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Urgences : pourquoi les temps d’attente s’allongent

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Les services d’urgences hospitalières continuent de faire face à une forte pression malgré les mesures engagées ces dernières années pour désengorger les établissements. Les temps d’attente s’allongent, et les professionnels de santé cherchent à mieux orienter les patients vers les solutions les plus adaptées à leur situation.

Urgences : pourquoi les temps d’attente s’allongent

Entre médecin traitant, rendez-vous de soins non programmés, Service d’accès aux soins (SAS) et appel au 15, plusieurs alternatives existent désormais avant de se rendre directement aux urgences. L’objectif affiché est de réserver les services hospitaliers aux situations qui nécessitent réellement une prise en charge urgente.

Urgences : la moitié des patients attendent moins de trente minutes avant le début de leur prise en charge

Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), publiée début juin 2026, la moitié des patients attendent moins de trente minutes avant le début de leur prise en charge médicale, mais un patient sur dix doit patienter plus de deux heures et demie avant le début des soins. Dans le même temps, la durée globale des passages aux urgences a fortement augmenté au cours de la dernière décennie. En 2023, la moitié des patients pris en charge y sont restés plus de trois heures et dix minutes, contre deux heures et quinze minutes en 2013.
Cette situation s’explique notamment par la saturation de certains établissements, le manque de personnel soignant, mais aussi par les difficultés d’accès à la médecine de ville. Chaque année, près de 20 millions de passages sont enregistrés dans les services d’urgences français, selon les données gouvernementales.

"Si vous ne relevez pas d'une détresse évidente, on vous demandera d'appeler le 15 pour bénéficier d'une régulation médicale"

Face à cette réalité, de nombreux hôpitaux ont mis en place une régulation de l’accès aux urgences. Une mesure qui suscite parfois des interrogations chez les patients. Au micro de Sud Radio, le Dr Yann Penverne, président de SAMU-Urgences de France, tient toutefois à rassurer : "Est-il possible de se faire refouler aux urgences ? Non. Vous serez accueilli par un professionnel de santé qui va évaluer immédiatement si vous avez une situation d'hôpital. Si c'est le cas, évidemment, vous rentrez immédiatement, et vous êtes pris en charge. Si vous ne relevez pas d'une détresse évidente, on vous demandera, sauf conditions particulières, d'appeler le 15 pour bénéficier d'une régulation médicale. Certains patients rentreront directement : les patients qui relèvent des patients vulnérables, les patients qui ne parlent pas français, des patients qui relèvent d'une prise en charge en santé mentale. Évidemment, tous ces patients-là, on se doit de les protéger, et ils rentreront pour une évaluation par le médecin ou l'infirmière d'accueil".

Le développement du Service d’accès aux soins constitue aujourd’hui l’un des principaux outils de désengorgement. Accessible via le 15, ce dispositif permet d’évaluer la situation du patient et de l’orienter vers la réponse la plus adaptée : conseil médical, envoi d’une équipe d’urgence, consultation chez un médecin ou rendez-vous de soins non programmés sous 48 heures. Début 2025, le SAS couvrait déjà 95% de la population française.

"Notre responsabilité, c'est d'orienter les patients au mieux"

Pour le Dr Penverne, il est essentiel de ne pas culpabiliser les patients. "Il n'y a aucun reproche à faire aux patients. Je crois que c'est un message important à passer. Les patients qui viennent aux urgences, ils ne viennent pas par plaisir, je crois que c'est important de leur dire. Ils viennent parce que soit ils ont une inquiétude, soit ils n'ont pas une bonne lecture du système de soins, et l'orientation dans le système de soins peut être complexe parfois pour certains patients. Donc, ce n'est surtout pas un reproche à leur faire. Notre responsabilité, c'est de les orienter au mieux", explique-t-il à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

"Donc, appelez avant de vous déplacer, appelez votre médecin traitant. Et il y a un vrai sujet aussi : il y a un certain nombre de patients n'ont pas de médecin traitant. Lorsque vous avez un médecin traitant, vous appelez votre médecin traitant. Si vous n'avez pas de médecin traitant, vous essayez de trouver un créneau de soins non programmé, c'est-à-dire un rendez-vous avec un médecin. Et à défaut, évidemment qu'il faut appeler le 15, appeler le service d'accès aux soins pour que vous ne restiez pas sans solution, que vous ne renonciez pas aux soins, c'est très important", poursuit le Dr Penverne.

"Le sujet aujourd'hui est de bien orienter le patient"

La logique est donc celle d’une meilleure orientation plutôt que d’une fermeture des portes des urgences. "La régulation de l'accès aux urgences n'est pas synonyme de restriction de l'accès aux soins. Je crois que c'est important de le réaffirmer vis-à-vis des gens qui nous écoutent. On est dans une mission de service public. Évidemment, on accueille tout le monde, particulièrement les patients les plus fragiles et les plus vulnérables. Le sujet aujourd'hui est de bien orienter le patient dans la bonne filière de soins pour qu'il soit au bon endroit, au bon moment. Donc, les patients qui relèvent des urgences rentreront aux urgences. Mais un certain nombre de patients, effectivement, relèvent d'une prise en charge avec nos collègues de la médecine de ville. Et donc, ils pourraient tout à fait être pris en charge par les médecins libéraux avec qui on travaille sur des articulations ville-hôpital pour répondre aux besoins de soins de la population, La réorientation des patients, c'est un point qui concerne, vous comprenez bien, des patients valides, ceux qui sont en capacité de marcher, ceux qui sont en capacité de pouvoir aller vers un cabinet de médecine générale, par exemple. Les patients aux urgences sont des patients qui sont parfois sur des brancards", explique Yann Penverne au micro de Sud Radio.

Dans un contexte où les délais continuent de s’allonger, les autorités sanitaires misent désormais sur cette complémentarité entre médecine de ville, SAS et hôpital pour garantir un accès aux soins tout en préservant la capacité des urgences à traiter les situations les plus graves.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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