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AVC : la face cachée des drogues récréatives

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Longtemps associés à l’âge ou aux maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) touchent désormais des profils plus jeunes. En cause notamment : la consommation croissante de drogues récréatives, dont les effets sur le cerveau sont encore largement sous-estimés.

AVC : la face cachée des drogues récréatives

Cannabis, cocaïne, amphétamines : ces substances, souvent perçues comme festives, sont aujourd’hui identifiées comme des facteurs de risque majeurs d’AVC. Leur impact s’ajoute à des vulnérabilités déjà connues, rendant la prévention plus urgente que jamais.

Drogues et AVC : un lien désormais établi

La récente étude d'une équipe de chercheurs de l'Université de Cambridge, publiée dans l'International Journal of Stroke, est sans appel : la consommation de drogues récréatives augmente significativement le risque d’accident vasculaire cérébral. Une vaste analyse portant sur plus de 100 millions de personnes montre que certaines substances peuvent doubler, voire tripler ce risque. Les amphétamines apparaissent comme les plus dangereuses, avec un risque en hausse de plus de 120%, suivies de la cocaïne (+96%) et du cannabis (+37%) . Chez les moins de 55 ans, les chiffres sont encore plus marqués, confirmant une vulnérabilité particulière des jeunes adultes.

Dans certains cas, l’effet est immédiat : la consommation de cocaïne peut multiplier par sept le risque d’AVC dans les 24 heures suivant la prise . Ces substances provoquent notamment des spasmes des vaisseaux sanguins, des troubles du rythme cardiaque ou la formation de caillots.
L’AVC est une pathologie multifactorielle. Il survient lorsque la circulation sanguine vers une partie du cerveau est interrompue, le plus souvent par un caillot (AVC ischémique, environ 80% des cas). Les facteurs de risque classiques sont bien identifiés : hypertension artérielle, diabète, tabagisme, alcool, sédentarité ou encore troubles cardiaques. À ces éléments s’ajoutent désormais les drogues, considérées comme des facteurs évitables mais puissants. Le cumul des risques est particulièrement préoccupant. Un individu combinant consommation de drogues, tabac et alcool voit son risque d’AVC augmenter de manière exponentielle.

Pourquoi les drogues favorisent-elles l’AVC ?

Les mécanismes sont multiples. Certaines drogues stimulantes comme la cocaïne ou les amphétamines entraînent une hausse brutale de la pression artérielle et un rétrécissement des artères. D’autres favorisent la formation de caillots susceptibles de bloquer la circulation cérébrale.

"Si le patient arrive dans les temps, on va tenter de déboucher l'artère. C'est l'urgence. Une artère est bouchée - on va essayer de la déboucher. Ça, c'est 80% des cas. C'est l'option où c'est l'accident ischémique cérébral, c'est-à-dire l'infarctus cérébral. On débouche l'artère en infusant un produit, qui s'appelle le RTPA ou l'actilise. C'est comme un produit pour déboucher l'évier. Mais ça ne marche pas toujours. À ce moment-là, on monte un petit cathéter par une artère fémorale, on monte jusqu'au contact du caillot dans le cerveau grâce à une navigation artérielle. Et là, on peut déployer un stent qui va attraper le caillot dans son grillage, et on va pouvoir ainsi retirer ce petit grillage, le mettre à l'intérieur du cathéter, et on aura ainsi retiré le caillot, comme un chardon peut attraper un pull, c'est pareil. Et ça, c'est obtenu dans environ 90% des tentatives de débouchage d'artère. Il faut que l'artère bouchée soit assez proximale, qu'elle ne soit pas trop distale, parce que si elle est trop distale, on ne peut pas monter des petits cathéters. Après, est-ce que ça va guérir le patient? Ça le guérit dans 50% des cas", explique au micro de Sud Radio le Pr Pierre Amarenco, neurologue.

AVC : un enjeu de prévention majeur

L’augmentation des AVC chez les jeunes interroge les politiques de santé publique. La banalisation de certaines drogues masque leur danger réel, notamment pour le cerveau. Or, contrairement à d’autres facteurs de risque, la consommation de drogues est évitable. La prévention passe donc par une meilleure information, en particulier auprès des jeunes populations.

Et, bien entendu, les facteurs de risque "classiques" demeurent. "Prendre en charge les facteurs de risque d'AVC, c'est-à-dire l'hypertension, qui est le facteur majeur, mais aussi le cholestérol, qui contribue pour 25% du risque. L'obésité, qui contribue pour 32% du risque. L'arythmie cardiaque, qui contribue pour un risque majeur d'AVC, puisque c'est la cause la plus importante d'AVC au-delà de 75 ans. Le tabac, l'intoxication tabagique, l'alcoolisme, quand il s'agit d'hémorragie cérébrale. Car l'alcoolisme est un facteur de risque majeur pour l'hémorragie cérébrale. C'est moins un facteur de risque pour l'infarctus cérébral, c'est-à-dire les artères qui se bouchent par des caillots. Et puis d'autres facteurs comme l'obésité, mais aussi la sédentarité. La sédentarité est un facteur majeur d'AVC. C'est pourquoi l'OMS recommande 2h30 de sport intense ou, en tout cas, d'activité physique intense par semaine, ou 5 heures d'activité modérée pour toute personne. C'est vraiment bon pour le cœur et les artères du cerveau, mais c'est aussi capital pour conserver son capital musculaire pour les vieux jours", rappelle le Pr Pierre Amarenco à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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