En analysant plusieurs références très répandues en supermarché, l’ONG dénonce un manque de transparence et alerte sur les risques pour la santé liés à ces produits industriels omniprésents dans notre alimentation.
Des aliments "sains" qui ne le sont pas toujours
L’enquête de Foodwatch s’intéresse à dix produits du quotidien, choisis pour leur image positive auprès des consommateurs. Parmi eux : des carottes râpées, du skyr, du thon en conserve ou encore des boissons végétales. Tous ont un point commun : ils sont perçus comme simples et bons pour la santé. Pourtant, l’analyse de leur composition révèle une autre réalité. Ces aliments contiennent des ingrédients caractéristiques de l’ultra-transformation, comme des émulsifiants, des épaississants ou des additifs industriels. Ces substances, absentes d’une cuisine traditionnelle, sont utilisées pour modifier la texture, le goût ou la conservation des produits. Ainsi, un produit apparemment basique peut contenir une longue liste d’ingrédients, parfois difficilement compréhensibles pour le consommateur.
Une présence massive dans les rayons
Selon Foodwatch, les aliments ultra-transformés sont aujourd’hui omniprésents. Ils représenteraient environ 60% des produits emballés vendus en supermarché. Contrairement aux idées reçues, ils ne se limitent pas aux plats préparés ou aux produits jugés "malsains". L’enquête montre qu’ils sont présents dans de nombreux aliments du quotidien, y compris ceux associés à une alimentation équilibrée.
"Évidemment, tous les produits déjà préparés, il n'y a pas de miracle : s'ils sont en rayon, c'est qu'il y a des choses qui leur permettent de rester en rayon. […] Il y a par exemple les carottes râpées. Il y a de la vinaigrette dedans - très bien. Mais il y a aussi des émulsifiants, un conservateur etc. Parce que sinon, votre carotte râpée, elle pourrait pas rester dans le rayon plus de 48 heures. Donc, le distributeur, il se dit : 'ben non, ça ne m'intéresse pas de jeter le produit après 48 heures, donc je préfère mettre beaucoup de conservateurs dedans de façon à avoir des carottes rappées qui ont la tête de carottes râpées et qui ne vont pas faner comme elles le feraient chez vous'", raconte au micro de Sud Radio Béatrice de Reynal, nutritionniste et fondatrice de Nutrimarketing.
"Il en est de même avec le guacamole : vous savez très bien qu'un avocat, vous l'ouvrez - 15 minutes plus tard, il est marron. Donc, il ne faut pas non plus croire au Père Noël parce que vous êtes en supermarché et que votre pot de carottes râpées est bien orange. Donc, réfléchissez un tout petit peu, puis vous verrez tout de suite que 'ah oui, ben, là, c'est quand même louche, un guacamole qui est là dans le rayon en pleine lumière, et comment se fait-il qu'il reste bien vert comme ça ?'. Donc, il faut être un peu curieux. Et, de toute façon, tout ça est marqué sur le produit, l'industriel ne vous ment pas. Sauf que vous ne retournez pas le paquet et vous ne lisez pas la liste des ingrédients. C'est obligatoire de mettre les ingrédients et les additifs. Donc, évidemment, vous êtes libre d'acheter quelque chose avec beaucoup d'additifs ou de ne pas acheter de choses avec des additifs", poursuit Béatrice de Reynal à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Ce phénomène est accentué par le marketing. Les emballages mettent en avant des allégations rassurantes comme "sans sucre", "riche en protéines" ou "sans conservateur", qui donnent une image positive, sans refléter le niveau réel de transformation.
Une définition encore floue mais des marqueurs identifiables
Un aliment est dit ultra-transformé lorsqu’il a subi des transformations industrielles importantes et contient des ingrédients dits "cosmétiques", utilisés pour améliorer son apparence ou son goût. "L'ultra-transformation est une notion déjà bien connue des scientifiques et qui est assez ancienne. Mais globalement, l'ultra-transformation va vous montrer du doigt des produits qui ont été préparés avec des procédés très violents, que vous ne faites pas à la maison, notamment très, très haute température, très, très haute pression, ou encore des extractions avec des solvants. Et puis, ça peut aussi vous montrer des produits qui contiennent plusieurs additifs, et notamment des additifs qui sont montrés du doigt par rapport à d'autres additifs qui n'ont pas d'effet sur votre santé", explique Béatrice de Reynal au micro de Sud Radio.
Foodwatch fait valoir que ces éléments rendent les produits difficiles à identifier pour le grand public, d’autant qu’aucun étiquetage spécifique n’indique clairement leur niveau de transformation.
Quels risques pour la santé ?
Les aliments ultra-transformés sont associés à plusieurs risques pour la santé. De nombreuses études scientifiques établissent un lien entre leur consommation et des maladies chroniques comme l’obésité, le diabète de type 2 ou les maladies cardiovasculaires. Ces produits sont souvent riches en sucres, en sel et en graisses, tout en étant pauvres en fibres et en nutriments essentiels. Leur formulation favorise également une consommation excessive, en raison de leur goût et de leur texture particulièrement attractifs. Même si tous les mécanismes ne sont pas encore totalement compris, le consensus scientifique tend à considérer ces aliments comme défavorables à une alimentation équilibrée.
Un manque de transparence dénoncé
L’un des principaux reproches formulés par Foodwatch concerne l’absence d’information claire pour les consommateurs. Aujourd’hui, aucun étiquetage obligatoire ne permet d’identifier facilement les aliments ultra-transformés. Le Nutri-Score, par exemple, évalue la qualité nutritionnelle, mais ne prend pas en compte le degré de transformation. Résultat : certains produits peuvent obtenir une bonne note tout en étant fortement transformés.
"Le Nutri-Score reste un repère très fiable pour les Français, qui, d'ailleurs, à 90%, lui font confiance, et c'est normal, parce que c'est quelque chose de fiable. C'est fiable, mais ça ne vous indique que les données nutritionnelles. C'est-à-dire que, quand on a de bonnes notes, ça va vous donner des produits qui sont moins gras, moins salés, moins sucrés que les autres. Et ça reste un très bon repère, notamment au regard de votre poids, de votre obésité, de votre diabète éventuel", nuance Béatrice de Reynal au micro de Sud Radio.
Selon Béatrice de Reynal, l''effet cocktail" n'est pas à négliger non plus : "Ces additifs sont autorisés par l'Europe. Cela veut dire que, par définition, ils ne sont pas dangereux pour la santé. Donc, c'est un mélange entre les procédés, les technologies, certains additifs… Et puis, évidemment, avec les additifs qui sont dans les contenants, dans la boîte en plastique que vous achetez etc. Donc, c'est un cocktail de tout ça qui est dangereux".
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