Prix des carburants, régulation des marges, 1er mai chômé, souffrance au travail, burn-out, réindustrialisation, Jordan Bardella, primaire à gauche, présidentielle, fracture territoriale. Au micro de Sud Radio, François Ruffin a répondu aux questions de Maxime Lledo.
"Ceux qui disent qu’ils ne sont pas des profiteurs de guerre sont des menteurs !"
Maxime Lledo pour Sud Radio : Que faut-il faire face à la flambée des carburants ?
François Ruffin : “Hier, à Montpellier, j’étais avec un artisan plombier qui a mis 150 euros dans son camion. La moitié de sa journée de travail part dans l’essence. Pendant ce temps-là, il y en a des profiteurs. On a eu des profiteurs de la crise Covid, on a eu des profiteurs de la guerre en Ukraine. On a aujourd’hui des profiteurs de la guerre en Iran. Ceux qui disent qu’il n’y en a pas sont des menteurs.”
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Vous accusez l’État de profiter lui aussi de la situation ?
“Oui, parce qu’autour du carburant, il y a des surprofits des pétroliers, mais il y a aussi des recettes supplémentaires pour l’État. L’énergie, c’est le sang du pays, le sang de notre économie. On ne peut pas laisser des profits se faire là-dessus pendant que les travailleurs voient leur budget exploser.”
Qu’attendez-vous du gouvernement ?
“Il faut des outils de régulation. D’abord, contrôler les prix et les marges pour empêcher les surprofits. Ensuite, remettre une taxe flottante pour lisser les hausses. Enfin, indexer les salaires sur l’inflation. Le gouvernement fait des réunions, mais il n’agit pas assez pour stabiliser les prix.”
Le gouvernement répond qu’il y a déjà des contrôles et peu d’abus. Cela ne vous convainc pas ?
“Non, parce que le contrôle des marges doit devenir automatique. On ne peut pas se contenter de constater après coup. Il faut empêcher que les hausses soient répercutées sans limite sur les Français.”
Les chèques carburant ne suffisent pas ?
“Non. Je ne crois pas à la politique du chèque. Ce qu’il faut, c’est faire baisser le prix de l’essence et le stabiliser, surtout pour ceux qui dépendent de leur voiture pour travailler. Et il faut préparer la sortie des énergies fossiles en accélérant le passage à l’électricité.”
"Le 1er mai devrait être chômé partout et pour tous. Je suis partisan d’une certaine tradition"
Pourquoi refusez-vous d’élargir le travail le 1er mai ?
“Parce qu’une société a besoin de temps communs. Depuis plus d’un siècle, le 1er mai est chômé. Je suis partisan d’une certaine tradition : tout ne doit pas être livré à la production et à la consommation.”
Vous défendez donc un principe symbolique autant que social ?
“Oui. Le 1er mai n’est pas un jour ordinaire. C’est un repère collectif. Une société, ce sont aussi des rites, des rythmes, des temps communs, pas seulement l’activité économique.”
🗣️@Francois_Ruffin : "Le 1er mai devrait être chômé partout et pour tous (...) Oui, aux États-Unis, on peut faire ses courses à 2h du matin… mais la France, ce n'est pas ça !" #GrandMatin
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Que répondez-vous aux boulangers et aux fleuristes ?
“Je les entends, mais je me méfie du faux volontariat. On l’a vu avec le travail du dimanche : dans l’entreprise, il y a un lien de subordination. Une fois qu’on ouvre la porte, on finit par banaliser ce jour-là. Le 1er mai doit rester protégé.”
Le paiement double et le volontariat ne suffisent donc pas à vous convaincre ?
“Non, parce que le volontariat est souvent théorique. Dans beaucoup d’entreprises, surtout les plus petites, il est difficile pour un salarié de refuser réellement. Derrière, il y a toujours le risque que cette exception devienne la règle.”
Comment aider alors les commerces concernés par cette journée clé ?
“Il faut d’abord redonner du pouvoir d’achat aux Français. C’est comme cela qu’on aide durablement les fleuristes, les boulangers, les petits commerces : en permettant aux gens de consommer davantage toute l’année, et pas en remettant en cause un jour chômé commun.”
"Le travail va mal, et le travail fait mal en France. Il faut reconnaître le burn-out comme une maladie professionnelle"
Que pensez-vous du plan contre l’absentéisme ?
“Il faut regarder le problème dans le bon sens. Les arrêts de longue durée explosent à cause des troubles psychiques et musculo-squelettiques. Le travail va mal, et le travail fait mal en France.”
Vous considérez donc que le gouvernement se trompe de cible ?
“Oui. On regarde trop souvent le salarié comme un suspect, alors qu’il faut regarder aussi l’organisation du travail, les cadences, les pressions, les méthodes de management qui rendent les gens malades.”
Vous rejetez l’idée d’une fraude massive ?
“Oui. Le vrai sujet, ce sont les salariés broyés par leur travail. Quand une entreprise rend ses salariés malades, elle ne paie pas. C’est l’assurance maladie qui prend le coût. Il faut reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle et appliquer le principe broyeur-payeur.”
Que changerait cette reconnaissance du burn-out ?
“Cela permettrait de responsabiliser les entreprises. Quand une entreprise broie ses salariés en série, elle ne peut pas laisser la collectivité payer à sa place. Il faut qu’elle assume les conséquences de son organisation du travail.”
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Jordan Bardella en Une de Paris Match : "Il y a un changement de nature quand on fraye avec le Medef ou quand on baigne dans le milieu de la jet-set"
Pourquoi avoir réagi à la Une de Paris Match sur Jordan Bardella ?
“Parce qu’il y a un décalage entre le discours et les actes. Le RN vote contre la taxation des grands patrimoines et des superprofits. Et il y a un changement de nature quand on fraye avec le Medef ou quand on baigne dans le milieu de la jet-set.”
Vous établissez un lien entre entourage social et orientation politique ?
“Oui. Les fréquentations ont une influence. Quand on évolue dans un milieu de grandes fortunes, de jet-set, d’aristocratie européenne, cela dit quelque chose d’une trajectoire et d’un imaginaire politique.”
Selon vous, le RN n’est donc pas le parti du peuple qu’il prétend incarner ?
“Je vois surtout qu’à l’Assemblée nationale, ses votes vont dans le sens du laisser-faire du marché. Il y a un discours populaire, mais des choix qui protègent les plus puissants.”
"Quel que soit le vainqueur de la primaire à gauche, je me rangerai loyalement derrière lui"
Vous confirmez votre candidature à la présidentielle ?
“Oui. Je souhaite une primaire à gauche, mais en attendant j’avance. Je mène campagne et je présenterai mon CV devant les Français.”
Pourquoi continuez-vous à défendre l’idée d’une primaire ?
“Parce qu’elle permettrait de départager les candidatures et de redonner la parole aux électeurs de gauche. Je la souhaite, mais je n’attends pas qu’elle arrive pour agir.”
Et s’il n’y a pas de primaire ?
“J’irai. Mais je suis loyal : quel que soit le vainqueur de la primaire à gauche, je me rangerai loyalement derrière lui.”
Vous maintenez donc à la fois votre ambition et votre engagement de rassemblement ?
“Oui. Je mène ma campagne, mais je suis une personne loyale. Le problème aujourd’hui, c’est qu’un certain nombre d’apparatchiks ne veulent pas laisser les Français trancher.”
"La France des bourgs et la France des tours vont ensemble"
Vous refusez l’opposition entre France périphérique et quartiers populaires ?
“Oui. La France des bourgs et la France des tours vont ensemble. Nous sommes un peuple. Les priorités sont les mêmes : pouvoir d’achat, logement, sécurité, santé.”
Vous voyez donc une communauté d’intérêts entre ces deux France ?
“Oui, parce que les difficultés sont largement partagées. On essaie trop souvent d’opposer les territoires, alors qu’ils affrontent les mêmes inquiétudes du quotidien.”
Comment réindustrialiser le pays ?
“Il faut protéger certains secteurs stratégiques, soutenir les PME, acheter français et garantir une énergie stable et pas chère. Sans direction commune, on ne relèvera ni le défi productif, ni le défi climatique, ni le défi démographique.”
Faut-il pour cela s’affranchir de certaines règles européennes ?
“Il faut au moins se battre davantage pour protéger nos secteurs stratégiques. Sans protections ciblées, sans volonté politique, il n’y aura pas de renaissance industrielle.”
Quel est, au fond, le fil rouge de votre discours ?
“Depuis quarante ans, il manque une direction commune. Or un pays ne peut pas avancer en laissant seulement le marché décider. Il faut remettre un cap collectif pour faire travailler ensemble toutes les énergies du pays.”
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