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Leasing automobile : une facture bien plus lourde que prévu

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - De plus en plus de Français se tournent vers le leasing automobile, séduits par des loyers mensuels attractifs et l’accès facilité à des véhicules récents. Mais derrière cette apparente simplicité, des dérives préoccupantes sont pointées du doigt.

Leasing automobile : une facture bien plus lourde que prévu, alerte l'UFC-Que Choisir

L’association UFC-Que Choisir alerte sur des contrats souvent déséquilibrés, marqués par des frais cachés et des clauses contraignantes. Un modèle qui peut, au final, coûter bien plus cher que prévu aux consommateurs.

Des loyers séduisants… mais trompeurs

La location avec option d’achat (LOA) et la location longue durée (LLD) se sont largement imposées sur le marché automobile. Leur principal argument : des mensualités plus faibles qu’un crédit classique, permettant de rouler dans un véhicule neuf sans apport important. Mais selon l’UFC-Que Choisir, cette attractivité masque une réalité plus complexe. Le coût global du leasing est souvent supérieur à celui d’un achat, notamment en raison de frais annexes et d’un manque de lisibilité des contrats. L’association dénonce notamment une information insuffisante au moment de la signature, qui empêche les consommateurs d’anticiper le coût réel de leur engagement.

"Il n'est pas normal qu'un consommateur soit bloqué avec son contrat"

"On demande que les contrats soient plus clairs, qu'il y ait une fiche d'information standardisée. Parce que, qui a déjà lu les pages d'un contrat bancaire ou assurantiel, ou n'importe quel contrat ? Donc, nous, on demande d'abord une information standardisée. Mais aussi une véritable porte de sortie quand il y a un accident de la vie : un décès, une incapacité ou une perte d'emploi. Il n'est pas normal qu'un consommateur soit bloqué avec son contrat s'il fait face à une incapacité ou un cas de force majeure", estime Juliette Woods, chargée de mission Banque et assurance à l’UFC-Que Choisir, à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Le choc des frais de restitution

C’est au moment de rendre le véhicule que les mauvaises surprises sont les plus fréquentes. Selon cette enquête de l’UFC-Que Choisir, près d’un quart des utilisateurs déclarent avoir payé des frais supplémentaires à la restitution. Le montant moyen atteint environ 1.200 euros, une somme souvent jugée injustifiée par les consommateurs. Ces frais concernent principalement l’état du véhicule (rayures, usure) ou le remplacement de pièces comme les pneus.

Le problème, réside dans la subjectivité des évaluations. Une expertise très stricte est réalisée, et la moindre anomalie peut être facturée à un tarif élevé. "On peut facturer des rayures, des jantes abîmées, des pneus, un dépassement kilométrique aussi. Donc, la facture ne s'arrête pas aux mensualités. Mais il peut y avoir des coûts supplémentaires au moment de la restitution. Et sur l'état du véhicule, tout peut être un peu subjectif, et les consommateurs se retrouvent surpris et estiment que c'est de l'usage normal, de l'usure normale. Mais après, l'expert qui est mandaté par les compagnies peut estimer qu'il y a des frais à payer qui sont très élevés. […] Le problème avec les contrats en leasing, c'est que vous devez passer par le garage partenaire et effectuer l'évaluation avec eux. Vous ne pouvez pas forcément faire toutes les procédures de votre côté", commente Juliette Woods au micro de Sud Radio.

Des contrats contraignants et peu flexibles

Autre point noir : le manque de souplesse des contrats. Le leasing impose des engagements sur plusieurs années, avec des pénalités importantes en cas de résiliation anticipée. Les conducteurs doivent également respecter un forfait kilométrique défini à l’avance. En cas de dépassement, des frais supplémentaires peuvent rapidement s’accumuler. Ces contraintes peuvent devenir problématiques en cas de changement de situation personnelle ou professionnelle. Le consommateur se retrouve alors "captif" de son contrat, avec peu de marges de manœuvre.

"Il y a une tendance de fond : on vend plus seulement un produit, on vend vraiment une mensualité qui est supportable. Du coup, on peut avoir accès à des produits qui, de base, pourraient paraître trop coûteux pour les consommateurs. Mais le danger est toujours le même : c'est de garder en principe que ce paiement mensuel, au total, il est un coût global. Et en fait, on ne peut pas accumuler plein de 'petits paiements', et ça peut vraiment venir nourrir une spirale de surendettement pour les ménages qui n'ont pas les moyens de faire face à toutes ces mensualités", poursuit Juliette Woods au micro de Sud Radio.

Le leasing, finalement très similaire à un crédit ?

Et au fait, quelles différences y a-t-il entre un leasing et un crédit ? N'est-ce pas pareil finalement ? "Ce n'est pas exactement pareil, parce qu'avec un crédit on rembourse un véhicule dont on est déjà propriétaire. On garde un actif qu'on peut revendre. En leasing, on paye pour l'usage, on n'est pas propriétaire. Et en cas de coup dur, on se retrouve à devoir continuer à payer une voiture qu'on ne peut plus assumer, avec des frais élevés, et on n'est même pas propriétaire. Donc, dans les deux cas, il y a un engagement. Mais dans le leasing, la porte de sortie est souvent plus floue, et c'est un contrat qui est très rigide", répond Juliette Woods au micro de Sud Radio.

"Pour pouvoir octroyer un crédit, vous avez des conditions à respecter qui peuvent être plus compliquées pour les consommateurs, comme par exemple l'évaluation de la solvabilité, qui va faire que tous les consommateurs ne peuvent pas [souscrire] un crédit. Sinon, certaines personnes aussi ne souhaitent pas être propriétaires de leur voiture tout simplement. Et pouvoir effectuer un leasing [constitue] une façon plus flexible, en fait", poursuit Juliette Woods.

D'ailleurs, la location avec option d'achat (LOA), qui constitue l'un des deux types de leasing, sera davantage encadrée avant fin 2026. "La LOA va être soumise à la nouvelle directive Crédit à la consommation, qui rentre en vigueur en novembre 2026. Et la LLD n'est pas impactée par ça. C'est d'ailleurs pour ça que la plupart des contrats qui sont vendus aujourd'hui sont des contrats de LLD, puisqu'il y a moins de protection. Donc nous, on demande que la LLD soit encadrée avec un niveau de protection plus proche de la LOA. Donc, comme dans la location avec option d'achat, avez une option d'achat, aujourd'hui elle est considérée comme un crédit à la consommation. Elle est soumise à cette directive et elle engage les mêmes niveaux de protection. C'est-à-dire notamment une évaluation de la solvabilité. Et aussi une publicité, un marketing qui peut être un peu moins offensif, avec vraiment l'affichage du coût global du projet. On souhaite que la LLD soit soumise à un même niveau de protection. Parce que ça nécessite un même niveau d'engagement, donc ce n'est pas normal que ce soit moins encadré", fait valoir Juliette Woods.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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