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À Grenoble, la guerre des points de deal franchit un cap meurtrier

Dix hommes ont été tués par balles en six mois à Grenoble et dans son agglomération sur fond de narcotrafic. Le procureur Etienne Manteaux décrit une violence désormais “désinhibée”, où les trafiquants “tirent pour tuer” et diffusent leurs fusillades sur les réseaux sociaux pour asseoir leur emprise.

Timothée PIRON - AFP/Archives

Dix hommes ont été tués par balles sur la voie publique en six mois à Grenoble et dans sa banlieue dans le cadre de "guerres de territoires exacerbées" entre trafiquants de drogue, a déploré mercredi le procureur Etienne Manteaux.

Si Grenoble a déjà vécu des violences liées au narcotrafic, "un palier a été franchi puisque les individus ne tirent plus aujourd'hui pour impressionner mais tirent pour tuer", a constaté le magistrat lors d'une conférence de presse.

S'exprimant au lendemain d'une fusillade ayant fait un mort et quatre blessés près d'un point de deal de Grenoble, le procureur a précisé que les faits avaient fait l'objet d'une "forme de revendication".

Une vidéo montrant le passager d'une voiture tirer par la fenêtre avant, et filmé depuis le siège arrière, a circulé toute la journée sur les réseaux sociaux.

Alors que d'autres vidéos de ce type, certaines accompagnées de messages menaçants, ont été mises en ligne ces derniers jours, Etienne Manteaux a relevé une nouvelle "habitude dramatique" des auteurs d'homicides consistant à "se filmer pour impressionner".

L'homme décédé mardi soir, âgé de 33 ans, présentait 11 condamnations à son casier judiciaire. Touché par deux balles au dos, il sera autopsié jeudi.

La fusillade a touché quatre autres hommes, tous dotés de lourds casiers, présentant "des blessures qui auraient pu être mortelles", et qui pour certains "ont manifestement eu beaucoup de chance", a souligné le procureur.

Pour lui, ces faits "apparaissent de façon évidente comme une riposte" à des tirs mortels survenus dimanche dans la commune voisine d'Echirolles, qui avaient entraîné la mort d'un homme, un "mineur de 16 ans", dont le corps a été retrouvé dans un véhicule calciné.

Les deux dossiers ont été transmis à la juridiction interrégionale spécialisée de Lyon.

"C'est un défi redoutable que nous posent aujourd'hui les narcotrafiquants avec un recours aussi désinhibé à la violence et avec une organisation aussi difficile à démanteler", a souligné Etienne Manteaux, évoquant des donneurs d'ordre "potentiellement non résidents sur le territoire national et une capacité, via les réseaux sociaux, à recruter des hommes de main".

"Cela complexifie considérablement tant l'élucidation que le démantèlement de ces organisations criminelles quand elles sont aussi peu implantées en local", a-t-il ajouté, précisant avoir proposé à la maire écologiste de Grenoble Laurence Ruffin de "réactiver" des groupes locaux de traitement des délinquances. "J'ai senti une oreille attentive" de sa part, a-t-il dit, évoquant une première réunion en ce sens vendredi.

AFP / Grenoble (AFP) / © 2026 AFP

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