concrète pour limiter la pression sur la filière. Des structures comme Emmaüs, ainsi que les ressourceries et recycleries locales, proposent une alternative accessible et responsable. Elles permettent de prolonger la durée de vie des vêtements tout en soutenant des initiatives solidaires.
"Vous pouvez aussi trouver des textiles de très bonne qualité dans les ressourceries, les recycleries, les Emmaüs et les associations qui rallongent la durée de vie de ces textiles en les proposant à la vente à des prix solidaires ou en les donnant. Donc, n'hésitez pas à vous rendre aussi dans les ressourceries et dans les boutiques Emmaüs pour vos achats de vêtements !", rappelle Marie Castagné au micro de Sud Radio.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.